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26 févr. 2009

BELLAMY

Quinze ans que Claude Chabrol déçoit encore et encore, échouant à se renouveler et montrant des signes de vieillissement accéléré. Si Bellamy n'est pas le plus mauvais de ses derniers films, il accentue cette terrible impression d'essoufflement d'un cinéaste qui semble non seulement être resté bloqué dans les années 80, mais qui de plus a fait le tour de ses sujets de prédilection. De sa traditionielle peinture de la bourgeoisie, il ne reste plus que des miettes, tout ayant déjà été dit ailleurs - et en mieux. L'intrigue policière ayant elle aussi du plomb dans l'aile, Bellamy ne vaut que pour ses comédiens, qui s'en donnent à coeur joie malgré une façade un peu morose.
Pour son premier film avec un Chabrol qui a écrit le rôle pour lui, Gérard Depardieu est assez savoureux de bonhommie pantouflarde, commissaire casanier qui sort enfin de sa routine pour une dernière enquête. Le couple qu'il forme avec la douce Marie Bunel est l'un des vrais points forts d'un film sachant se faire tendrement vache. Quant à Jacques Gamblin, dans un rôle multiple pas franchement évident, il n'est visiblement pas aussi à l'aise que d'habitude mais joue habilement de son regard perçant. Cornillac fait du Cornillac, mais il le fait plutôt bien ici. Dommage que tous les efforts mis en oeuvre soient au service de cette toute petite intrigue dont on comprend difficilement qu'elle donne lieu à un film d'une heure cinquante.
Car on connaît quasiment les tenants et les aboutissants de l'enquête policière en à peine trois quarts d'heure, le reste n'étant que rabâchage et coupage de cheveux en quatre. Quant aux rapports conflictuels entre Bellamy et son frère, ils sont plus intéressants mais ne trouvent pas vraiment leur place dans l'ensemble. Heureusement que Bellamy est un Chabrol plutôt rigolard, tranchant avec le relatif sérieux de ses derniers films : cela permet de faire passer le temps plus vite, d'apprécier les échanges entre des acteurs ravis d'être là, et de dédramatiser le relatif échec du film à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. « Il y a toujours une autre histoire, il y a plus que ce que l'oeil peut saisir », nous dit le film en guise de conclusion. Seulement voilà : la seconde lecture envisagée par cette citation de W.H. Auden (poète et critique britannique, merci Wikipedia) semble bien difficile vu la maigreur du matériau de base.
4/10

(autre critique sur Tadah ! Blog)

7 nov. 2008

FAUBOURG 36

Plus de six semaines après la sortie de Faubourg 36, il fallait se pencher sur cet épineux dossier. Avec "seulement" 1,3 million d'entrées depuis le 24 septembre, le film de Christophe Barratier n'a pas réussi à rééditer le triomphe des Choristes, qui n'avait eu besoin que de 10 jours pour réaliser le même score, avant de terminer au-delà des 7 millions de tickets vendus. Un semi-échec qui rendait tout à coup le film plus intéressant. Curiosité un rien malsaine : mais pourquoi diable les spectateurs ne se sont-ils pas rués en masse dans les salles, eux qui raffolent habituellement de tout ce qui sent la naphtaline et la nostalgie ? Au vu de l'oeuvre en elle-même, la question reste ouverte.
Faubourg 36 possède absolument toutes les qualités requises pour séduire le plus grand nombre. Une reconstitution pointilleuse d'une époque marquante, des acteurs à papa, un scénario cousu de fil blanc mais cousu avec application... et même une mise en scène ambitieuse, avec mouvements de caméra complexes et tout et tout. Deux heures d'un classicisme propret et bien lisse, mais deux heures bien exécutées, avec leur lot de scènes et de personnages gentiment attachants. Rien de tel qu'un Kad Merad ou un Pierre Richard pour rendre un film irrémédiablement sympathique. Il y a même une gonzesse, jolies jambes et jolis yeux, avec une belle voix par-dessus le marché (c'est tout ce que demande Barratier à Nora Arnezeder, et elle s'acquitte de sa tache avec brio). Les agaçants yeux de cocker de Jugnot ou la fausse gouaille de Cornillac auraient dû achever de ravir le coeur des ménagères de plus ou moins 50 ans. Malheureusement, non.
Il y a en tout et pour tout deux explications plausibles au succès mitigé de Faubourg 36. Première hypothèse : gavé par les films rances de Jean Becker, Gilles Legrand et autres sous-réalisateurs, le public se serait définitivement lassé de ces films qui ne cessent de se tourner vers le passé avec moultes soupirs. Deuxième possibilité : la noirceur relative qui enveloppe le film de Barratier aurait fait fuir plus d'un spectateur. L'ambiance a beau y être souvent rigolarde, c'est majoritairement la déprime et les tracas qui rongent le quotidien de ces héros bien fatigués. Ajoutez à cela un arrière-plan vaguement social (misère et grèves, comme dans un film anglais mais sans la finesse) et une fin de film plus violente qu'il n'y paraît, et vous comprendrez peut-être pourquoi les salles n'ont pas affiché "complet". Peut-être aussi qu'il y a, dans les salles voisines, d'autres films, peut-être un peu moins bien fagotés ou intentionnés, mais tellement plus humains et émouvants que ce cinéma de papier glacé.
5/10

19 mars 2008

LE NOUVEAU PROTOCOLE

Il y a 9 ans, Thomas Vincent réalisait son premier long, l'excellent Karnaval, qui révélait Clovis Cornillac à la carrière jusque-là confidentielle. Depuis, l'acteur a explosé, même si le bilan comptable est plus impressionnant que la réussite artistique. Trente films en moins de dix ans, c'est beaucoup, à tel point que Cornillac, malgré ses qualités indéniables, a fini par engendrer un certain dégoût chez les cinéphages. S'il n'est pas certain que ses retrouvailles avec Vincent stoppent son insupportable boulimie filmique, Le nouveau protocole vient en tout cas rappeler que Cornillac fut d'abord un excellent acteur avant de sombrer dans une caricature de lui-même. Son rôle de Raoul Kraft est à peu de choses près ce qu'il a fait de mieux depuis... Karnaval. À croire que Thomas Vincent est l'un des seuls metteurs en scène à savoir canaliser l'acteur et à en tirer le meilleur.
Aux côtés d'une Marie-Josée Croze aussi irréprochable que lui, Cornillac est l'un des piliers de la franche réussite que constitue ce Nouveau protocole. Malgré le talent certain de Vincent, il y avait de quoi craindre ce petit frère frenchie des nombreux films américains à avoir tenté de démonter les grands systèmes économiques qui régissent et pourrissent le monde. De par son thème (les ravages de l'industrie pharmaceutique), le film fait particulièrement penser à The constant gardener. Mais le scénario d'Eric Besnard exploite des horizons plus réalistes, préférant dénoncer par le biais du polar plutôt que de livrer un simple pamphlet qui aurait difficilement supporté la comparaison. Le thriller est efficace, tout comme le propos, qui évite globalement le manichéisme et l'angélisme. Si plein de questions se posent à Raoul Kraft suite à la mort étrange de son fiston, s'il trouvera effectivement quelques clés, c'est néanmoins le doute qui finira par l'emporter. C'est à coup sûr le plus beau message délivré par un film qui refuse de livrer des réponses qu'il n'a pas.
Ce scénario habile et équilibré est parfaitement mis en valeur par le travail de Thomas Vincent, qui confirme ses dispositions de directeur d'acteurs ainsi que son aptitude à créer une atmosphère à partir de rien. Rythmé, musclé, intelligent, Le nouveau protocole a tout d'un film à l'américaine, sans pour autant perdre sa propre identité et sombrer dans la simple copie de ses modèles US. Il serait dommage de se priver de ce spectacle sombre et dense qui pourrait bien ouvrir la voie à toute une génération de réalisateurs français.
8/10

11 févr. 2008

ASTÉRIX AUX JEUX OLYMPIQUES

Mon empire pour un navet... Dix jours et quelques millions de spectateurs (pardons, d'euros) après sa sortie, tout ou presque a été dit à propos d'Astérix aux jeux olympiques. Dès le lancement de la campagne de promotion du film, on avait de toute façon compris que le film de Langmann et Forestier n'arriverait pas à la cheville de celui d'Alain Chabat. Pire : à entendre l'insupportable fils de Claude Berri, ce troisième rendez-vous ciné des irréductibles gaulois était uniquement motivé par des envies de valises de pognon, encore et encore. Ne soyons pas naïfs : évidemment qu'un tel film doit se soucier d'être rentable. Mais quand on se moque éperdument d'une quelconque ambition cinématographique (comme par exemple tenter de faire rire le spectateur avec des gags un peu neufs), il y a de quoi être furax. Astérix aux jeux olympiques ne plait qu'aux enfants et aux gens très très idiots, ravis de voir des animaux et des gens qui se pètent la gueule. En revanche, il constitue une nouvelle fois un gigantesque foutage de gueule au budget inexpliquablement titanesque (avoue, Thomas, t'as gardé le fric pour toi) qui n'attire pas les spectateurs pour sa qualité, mais simplement par pure curiosité. Moi comme les autres. On sait que ça va être très mauvais, mais on veut le vérifier. À ses dépens.
Car rien, rien ni personne, ne peut permettre d'être un tout petit peu mesuré quant à la nullité intrinsèque de l'ensemble. Quelques beaux plans de Thierry Arbogast et quelques mimiques d'Alexandre Astier et José Garcia suffisent-elles à justifier deux heures de pur ennui ? Évidemment non. On nage en pleine médiocrité de A à Z, l'argument du film semblant avoir été imprimé sur une planche à billets, dans le mépris le plus total du spectateur. Astérix aux jeux olympiques réussit l'exploit d'être mille fois plus mauvais que le film de Claude Zidi, qui constituait un monument de franchouillardise assez puante mais tentait au moins de séduire la masse. Le film de Langmann (pourquoi citer Forestier, vague sous-fifre à peine responsable du placement de la caméra), lui, est à l'origine d'un nouveau concept : l'europouillardise. Grâce à la monnaie unique, il a engagé la fine fleur (gasp) de l'humour européen afin (je cite) de pouvoir vendre le film un peu partout et d'attirer tout le continent dans les salles. L'UE doit être contente : chaque pays a ses trois plans, et hop, la médiocrité passe les frontières sans passeport. Le défilé de guest-stars qui s'en suit est des plus pathétiques : Zidane se ridiculise à tel point que c'en est effarant, Tony Parker n'avait pas besoin de cela, Jamel livre l'un des pires numéros de sa carrière... N'en jetons plus. Chaque ligne écrite à propos de cet Astérix risque de donner envie à de nouveaux gogos d'aller se faire détrousser de 9 euros pour se faire sa propre idée du désastre. Faites confiance à ce bouche-à-oreille unanime et ne faites pas ce cadeau au sinistre Langmann.
1/10

29 déc. 2007

EDEN LOG

Dans vingt ans, Franck Vestiel sera peut-être devenu un cinéaste respectable, et l'on reverra patiemment sa première oeuvre pour réviser son jugement avec une mauvaise foi inébranlable. À la lumière d'une filmo admirable, on reconsidèrera un Eden log dans lequel « apparaissent en filigrane les thèmes et obsessions chers au grand Vestiel ». Malheureusement pour le réalisateur, Eden log est pour l'instant son unique long-métrage, et aucun miracle ne peut guère le sauver. Se lançant corps et âme dans un océan science-fictionnel (avec au scénario l'ennuyeux Pierre Bordage, sorte de caution intellectuelle), Vestiel livre une marmelade imbitable et hermétique, qui sous couvert d'exigence démontre surtout un total mépris à l'encontre du spectateur.
Le film débute avec un Clovis Cornillac couvert de boue, ignorant qui il est et ce qu'il fait là. Après s'être armé de patience pendant un petit quart d'heure, le spectateur devra se rendre à l'évidence et se rallier au questionnement du héros : lui non plus ne sait pas pourquoi il est venu s'empêtrer dans cette salle obscure en forme de piège gigantesque. Vestiel joue la carte du mystère opaque : ne voulant livrer aucune réponse, il en oublie même de poser les questions. Si bien que l'indifférence finit par l'emporter, le calvaire du personnage de Cornillac se révélant moins pénible que le nôtre.
S'il est sans doute le seul, le réalisateur sait ce qu'il fait et pourquoi il le fait. Malgré tout, on sent émerger de ce projet une grande sincérité, une envie réelle de faire progresser le cinéma de genre dans un pays où les tentatives de se distinguer sont trop peu nombreuses. Malheureusement, Vestiel confond ambition et prétention, semblant se réjouir d'avoir pondu un film totalement abscons, qui ne devient compréhensible que dans les cinq dernières minutes. Là, les quelques survivants subiront une morale politico-écologique d'un manichéisme assez hilarant. La poignée de fans du film cite pêle-même Kubrick, The fountain, George Lucas. Dans vingt ans, ils passeront peut-être pour des visionnaires ; pour le moment, on peut juste leur recommander de prendre un peu de repos.
2/10
(également publié sur Écran Large)

11 janv. 2007

LE SERPENT

Hitchcockien. Machiavélique. Vénéneux. Ce Serpent-là a reçu bien des louanges pour le moins surgonflées. Vendu comme un thriller à la française ("mais à l'américaine"), le film raconte la gigantesque (hum) machination orchestrée par un type pour se venger d'un autre. Le problème, c'est que ni le motif de la vengeance ni le principe même de cette vengeance n'ont quoi que ce soit d'original.
On se demande bien pourquoi Le serpent, roman de Ted Lewis, a attiré Eric Barbier, cinéaste dit maudit, pour son retour au cinéma après de longues années d'absence. Profils psychologiques d'une faiblesse sans nom (l'unique faille du grand méchant est une sacrée aberration), rouages mal huilés, invraisemblance chronique : on a déjà vu (et lu) des milliers d'histoires de manipulation mieux troussées et plus crédibles. Mise en scène correcte mais sans saveur ; acteurs impliqués mais plus ou moins convaincants (face à un Yvan Attal impec dans le rôle "facile" de la proie, Cornillac peine à trouver le ton juste et se révèle aussi effrayant qu'un serpent en peluche)... Rien ne semble devoir distinguer Le serpent de la masse des thrillers sortis depuis un siècle.
Pourtant, par endroits, le film engendre une vraie tension, une angoisse presque palpable due à une noirceur très travaillée (superbe travail sur le son). Ce n'est pas le genre de polar gagné d'avance où l'on est certain que le héros va l'emporter et garder avec lui tous ceux qu'il aime (ptêt bin qu'oui, ptêt bin qu'non). C'est dans ces moments un peu éphémères que Le serpent parvient à convaincre, sans malheureusement confirmer ses belles promesses.
5/10

27 oct. 2006

POLTERGAY

C'est sans doute le pitch le plus effrayant de l'année : dans sa nouvelle maison, un type voit apparaître des fantômes gays tout droit venus de la fin des seventies. Ça sent le nanar ultime, entre Gabriel Aghion et Max Pécas. Et en effet, au début, Poltergay n'est ni OK, ni bath, ni in. Humour pire que potache, principalement à base de bites dessinées un peu partout. Homophobie latente (on rit des gens parce qu'ils sont gays). Cabotinage incessant, le pire n'étant pas dû aux interprètes des fantômes disco, mais bel et bien à Clovis Cornillac, dont on commence à connaître par coeur toutes les mimiques.
Une demi-heure semble suffire pour se faire une idée de ce Poltergay : sinistre, craignos, vulgaire. Et puis, même s'il n'atteint jamais des sommets de drôlerie, le film trouve son rythme et marque enfin des points dans le registre "divertissement sympathique". Une fois son personnage habitué à ces visions improbables, Cornillac se calme et c'est nettement plus supportable. Pas de quoi applaudir à tout rompre, mais pas de quoi crier au scandale.
Et puis il y a Michel Duchaussoy, dont l'arrivée tardive dans l'intrigue donne un puch supplémentaire à tout le film. Son personnage, un exorciste plus sérieux qu'une pierre tombale totalement accro aux McFlurry, Chicken McNuggets, et autres délicieuses merdes de chez Ronald McDonald, est un régal. Du grand n'importe quoi, sans queue (hum) ni tête, à l'image d'un film qui trouvera plus facilement sa place à 20h50 sur TF1 que sur PinkTV.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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