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1 oct. 2009

AU VOLEUR

Voilà bientôt un an qu'il nous a quittés, et Guillaume Depardieu n'a toujours pas disparu. Ni de nos coeurs ni des écrans de cinéma. En attendant la sortie de L'enfance d'Icare, le film sur le tournage duquel il a contracté sa pneumonie fatale, voici donc Au voleur, premier film plus que prometteur de Sarah Leonor (alias Sarah Petit). Comme dans Les inséparables, l'acteur y incarne un homme en marge qui ravit le coeur d'une madame tout le monde et la pousse dans ses retranchement pour mieux la révéler à elle-même. Le voleur du titre, c'est lui : de matériel hi-fi, de voitures, et finalement de sentiments. C'est ce que montre la première partie du film, à savoir comment ce type perpétuellement en fuite finit par trouver une forme de sédentarité dans les bras de cette jeune prof d'allemand au quotidien moyennement engageant mais à l'indéniable générosité sentimentale.
On l'a dit à chacun de ses films, et ce depuis des années, mais Guillaume Depardieu trouvait ici l'un de ses meilleurs rôles. Car, aussi blessé soit son personnage, il échappe à sa traditionnelle posture d'écorché vif et livre une prestation encore plus simple, plus humaine, mais pas moins habitée. C'est tout de suite plus simple quand on a en face de soi une comédienne de la trempe de Florence Loiret-Caille, dont on ne répète jamais assez qu'elle est déjà l'une des plus grandes actrices de ce début de siècle et qui ne cessera pas de le confirmer dans les années à venir. Regard noir et air fragile, innocence et érotisme : elle et son personnage ne font qu'un, créant une nouvelle fois l'émoi. La matière du film pourrait être d'une vacuité absolue que la superbe de ce duo nous le ferait oublier en deux secondes à peine.
Mais Au voleur n'est pas qu'un film d'acteurs, et confirme véritablement le talent de sa réalisatrice dans une deuxième partie absolument magnifique. Contraints de fuir pour échapper à la police, les deux amants se réfugient plus ou moins volontairement dans une campagne retranchée, boisée, traversée par de nombreux canaux et peuplée de quelques animaux. L'infinie simplicité du propos, qui tranche avec un cadre toujours plus affûté, est absolument stupéfiante, tout comme l'attitude de deux héros si heureux d'être à deux qu'ils parviennent à garder le sourire malgré le destin possiblement sombre qui les attend. Une promenade en barque, un bain d'eau froide, un repas sommaire au coin du feu et c'est l'idée même du bonheur qui jaillit, aussi éphémère soit-il. Transcendé par une direction artistique exemplaire (entre autres, la bande originale est à tomber), Au voleur est donc un petit coup de coeur discret mais sincère, à ne surtout pas rater pour qui souhaite encore profiter de Depardieu Junior sur grand écran.




Au voleur de Sarah Leonor. 1h40. Sortie : 30/09/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

6 mai 2009

JE L'AIMAIS

Après un premier film raté et un deuxième calamiteux, Zabou Breitman ne pouvait que surprendre agréablement avec Je l'aimais, adaptation de la désormais inévitable Anna Gavalda. Beaux sentiments et style ordinaire mais attachant sont les caractéristiques de l'oeuvre de l'écrivaine, qui avant de se lancer dans le pavé (Ensemble c'est tout et La consolante) s'était fait les dents sur des histoires courtes. Bien que s'étalant sur une vingtaine d'années, Je l'aimais faisait 150 pages environ, racontant sans détour l'histoire d'amour de cet homme qui aurait pu quitter sa femme mais n'a pas pu (ou pas voulu le faire). Pour tout dire, le film ne commence pas très bien, Zabou semblant s'apesantir sur la situation de départ (l'homme, sa belle-fille fraîchement larguée, et les deux enfants) sans autre raison que de faire durer le suspense avant de se lancer enfin dans le vif du sujet avec ce retour en arrière sur cette passion, ses circonstances et sa fin. Florence Loiret-Caille a beau être une comédienne gigantesque (il serait temps que l'univers l'apprenne), on baille.
On baille mais on continue à y croire. Car dès son entrée en matière, Je l'aimais semble faire preuve d'une jolie pudeur, d'une délicatesse qu'on ne soupçonnait pas chez une réalisatrice pas très finaude dans ses choix passés. Et lorsqu'est enfin introduit le personnage de Mathilde, le film trouve son rythme de croisière. Les balbutiements de Daniel Auteuil sont les nôtres, le charme fragile de Marie-Josée Croze fait le reste. S'il n'atteindra jamais une vraie dimension tragique, Je l'aimais fait son travail, c'est-à-dire dépeindre une relation si belle et pathétique qu'elle n'existe que dans les livres. C'est d'ailleurs là son énorme limite : malgré tous les efforts d'une réalisatrice qu'on sent touchée par son sujet, l'intrigue peine à dépasser le stade du roman-photo, bourré de rebondissements et de jolies choses, mais tout de même pas très nourrissant. La virée asiatique du couple d'amoureux est en cela révélatrice de la qualité générale du film, exhalant un exotisme de pacotille si suranné qu'il en devient touchant.
Mais l'interprétation compense généreusement les défauts de l'ensemble : l'improbable couple-vedette est juste magnifique, Florence Loiret-Caille joue les malheureuses comme personne (ça mérite bien d'être répété), et Christiane Millet se sort prodigieusement du rôle le plus casse-gueule de l'ensemble, celui de la femme trompée mais digne. Ceci n'a apparemment rien d'un miracle : Zabou Breitman révèle ici un vrai potentiel de directrice d'acteurs et fait renaître l'espoir quant à sa carrière de réalisatrice. Je l'aimais est le premier de ses films à ne pas se réfugier derrière un quelconque procédé, à filmer les sentiments comme des sentiments et pas comme des oeuvres d'art moderne. Le soin apporté aux détails (faire évoluer des personnages sur 20 ans sans maquillage, c'est fort) et la sincérité générale du projet montrent que sa cause est loin d'être désespérée.




Je l'aimais de Zabou Breitman. 1h52. Sortie : 06/05/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

16 sept. 2008

PARLEZ-MOI DE LA PLUIE

On les avait laissés sur un Comme une image un peu sinistre et moraliste jusqu’à plus soif ; Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri nous reviennent avec ce Parlez-moi de la pluie à la fois plus drôle et moins démonstratif. Comme on ne change pas une recette qui a fait ses preuves, ils nous offrent un nouveau film choral aux nombreuses ramifications dont le thème majeur pourrait être ce que le personnage de Jamel Debbouze nomme « l’humiliation ordinaire ». Mais là où leur opus précédent alignait les scènes comme autant de paragraphes d’un discours trop pompeux et schématique, Parlez-moi de la pluie renoue avec la spécialité du duo, une sorte de comédie en demi-teinte, toujours profonde mais souvent légère.
Le film doit énormément à l’alchimie du tandem Bacri – Debbouze : le profonde amitié qui unit les deux acteurs à la ville se ressent fortement à l’écran, et donne lieu à un paquet de scènes assez imparables, dans lesquelles le premier se montre plus clownesque que jamais tandis que le second montre à ceux qui en doutaient qu’il sait faire autre chose que du Jamel. Leur entente, tout comme la prestation de l’actrice non–professionnelle Mimouna Hadji dans un rôle-clé, fait naître une émotion palpable, qui permet au film d’être plus qu’un Jaoui-Bacri de plus, avec dialogues bien troussés et morale à la clé. Parlez-moi de la pluie est sans doute leur film le plus humain.
La politique, l’héritage du passé, la culpabilité : de tels thèmes auraient pu donner lieu à un film donneur de leçons, qui s’oppose à tout mais ne propose rien. Renouant au contraire avec la finesse de leurs meilleurs scénarios, Bacri et Jaoui abordent ces sujets avec malice et les utilisent pour faire leur auto-critique, montrant explicitement qu’il est plus facile de refaire le monde depuis son fauteuil que de mettre la main à la pâte. Bien aidé par une flopée de seconds rôles brillants (Pascale Arbillot et Frédéric Pierrot en tête), Parlez-moi de la pluie apporte une jolie pierre à l’édifice.
8/10
(également publié sur Écran Large)

24 avr. 2008

SANS ARME NI HAINE NI VIOLENCE

Troisième Robin des Bois à passer derrière la caméra, Jean-Paul Rouve se livre avec la même sincérité que ses anciens camarades (messieurs Barthélémy et Martin-Laval) : il offre un film à son image, c'est-à-dire parfois un peu gauche, ouvertement démodé, mais foncièrement sympathique. Si Sans arme ni haine ni violence entend parler d'Albert Spaggiari et du casse qui a forgé sa légende, on est ici bien loin du simple biopic ou du film de cambriole. Le film de Rouve est une fantasie pure, à la fois très écrite et très libre, le portrait d'un homme qui conçoit sa vie comme une oeuvre d'art à tel point qu'il finit par passer à côté. Mais toujours avec le sourire.
Sans arme ni haine ni violence se distingue par un humour très "rouvesque", avec ses dialogues juste assez à côté de la plaque pour étonner ou attendrir, mais pas trop quand même histoire de ne pas sombrer dans le loufoque le plus total. On s'attache à ce personnage si singulier, ainsi qu'à celui de Gilles Lellouche, enquêteur venu pister Spaggiari jusqu'aux tréfonds (comprendre "hôtels quatre étoiles") de l'Amérique du Sud. Leur relation est au centre du film, et si la fin ne fait guère de doute (de la configuration traqueur/traqué naîtra bientôt une amitié possiblement sincère), on est presque ravi du confort assuré par un déroulement prévisible.
S'il ne semble pas tout à fait à l'aise avec la mise en scène, Rouve crée un style maladroit mais assumé, dont l'esprit fait penser aux comédies des années 70, l'obsession du gag en moins. Visiblement fasciné par cette époque (grosso modo fin Giscard début Mitterrand), il prend un plaisir visible à en reconstituer le moindre détail et à utiliser son côté suranné et rococo. Décors, costumes, postiches : de cette frénésie de couleurs et d'influences un peu moches (mais très appréciées en leurs temps) naissent une vraie poésie et un charme désuet. Transcendé par une BO très old school mais idéalement choisie (de Daniel Guichard à Julien Clerc), Sans arme ni haine ni violence atteint sans trop d'encombres son objectif séduction. Une comédie fine et délicieusement désenchantée. Cela semble être la spécialité des ex-Robins, et c'est tant mieux.
7/10

4 janv. 2008

L'HOMME QUI MARCHE

Dans Le stade de Wimbledon, Mathieu Amalric partait sur les traces d'un écrivain n'ayant jamais écrit. L'auteur dont est inspiré le héros de L'homme qui marche a tout de même fait mieux, puisqu'il a publié un unique texte, Fils de chien, dans les années 70. Le Vladimir Slepian de la vraie vie est devenu à l'écran Viktor Atemian, dont l'unique texte connu est aussi introuvable que culte chez les grands penseurs du siècle dernier. Le film d'Aurelia Georges décrit, sur un quart de siècle, la drôle d'existence d'Atemian, être étrange et lunaire qui fit quelques rencontres, écrivit quelques textes (pièces de théâtre, pamphlets et autres) au destin obscur, et finit seul et pauvre, réduit à néant par la rue.
On comprend volontiers pourquoi la réalisatrice s'est intéressée à un tel bonhomme ; malheureusement, ce type si fascinant sur le papier n'avait visiblement pas ce qu'il fallait pour devenir un héros de cinéma. Trop littéraire et nébuleux pour convaincre, le film rate sa cible, échouant également dans sa tentative de transposer le dadaïsme sur pellicule. Il aurait fallu pour cela que L'homme qui marche se lâche un peu plus au lieu de rester engoncé dans une posture de film d'auteur guindé. Pour donner une idée du caractère peu guilleret de l'ensemble, l'instant le plus fantaisiste du film survient lorsqu'Atemian, photographié par un ami, place une chaise devant son visage pour tenter d'obtenir une photo plus originale. Voilà.
Finalement, le film touche à son meilleur lorsqu'Aurélia Georges prend le temps de relier la vie en dents de scie de l'artiste et la destinée politique de la France, de septennat en septennat (le film s'arrête assez longtemps en 1974 et 1981 notamment...). Le manque de moyens de la reconstitution participe au caractère désuet de l'ensemble, mais on a connu résultat moins efficace. Quant au comédien qui interprète Atemian, Cesar Sarachu, il est tout bonnement prodigieux, jouant le décalage à merveille comme il l'avait si bien fait chez les frères Quay. L'acteur est la seule réelle étincelle dans un film trop poli pour être convaincant.
4/10
(également publié sur Écran Large)

26 nov. 2007

LES DEUX MONDES

Les deux mondes n'est ni le plus mauvais film de l'année, ni le plus stupide ; en revanche, c'est incontestablement le plus mal écrit. Le film ressemble à un manuel expliquant par l'exemple tout ce qu'il ne fauty pas faire lors de l'écriture d'un scénario. Et c'est ainsi que le postulat rigolo et potentiellement explosif de Daniel Cohen s'est transformé en un magnifique tas de rien, de vide, d'occasions ratées.
Il faut vraiment être fan de Benoît Poelvoorde pour supporter le film. Il porte le film sur ses épaules et est à l'origine de quelques-uns des bons moments offerts. Pour le reste, Les deux mondes traîne laborieusement sa grosse carcasse, le passage du héros entre deux univers parallèles n'étant propice qu'à l'élaboration de quelques gags souvent ratés. Cohen n'a pas su quoi faire de son encombrante idée de départ : sans fil conducteur, il erre, proposant tour à tour comédie grasse, cours de démocratie et romance niaise sans jamais relier tout cela. C'est dommage : avec un budget sympathique mais pas exorbitant, le réalisateur a su créer un univers visuel plutôt agréable. Le côté cheap de certains effets spéciaux aurait presque du charme. Et les scènes de bataille sont plutôt bien exécutées.
Des nèfles par rapport à l'insondable gâchis qu'est le film, qui se paie le luxe d'être suprêmement ennuyeux là où il aurait été facile de faire une comédie au moins divertissante. Quant à Poelvoorde, il faudrait qu'il commence à se poser des questions sur le choix de ses films. Être bon dans de mauvais films n'a jamais épanoui personne.
2/10

13 avr. 2007

J'ATTENDS QUELQU'UN

Dans une petite ville, cinq personnages se croisent, se cherchent, se testent. Tout cela sous l'oeil bienveillant d'un jeune meteur en scène bourré de talent. Jérôme Bonnell, donc c'est déjà le troisième film, possède un vrai oeil de metteur en scène, et la finesse de sa description nous fait oublier que le sujet n'a rien de neuf.
On peut voir J'attends quelqu'un comme une comédie teintée de désespoir, ou au contraire comme un film plombant mais parsemé de brèves touches de drôlerie. C'est en tout cas un film rond en bouche, agréable à suivre, beau et triste comme une vie ordinaire. Bonnell sait mettre le doigt sur les petits détails qui font (ou défont) un couple, le pourquoi d'une solitude, le comment d'un ratage. Mais il le fait avec une telle légèreté que la gaieté chasse le cafard dès qu'il s'est installé. Avant que le cafard ne reprenne le dessus (mais pas pour longtemps).
C'est typiquement le genre de film que les détracteurs du cinéma français dit classique vont s'empresser de dénigrer (ou d'éviter). Pourtant, J'attends quelqu'un vaut bien plus que la moyenne. l'originalité qui lui fait défaut est compensée par un style délicat et un casting cinq étoiles, de m'sieur Darroussin (impayable de bonhommie) à la délicieuse Florence Loiret-Caille. Même Emmanuelle Devos est très bien. La preuve que Jérôme Bonnell n'est pas n'importe qui...
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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