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12 déc. 2007

UN BAISER S'IL VOUS PLAÎT

Avec Changement d'adresse, Emmanuel Mouret était subitement passé du statut d'auteur franchouillo-agaçant à celui d'auteur en devenir. Son sens du dialogue et du timing fait le sel d'un cinéma théâtral et singulier, qui nécessite un peu de bonne volonté de la part du spectateur mais qui ensuite dévoile ses charmes et ses délices. Un baiser s'il vous plaît, c'est du Mouret pour sucre : les dialogues sont finement taillés et les situations schématiques mais construites de façon on ne peut plus rigoureuse.
Plus ambitieux que par le passé, Mouret construit son film sur l'histoire de deux couples, le premier (Julie Gayet et Michaël Cohen) dissertant à propos de la destinée du deuxième (Virginie Ledoyen et Emmanuel Mouret). Ça donne un film parfois un peu haché, aux transitions et aboutissements légèrement tirés par les cheveux. Mais l'essentiel n'est pas là : l'important, c'est que Mouret s'est surpassé pour nous servir quelques situations pour le moins cocasses. Il y a en particulier une scène dans Un baiser s'il vous plait qui justifie à elle seule tout le film, et dont le visuel est d'ailleurs utilisé sur l'affiche. Là, Mouret exploite à merveille une situation burlesque et inconfortable, qui crée inévitablement le rire et l'envie d'en avoir toujours plus.
On sent malheureusement que l'auteur a peiné à boucler ses intrigues, comme s'il n'avait pas su de dépêtrer de cette construction à deux niveaux. D'où une dernière demi-heure pataude et pénible, qui se contente de recycler des recettes éculées. Heureusement, le casting est presque parfait, et permet d'arriver jusqu'à la fin sans trop d'ennui. Seule Virginie Ledoyen semble totalement à côté de ses pompes, ne trouvant jamais le tempo adéquat dans un rôle certes pas évident. Manquer de timing chez Mouret, c'est comme manquer de poitrine chez Russ Meyer : c'est légèrement fâcheux. Une prestation ratée qui nuit légèrement à un film sympathique mais pas aussi convaincant que prévu.
6/10
(également publié sur Écran Large)

22 déc. 2006

MON MEILLEUR AMI

À l'occasion de ses retrouvailles avec la bande du Splendid pour réaliser Les bronzés 3 - amis pour la vie (le chef d'oeuvre incontestable de l'année), Patrice Leconte a dû se poser plus d'une question sur l'amitié, la vraie, la plus pure qui soit, lui qui était alors entouré d'une majorité de cabots prêts à simuler une amitié profonde pour palper un maximum de pognon. Voilà qui a dû influer sur son envie de faire Mon meilleur ami, comédie sans aucune (mais alors aucune) prétention.
À la base du film de Leconte, un nouveau duo masculin constitué d'un petit nouveau (Dany Boon, plutôt convaincant) et d'un habitué (Daniel Auteuil, trois films avec Patrice en sept ans). Les deux hommes évoluent avec aisance au gré d'une intrigue pas transcendante, dont les rebondissements sont à la fois prévisibles ET invraisemblables. Le pitch en lui même est improbable (un type a dix jours pour se trouver un meilleur ami, ce qui ne veut rien dire), mais la sympathie dégagée par le casting ainsi qu'une réflexion pas idiote sur la définition de l'amitié provoquent l'indulgence du spectateur, comme lorsqu'il se trouve face à un ami ni vraiment drôle ni très intéressant mais qu'il sourit quand même pour lui faire plaisir. Mais qu'on se rassure : nivau comédie, Leconte est bien plus proche d'un Pierre Salvadori que du Veber de La doublure.
Patrice Leconte a annoncé il y a peu qu'il arrêterait le cinéma dans trois films. S'il est impossible de s'en réjouir (le bougre a signé quelques bijoux malheureusement moins connus que son récent gros navet), on est tout à fait en droit de penser que c'est une sage décision. De films mineurs en films mineurs, Leconte est tranquillement en train de s'embourber dans un cinéma qualité France auquel manque la singularité de ses meilleurs films (Le mari de la coiffeuse et La fille sur le pont). Souhaitons que dans ses prochains (et ultimes) longs métrages, il renoue avec un cinéma plus consistant et émouvant, celui qu'il manie avec le plus de brio.
5/10

30 mai 2006

DE PARTICULIER À PARTICULIER

Au cinéma, il n'y a rien de meilleur que le mystère et l'invisible. Rien de plus délicieux que le hors-champ, l'ellipse, ce qui se passe pendant que personne ne filme. Ceux que ça fait rire n'ont rien compris.
Partant de ce principe, Brice Cauvin à réalisé De particulier à particulier, un film vraiment mystérieux et complètement inclassable. L'histoire? Boarf : au dernier moment, un couple décide de ne pas partir à Venise, mais les photos qu'ils font développer peu après montrent ce qu'il faut de gondoles et de pontons, comme s'ils y étaient vraiment allés... A partir de là, De particulier à particulier pouvait basculer dans le drame intimiste, le thriller psychologique, la dérive lynchéenne, ou que sais-je encore. Mais non : souhaitant à tout prix conserver sur son film un voile opaque fait de mystère et d'incompréhension, Cauvin enchaine les scènes sans logique apparente. Modèle visible : susciter l'inquiétude et le malaise comme dans un bon Polanski. Sauf qu'à vouloir tout suggérer, le réalisateur oublie de faire son film. Et rien ne se passe, ni à l'écran, ni dans nos crânes. Qu'il nous emmène en Syrie ou nous parle de grossesse nerveuse, le film ne parvient pas à surprendre, tant on s'est préparés à voir n'importe quoi. Et du n'importe quoi pas très bien filmé, qui plus est : des gros plans fixes à la torpeur assez ennuyeuse.
Heureusement, comme d'habitude, Laurent Lucas et Hélène Fillières sont fantastiques, et nous distraient suffisamment pour qu'on oublie le côté totalement vain d'un film qui aurait voulu être particulier mais qui finit par n'être que banal.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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