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24 avr. 2009

Top 5 : Benoît Poelvoorde

Cette semaine, Benoît Poelvoorde court après Coco dans Coco avant Chanel.



Top 5 des films avec Benoît Poelvoorde

01. Les portes de la gloire (2001)
Rares sont les acteurs capables d'incarner la médiocrité avec autant de naturel. Le rôle de Régis Demanet, fan absolu du Pont de la rivière Kwaï et petit chef pète-sec d'une bande de VRP en imper, affublé qui plus est d'un appendice sexuel à faire rougir Rocco, est une somme. Hilarant dans la moindre de ses réactions, jubilatoire dans chacun de ses travers, Demanet est aussi terriblement inquiétant lorsqu'il a les idées noires. Complexe et brillante, une comédie populaire très très très haut de gamme.


02. C'est arrivé près de chez vous (1992)
C'est là que tout a commencé, par ce faux doc sur un tueur impitoyable et bavard, adepte des poèmes sur les oiseaux, des cocktails improbables et des journées moules-frites. Intarissable sur son métier, imbuvable en tant qu'être humain, ce Ben-là est un personnage mémorable, dont l'humour noir glace le sang à chaque seconde. Délicieux et angoissant à la fois.


03. Selon Charlie (2006)
Le grand film malade de Nicole Garcia a permis de montrer que non seulement Poelvoorde avait toutes les capacités pour être un grand acteur dramatique, mais aussi qu'il sait se fondre dans la masse et ne pas tirer toute la couverture à lui lorsque c'est nécessaire. Au milieu d'une belle brochette d'acteurs plus rodés que lui, il est absolument touchant de toute cette galerie d'hommes, car sans doute le plus gauche.


04. Le vélo de Ghislain Lambert (2001)
Lorsqu'il est en forme, Philippe Harel livre des divertissements solides faisant preuve d'une inspiration inespérée. Le vélo de Ghislain Lambert est sa plus grande réussite, puisqu'il parvient à faire naître une vraie nostalgie... même chez ceux qui n'ont pas connu l'époque qu'il décrit. C'est aussi un cri d'amour, malgré le dopage et les magouilles, à un sport étonnamment populaire en France et aux alentours : le cyclisme, ses chutes, ses anecdotes, son anonymat. Réconfortant et addictif.


05. Cowboy (2007)
Daniel Piron, héros du Cowboy de Benoît Mariage, est le lien idéal entre les deux thématiques de la filmographie poelvoordienne : médiocrité et nostalgie. Mais, sans doute influencé par la dépression naissante de son interprète, celui-ci semble plus grave, plus désespéré, et finalement plus mûr que les précédents. Les gags et les répliques ont beau être toujours aussi percutants (ah, le bouillon cube), il se dégage de ce film une vraie poésie ainsi qu'une tristesse palpable, avec la mer du Nord pour dernier terrain vague.

23 avr. 2009

COCO AVANT CHANEL

S'écartant de son univers habituel (chabrolien et sensuel), Anne Fontaine est aux commandes de ce film... de commande, qui s'intéresse à l'époque où Coco Chanel s'appelait encore Gabrielle, orpheline multipliant les petits boulots tout en rêvant du grand monde. Coco n'aime pas spécialement les hommes, et le crie haut et fort : « ce que je préfère dans l'amour, c'est faire l'amour ; dommage qu'il faille un homme pour ça ». Visiblement Coco ignore l'existence d'autres variantes, mais c'est une autre histoire. Coco Chanel raconte donc comment cette future figure phare du monde de la mode s'est forgé ce caractère bien trempé et s'est mis en tête de révolutionner le quotidien de la femme en lui offrant liberté, oxygène, ampleur.
Problème : en un quart d'heure, tout est joué. On a parfaitement compris que les hommes sont des pourris doublés d'obsédés et que seul le travail importe ; que cette pauvre petite fille n'accepte d'être hébergée et lutinée par un riche compiégnois que pour en tirer un bénéfice social ; qu'elle ne va pas tarder à rencontrer l'amûûûûr, le vrai, celui qui fait fondre les coeurs les plus rocailleux. Cela se produira en effet un peu plus tard avec l'apparition d'un Alessandro Nivola à côté de ses baskets, si concentré sur son français assez impeccable qu'il en oublie un peu de jouer (c'est pourtant un acteur très intéressant). Fontaine étire alors qu près de deux heures une sorte de triangle amoureux joué d'avance, où le personnage de Benoît Poelvoorde (excellent) est le dindon de la farce, mais où les deux autres ne sont pas certains non plus de trouver leur compte.
Il y avait là tant de thèmes à exploiter, un manifeste féministe en puissance, une symphonie de tissus et de textures ne demandant qu'à être filmés, un drame passionnel au classicisme délicieusement suranné... Pourtant, comme tétanisée par le poids de la commande (et pressée par les producteurs afin de sortir le film avant celui de Jan Kounen, consacré à Coco pendant Chanel), Anne Fontaine n'en fait rien, cédant aux sirènes d'un biopic lisse, peu engageant, au filmage sans ampleur et au scénario sans idée. On en vient à se moquer de cette histoire et à rêver du film de Kounen, avec Anna Mouglalis et Mads Mikkelsen en Igor Stravinsky, qui sera irrémédiablement moins plat et plus profond que ce film ressemblant à une mise en images (et pas mise en scène) d'une double page de Point de vue - Images du monde. Vivement le retour d'Anne Fontaine à un style plus tortueux.
3/10

(autre critique sur In the mood for the cinema)

18 janv. 2009

LA GUERRE DES MISS

Quand il avait annoncé voilà quelques années qu'il allait bientôt arrêter de faire du cinéma, Patrice Leconte n'avait pas dévoilé son plan de retrait. Ce réalisateur très malin, toujours sympathique et souvent recommandable a en fait très bien préparé son coup, multipliant les films inintéressants ou carrément ineptes pour que ses fans en viennent à ne pas le regretter. Après Les bronzés 3 et Mon meilleur ami, voici en effet La guerre des miss, qui ne traduit rien d'autre que la lassitude totale éprouvée par Leconte à l'égard d'un art dont il pense avoir fait le tour.
Voilà un film qui ne propose rien, strictement rien, ni fond ni forme. Faire un film sur une élection de miss, pourquoi pas : mais il aurait fallu opter pour une approche précise, un ton, un parti pris. Or, le scénario ne s'aventure ni du côté de la comédie à l'anglaise, ni même vers la grosse gaudriole un peu vulgaire avec ses candidates bien poufs et impitoyables envers leurs concurrentes (comme dans le méconnu mais rigolo Belles à mourir). Une sorte de passivité déprimante gangrène le film de part en part et contamine tout le monde. Benoît Poelvoorde s'ennuie autant que son personnage et semble un peu perdu face à une Olivia Bonamy qui n'a toujours pas compris qu'on ne joue pas dans un tel film comme si c'était une tragédie grecque. Il est bien difficile de deviner quelles étaient les intentions du trio de scénaristes tant l'intégralité du film fait du surplace.
Même la mise en scène de Leconte, qui est notamment un orfèvre du découpage, semble usée jusqu'à la corde. On retrouve çà et là sa caméra frétillante, mais c'est bien peu. Il est loin le temps où, d'un scénario un peu maigre comme celui des Grands ducs, il tirait un film dynamique et clownesque grâce à son savoir-faire particulier. Et ne parlons pas de la conclusion du film, carrément consternante, happy end trainant en longueur, qui sonne définitivement le glas du style Leconte. Tant pis pour cette bande de seconds rôles trop méconnus mais très talentueux, qui n'ont pas grand chose à défendre mais le font avec vigueur. Merci à Antoine Chappey, Laurent Bateau ou encore Jacques Mathou, qui se démènent comme ils peuvent pour faire surnager ce triste téléfilm façon France 3.
3/10

24 déc. 2008

LOUISE-MICHEL

Faire buter un patron salaud avec ses indemnités de licenciement, c'est l'idée de Louise, qui engage un soi-disant tueur pour faire le boulot. Ce n'est que le début de Louise-Michel, troisième film du duo Delépine-Kervern, et sans nul doute celui qui possède le plus gros potentiel populaire. Parce qu'il raconte une histoire simple et méchante, rappelant certains reportages du Groland. Et parce que le noir et blanc n'est plus de mise, laissant place à une couleur un peu crasseuse rendant grâce aux paysages picards. Ah, Saint-Quentin, son bar à hôtesses, son palais de justice. Cette parenthèse régionale refermée, revenons donc au film.
Plus populaires donc, mais pas forcément plus percutants, les deux zozos du Groland livrent une comédie sociale souvent féroce, mais qui met en avant leurs difficultés à gérer le format long. Car Louise-Michel, à part quelques très bons gags assez inattendus, c'est un peu toujours la même chose. L'idée de faire finalement tuer le patron par une mourante a quelque chose de terrible, presque au-delà de l'humour noir, mais quand cela se répète plusieurs fois de suite, il est permis de faire la moue.
Idem pour le défilé de guests-stars, souvent inutiles, ne semblant être là que pour permettre aux réalisateurs de montrer qu'ils ont des relations, notamment à gauche. Benoît Poelvoorde est de loin le meilleur d'entre tous, en tordu reconstituant les attentats du 11 septembre. Hilarant. Tout comme Yolande Moreau et Bouli Lanners, de plus en plus à la mode (c'est compréhensible), et qui s'en donnent à coeur joie pour faire profiter au film de leurs physiques bien particuliers. Ils ne sont tout de même pas assez fortiches pour faire oublier le ratage de la fin de Louise-Michel, où Kervern et Delépine tentent à nouveau la carte du surréalisme, et se plantent encore plus que dans Avida. Heureusement que les deux compères ont longtemps fait du ridicule leur marque de fabrique : ça permet de faire ton sur ton.
Bref, s'ils sont évidemment plus drôles que la moyenne des humoristes francophones, ces deux-là ont encore des progrès à faire. Et pourquoi pas revenir au noir et blanc ? La platitude de la réalisation de Louise-Michel est peut-être volontaire (pour se concentrer davantage sur les acteurs et les situations), mais l'image quand même franchement laide. Même en noir et blanc, on aurait compris que les rues picardes et les usines désaffectées ont quelque chose de singulièrement laid. Ils ont l'envie, des sujets à gogo, et un vrai capital sympathie auprès du public : ne leur reste désormais qu'à apprendre la finesse.
6/10

11 avr. 2008

LES RANDONNEURS À SAINT-TROPEZ

C'est fou comme en six semaines tout s'est démodé à vitesse grand V, à commencer par Saint-Tropez. Il n'y en a plus que pour Bergues, les terres ch'timi constituant désormais le top de la hype pour aller passer ses vacances. Les randonneurs à Saint-Tropez contribue à ringardiser encore un peu plus ce temple de la jet-set, où officiait Eddie Barclay lorsqu'il était encore fringant (ou vivant, en tout cas). N'allez pas chercher plus loin : le film de Philippe Harel ne raconte rien, ou alors pas grand chose, juste les vacances de ces cinq personnes qu'on avait croisées dans le GR 20 il y a dix ans.
Cette absence d'intrigue est sans doute ce qui pouvait arriver de mieux au film. Malin comme un singe, Harel évite soigneusement les rebondissements et les excès façon Bronzés 3 (avec, entre autres, la psychopathe et sa griffe de je ne sais plus quoi) et livre une description un peu sommaire de ces vacances, qui tourneront plus ou moins bien pour chacun en fonction des rencontres effectuées. L'univers est propice à une série de scènes amusantes à défaut d'être hilarantes - mais rappelez-vous, dans le sympathique Les randonneurs, on ne s'esclaffait déjà pas vraiment.
L'atout numéro 1 des Randonneurs à Saint-Tropez, c'est ce casting absolument parfait. Les personnages font un peu figure d'archétypes, mais sont si bien troussés qu'il serait malpoli de s'en plaindre. Ces cinq-là se suffisent à eux-mêmes, et là où n'importe quel auteur de suite aurait ajouté une gonzesse par ci, un rigolo par là, Harel joue la carte du status quo et nous évite une indigestion de comiques pas drôles et/ou hystériques. D'où un spectacle assez divertissant, certes un peu moins punchy que le premier film, mais qui lave idéalement la tête en ces temps où l'overdose d'humour ch'ti pointe le bout de son nez. Vivement Les randonneurs à Las Vegas.
6/10

11 févr. 2008

ASTÉRIX AUX JEUX OLYMPIQUES

Mon empire pour un navet... Dix jours et quelques millions de spectateurs (pardons, d'euros) après sa sortie, tout ou presque a été dit à propos d'Astérix aux jeux olympiques. Dès le lancement de la campagne de promotion du film, on avait de toute façon compris que le film de Langmann et Forestier n'arriverait pas à la cheville de celui d'Alain Chabat. Pire : à entendre l'insupportable fils de Claude Berri, ce troisième rendez-vous ciné des irréductibles gaulois était uniquement motivé par des envies de valises de pognon, encore et encore. Ne soyons pas naïfs : évidemment qu'un tel film doit se soucier d'être rentable. Mais quand on se moque éperdument d'une quelconque ambition cinématographique (comme par exemple tenter de faire rire le spectateur avec des gags un peu neufs), il y a de quoi être furax. Astérix aux jeux olympiques ne plait qu'aux enfants et aux gens très très idiots, ravis de voir des animaux et des gens qui se pètent la gueule. En revanche, il constitue une nouvelle fois un gigantesque foutage de gueule au budget inexpliquablement titanesque (avoue, Thomas, t'as gardé le fric pour toi) qui n'attire pas les spectateurs pour sa qualité, mais simplement par pure curiosité. Moi comme les autres. On sait que ça va être très mauvais, mais on veut le vérifier. À ses dépens.
Car rien, rien ni personne, ne peut permettre d'être un tout petit peu mesuré quant à la nullité intrinsèque de l'ensemble. Quelques beaux plans de Thierry Arbogast et quelques mimiques d'Alexandre Astier et José Garcia suffisent-elles à justifier deux heures de pur ennui ? Évidemment non. On nage en pleine médiocrité de A à Z, l'argument du film semblant avoir été imprimé sur une planche à billets, dans le mépris le plus total du spectateur. Astérix aux jeux olympiques réussit l'exploit d'être mille fois plus mauvais que le film de Claude Zidi, qui constituait un monument de franchouillardise assez puante mais tentait au moins de séduire la masse. Le film de Langmann (pourquoi citer Forestier, vague sous-fifre à peine responsable du placement de la caméra), lui, est à l'origine d'un nouveau concept : l'europouillardise. Grâce à la monnaie unique, il a engagé la fine fleur (gasp) de l'humour européen afin (je cite) de pouvoir vendre le film un peu partout et d'attirer tout le continent dans les salles. L'UE doit être contente : chaque pays a ses trois plans, et hop, la médiocrité passe les frontières sans passeport. Le défilé de guest-stars qui s'en suit est des plus pathétiques : Zidane se ridiculise à tel point que c'en est effarant, Tony Parker n'avait pas besoin de cela, Jamel livre l'un des pires numéros de sa carrière... N'en jetons plus. Chaque ligne écrite à propos de cet Astérix risque de donner envie à de nouveaux gogos d'aller se faire détrousser de 9 euros pour se faire sa propre idée du désastre. Faites confiance à ce bouche-à-oreille unanime et ne faites pas ce cadeau au sinistre Langmann.
1/10

17 déc. 2007

COWBOY

Cowboy poursuit brillamment l'exploration de l'homme médiocre et désabusé débutée par Benoît Poelvoorde avec C'est arrivé près de chez vous il y a déjà quinze ans. Depuis, de Portes de la gloire en Ghislain Lambert, notre belge préféré traîne ses guêtres de personnages misérables en sympathiques incompris. Le Daniel Piron de Cowboy oscille entre ces deux catégories, et c'est cela qui fait son originalité : refusant de plonger dans le grand bain de la comédie, n'y entrant qu'orteil après orteil pour ne pas prendre froid, Benoît Mariage signe un film brillamment doux-amer qui va finalement plus loin dans le pathétique que les très plombés Convoyeurs attendent.
Idée originale : un journaliste en perte de vitesse trouve le sujet de reportage qui va le relancer. L'idée : retrouver et réunir les protagonistes de la prise d'otage d'un bus scolaire quinze ans plus tôt. Évidemment, tout ne se passera pas comme prévu, et le reportage de Piron va partir à vau-l'eau. Seulement voilà : si l'ensemble part en couille, ce n'est pas dans la direction que l'on croit. Compensant sans cesse son côté désespéré par de petites goulées d'un humour très belge (merci François Damiens), Mariage va loin dans l'exploration du pathétique et du grotesque d'un homme, mais aussi d'une époque. Même si sa mise en scène n'est pas tout à fait à la hauteur de son beau sujet, il trouve le ton juste et maîtrise parfaitement les soubresauts de son scénario. Dans le rôle principal, Poelvoorde fait des merveilles, ayant bien compris qu'il n'est pas pour une fois l'alibi comique du film. Autour de lui, les seconds rôles sont à l'unisson. Et la conclusion du film, sur une reprise en choeur des Poppies, apporte un dernier voile d'amertume en même temps qu'une légèreté assez indispensable. Résumé parfait d'un petit film qui a tout d'un grand.
8/10

26 nov. 2007

LES DEUX MONDES

Les deux mondes n'est ni le plus mauvais film de l'année, ni le plus stupide ; en revanche, c'est incontestablement le plus mal écrit. Le film ressemble à un manuel expliquant par l'exemple tout ce qu'il ne fauty pas faire lors de l'écriture d'un scénario. Et c'est ainsi que le postulat rigolo et potentiellement explosif de Daniel Cohen s'est transformé en un magnifique tas de rien, de vide, d'occasions ratées.
Il faut vraiment être fan de Benoît Poelvoorde pour supporter le film. Il porte le film sur ses épaules et est à l'origine de quelques-uns des bons moments offerts. Pour le reste, Les deux mondes traîne laborieusement sa grosse carcasse, le passage du héros entre deux univers parallèles n'étant propice qu'à l'élaboration de quelques gags souvent ratés. Cohen n'a pas su quoi faire de son encombrante idée de départ : sans fil conducteur, il erre, proposant tour à tour comédie grasse, cours de démocratie et romance niaise sans jamais relier tout cela. C'est dommage : avec un budget sympathique mais pas exorbitant, le réalisateur a su créer un univers visuel plutôt agréable. Le côté cheap de certains effets spéciaux aurait presque du charme. Et les scènes de bataille sont plutôt bien exécutées.
Des nèfles par rapport à l'insondable gâchis qu'est le film, qui se paie le luxe d'être suprêmement ennuyeux là où il aurait été facile de faire une comédie au moins divertissante. Quant à Poelvoorde, il faudrait qu'il commence à se poser des questions sur le choix de ses films. Être bon dans de mauvais films n'a jamais épanoui personne.
2/10

25 août 2006

SELON CHARLIE

L'amputation est un acte souvent inévitable (on le fait rarement par plaisir), mais toujours douloureux, tant physiquement que moralement. Si Selon Charlie était un homme, nul doute qu'il vivrait actuellement dans un malaise profond, une lente et délicate phase de reconstruction.
Après avoir été atomisé par la critique cannoise, le film a été remonté et saucissonné, pour ne plus durer que 115 minutes au lieu des 155 d'origine. Dès le début, on le ressent aisément. Nicole Garcia raconte les sept destins de sept hommes cabossés, montrés chacun à leur tour dans de petits segments. Sauf que le montage resserré a donné des short cuts très très short. Des plans abrupts coupés un peu sommairement, comme s'il fallait à tout prix tailler dans le gras du film. Résultat : on est un peu perdu.
Perdu mais séduit quand même, car Garcia possède un vrai regard sur ses personnages. Si sa mise en scène est moins affûtée que dans ses films précédents, c'est pour mieux épouser les corps et zoomer sur les blessures intérieures. Passée une première demi-heure maladroite, le film prend enfin son essor pour ne plus jamais retoucher terre (ou presque). Il y a certes des histoires plus fortes que d'autres, des petits morceaux çà et là dont on ne voit pas bien l'intérêt, mais tout cela donne au film un aspect gueule cassée qui ne repoussera que les réfractaires (oui, pléonasme, mais je me comprends).
On est en droit d'être déçu par la performance générale des comédiens, chacun restant dans son style propre sans jamais dépasser celui du voisin. Bacri fait du Bacri, Peolvoorde du Poelvoorde, idem pour Magimel et Lindon. Alors forcément, celui qui l'emporte dans ce combat relevé, c'est le moins connu, Patrick Pineau. Il impose une force et un respect assez rares dans le cinéma français. De là à dire qu'il donne toute sa force au film, il n'y a qu'un pas, qu'il vaut mieux ne pas franchir, mais quand même.
Dans "grand film malade", il y a "grand film", et ce ne sont pas les quarante minutes manquantes de ce Selon Charlie un peu manchot qui l'empêcheront de séduire son public. En attendant (peut-être) le director's cut (y a pas que Ridley Scott qui y a droit)?
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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