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28 juil. 2009

LA FEMME INVISIBLE (D'APRÈS UNE HISTOIRE VRAIE)

Il se passe de drôles de choses dans le film d'Agathe Teyssier : une fille sans envergure découvre qu'elle devient invisible par intermittence, ce qui a légèrement tendance à la faire déprimer. S'ensuit alors une sorte de longue thérapie, Lili comprendre l'origine de ce problème et savoir comment en faire un atout. La mention (d'après une histoire vraie) qui complète le titre donne le ton : il s'agit plutôt d'une comédie, d'un film léger et assez frais sur la quête d'identité d'une héroïne des temps modernes.
La femme invisible, c'est un peu la rencontre improbable entre Alan Moore et Marcel Aymé, la balance penchant très nettement du côté de l'écrivain français. Passe-murailles ou n'existant qu'un jour sur deux (voir à ce propos l'excellent Les jours où je n'existe pas, de Jean-Charles Fitoussi), les héros d'Aymé doivent eux aussi composer avec un don qui n'en est pas un et chercher à se former à travers lui. Agathe Teyssier se situe exactement dans cette veine, multipliant les anecdotes rigolardes et les digressions décoiffantes pour mieux réussir le portrait de son personnage.
On devine l'immense modestie du budget, et on apprécie d'autant plus l'énergie déployée par la réalisatrice au service de cet univers bien singulier : tant sur la forme que sur le fond, Teyssier tente des choses, y arrive souvent et se rate parfois, pour mieux tester d'autres idées ensuite. Elle a choisi pour cela l'interprète idéale : comme dans la vraie vie, Julie Depardieu s'y montre à la fois fantaisiste et discrète, gênée mais sans limite, bref, une petite bombe imprévisible et toujours charmante. Elle semble s'être beaucoup amusée à tourner dans ce qui ressemble parfois à un documentaire sur la vision qu'elle a d'elle-même. Tout comme Charlotte Rampling, Jeanne Balibar et quelques autres, visiblement grisées par la folie douce dans laquelle baigne ce film si particulier, pas toujours facile à suivre mais auquel il sera beaucoup pardonné tant il est bourré de charme.




La femme invisible (d'après une histoire vraie) d'Agathe Teyssier. 1h30. Sortie : 22/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Tadah ! Blog.

24 juil. 2009

Top 5 : Julie Depardieu

Cette semaine, Julie Depardieu se fait discrète dans La femme invisible.



Top 5 des films avec Julie Depardieu

01. La petite Lili (2003)
Quand Claude Miller adapte Tchekov, on peut s'attendre à un grand moment de solitude. Erreur fatale : c'est sans doute l'un des films les plus réussis de son auteur, fantaisiste sans être ridicule (donc pas comme Le sourire), tragique sans être pathos (donc pas comme La chambre des magiciennes). Côté acteurs, une drôle d'alchimie se produit. Sagnier, Stévenin, Marielle, Depardieu (qui obtint 2 Césars d'un seul coup) : tous sont absolument prodigieux dans cette peinture désabusée d'une famille d'artistes en lutte.


02. Les témoins (2007)
Sujet grave mais traitement mesuré : dans Les témoins, l'une de ses plus belles oeuvres, André Téchiné prend le SIDA à bras le corps et décrit la façon dont il est vécu par une poignée de personnages ayant eu la malchance de vivre leurs années d'adulte au moment de la prolifération d'un virus encore mal connu. Là encore, le casting est formidable en tous points, à commencer par Johan Libéreau et Michel Blanc.


03. Cowboy (2007)
Comme dans Podium, Julie Depardieu joue l'épouse un peu désespérée d'un Benoît Poelvoorde soucieux uniquement de ses propres rêves. Brillamment grinçant, le film de Benoît Mariage est notamment le portrait brillant de ce journaliste de seconde zone, prêt à toutes les mises en scène pour mettre en boîte le reportage du siècle, mais qui ne fera qu'enchaîner les fiascos dans un tourbillon pathétique.


04. Le bal des actrices (2008)
La narcissique Maïwenn Le Besco s'ouvre enfin aux autres et filme avec avidité - et finalement pas mal d'égocentrisme - une corporation qui la fascine : celles des actrices d'aujourd'hui, qu'elles soient célébrées ou dépassées. Un film au concept fort, terriblement drôle, qui va bien au-delà de son postulat contrairement à son pseudo équivalent masculin, Les acteurs de Bertrand Blier.



05. La faute à Fidel ! (2006)
On attend impatiemment des nouvelles de Julie Gavras, qui à l'approche souvent plombante de son paternel a préféré un ton libre et doucement comique pour décrire la vie d'une famille dont les parents sont militants communistes. Vus à travers des yeux d'enfant, les évènements prennent une autre dimension, plus naïve donc plus frontale et plus drôle. Cette comédie (mais pas que) est un vrai petit régal, et le couple Depardieu - Accorsi fonctionne à plein tube.

31 janv. 2009

LE BAL DES ACTRICES

Il y a neuf ans, à l'occasion de la sortie des Acteurs, Bertrand Blier confiait qu'il avait un temps songé à tourner également Les actrices avant d'abandonner cette idée au motif que le public n'aurait pas supporté qu'on se moque d'elles, de Vanessa Paradis à Jeanne Moreau. Mais rien ne fait peur à Maïwenn Le Besco, visiblement adepte des projets casse-gueule après un Pardonnez-moi aussi nombriliste que culotté. Récit du tournage d'un doc consacré à ces femmes hors du commun (ou en tout cas persuadées de l'être), Le bal des actrices est un portrait de groupe aussi impitoyable que délicieux, orchestré par une actrice-réalisatrice n'ayant pas froid aux yeux.
Contrairement à un Pardonnez-moi allant si loin dans le malaise et l'auto-analyse qu'il finissait par imploser sous le poids de sa propre complaisance, Le bal des actrices surprend et séduit par sa mesure. Car même lorsqu'il fait dans la caricature volontaire, le film ne pèche jamais par excès, cette radiographie du métier d'actrice se voulant plus vacharde qu'assassine. Du début à la fin, on prend un véritable plaisir à voir ces femmes jouer avec leur image, qu'elles soient dans un rôle de composition (Mélanie Doutey, Romane Bohringer) ou dans une copie possiblement conforme de ce qu'elles vivent en réalité (Muriel Robin ou Estelle Lefébure en prennent plein la tronche). Extrêmement drôle, le film n'entend pas débiter dix vérités à la seconde mais en dit finalement plus que bien des documentaires.
Pour autant, Le bal des actrices n'est pas exempt d'un certain nombrilisme, certes plus léger que précédemment. À travers ces actrices, c'est elle-même que Maïwenn filme et raconte, dans une auto-fiction d'autant plus appréciable qu'elle inclut sa propre critique. La jeune femme ne s'épargne absolument pas, démontant son propre travail ainsi que la façon dont elle néglige sa famille. Témoin de tout cela, son mari dans le film, excellemment interprété par un Joey Starr hilarant, offre son regard au spectateur, tour à tour agacé et séduit par cette artiste entière, talentueuse et aussi tendre que féroce.
8/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

8 avr. 2008

LES FEMMES DE L'OMBRE

Normalement, avec Jean-Paul Salomé, on n'est jamais déçu. Des Braqueuses jusqu'à Arsène Lupin en passant par l'inénarrable Belphégor, le réalisateur a enchaîné les catastrophes avec une précision d'horloger, ne réussissant qu'un sympathique Restons groupés qui fait office de point culminant dans sa filmographie. Les femmes de l'ombre sentait donc le pur plaisir coupable, le genre de film qui fait pleurer les mémés mais titille les zygomatiques des adeptes du second degré. Ce n'est malheureusement pas cette fois qu'on rira bruyamment : car si Les femmes de l'ombre est un film relativement médiocre, il n'en reste pas moins que c'est un bon Salomé. Du genre qui ne fera pas trop tache en prime-time sur TF1.
Le film marche sur les traces du Black book de Paul Verhoeven par ses intentions de faire naître le mélodrame au coeur de l'emprise nazie. La comparaison s'arrête là : si Verhoeven emballait le spectateur à grands coups de rebondissements et au gré d'un rythme débridé, Salomé orchestre une petite aventure franchouille et bien peignée qui ne parvient jamais à chavirer les coeurs. Malgré un casting de stars, son quintet de gonzesses manque singulièrement de piquant. On se demande presque pour quelles raisons il fallait autant d'héroïnes, sinon pour montrer que "l'union fait la force". Peu ou pas dirigées, les actrices font ce qu'elles peuvent, d'autant qu'aucune n'a jamais été la reine de la finesse. Marie Gillain, Sophie Marceau et Julie Depardieu multiplient les oeillades, à mille lieues de la discrétion dont devaient faire preuve les résistants de l'époque. C'est finalement Maya Sansa et Déborah François, plus en retenues, qui s'acquittent le mieux de leurs rôles. Cette dernière est bien particulièrement servie par un personnage plus complexe que prévu.
Les péripéties s'enchaînent assez mollement mais sans réelle raison de s'indigner ou de s'esclaffer. Les invraisemblances finissent pourtant par l'emporter, au gré d'une fin mal fichue et sentant le manque d'inspiration. Encore une différence avec le film de Verhoeven : Salomé joue délibérément la carte du réaliste, ce qui s'accommode très mal avec son désir de romanesque. Plate mais moins mauvaise que par le passé (mais plate quand même), sa mise en scène ne permet pas au film de prendre de l'ampleur ou de se débarrasser, même temporairement, du lourd contexte historique qui sert de toile de fond. Reste que ces deux heures de film ne traînent pas trop en longueur, et que les spectateurs les moins exigeants pourront trouver dans Les femmes de l'ombre un spectacle pas trop stupide à défaut d'être stupéfiant.
4/10

17 déc. 2007

COWBOY

Cowboy poursuit brillamment l'exploration de l'homme médiocre et désabusé débutée par Benoît Poelvoorde avec C'est arrivé près de chez vous il y a déjà quinze ans. Depuis, de Portes de la gloire en Ghislain Lambert, notre belge préféré traîne ses guêtres de personnages misérables en sympathiques incompris. Le Daniel Piron de Cowboy oscille entre ces deux catégories, et c'est cela qui fait son originalité : refusant de plonger dans le grand bain de la comédie, n'y entrant qu'orteil après orteil pour ne pas prendre froid, Benoît Mariage signe un film brillamment doux-amer qui va finalement plus loin dans le pathétique que les très plombés Convoyeurs attendent.
Idée originale : un journaliste en perte de vitesse trouve le sujet de reportage qui va le relancer. L'idée : retrouver et réunir les protagonistes de la prise d'otage d'un bus scolaire quinze ans plus tôt. Évidemment, tout ne se passera pas comme prévu, et le reportage de Piron va partir à vau-l'eau. Seulement voilà : si l'ensemble part en couille, ce n'est pas dans la direction que l'on croit. Compensant sans cesse son côté désespéré par de petites goulées d'un humour très belge (merci François Damiens), Mariage va loin dans l'exploration du pathétique et du grotesque d'un homme, mais aussi d'une époque. Même si sa mise en scène n'est pas tout à fait à la hauteur de son beau sujet, il trouve le ton juste et maîtrise parfaitement les soubresauts de son scénario. Dans le rôle principal, Poelvoorde fait des merveilles, ayant bien compris qu'il n'est pas pour une fois l'alibi comique du film. Autour de lui, les seconds rôles sont à l'unisson. Et la conclusion du film, sur une reprise en choeur des Poppies, apporte un dernier voile d'amertume en même temps qu'une légèreté assez indispensable. Résumé parfait d'un petit film qui a tout d'un grand.
8/10

9 oct. 2007

UN SECRET

Au départ, Un secret semble signer l'arrivée de Claude Miller dans le club des cinéastes du troisième âge, présidé depuis toujours par Jean Becker. Malgré un travail (simpliste) sur la texture des images, le film ressemble à un téléfilm version France 3, avec ses images raplapla et ses robes bien repassées filmées sans emphase. D'autant que l'histoire n'a rien de bien transcendant : on ne compte plus les films qui nous ont raconté la vie des enfants pendant la guerre 39-45.
Heureusement il y a le casting, en tête duquel Patrick Bruel, acteur somme toute classique mais plutôt convaincant. Sa rencontre avec Cécile de France (assez éblouissante une fois encore) sonne d'ailleurs le vrai début d'Un secret, qui commence à prendre de l'ampleur dès lors que le narrateur entreprend de nous raconter ce fameux secret enfoui. Pas que Miller se mette soudainement à filmer comme Malick, mais il n'empêche que son film devient à la fois plus intéressant et plus regardable, avec en fin de course une scène assez traumatisante, celle qui révèle enfin le mystère du titre. Là, les mamies sont en transe, poussant des râles d'agonie, et le spectateur moyen n'est pas loin de faire pareil.
Demeure cependant une constante négative : les scènes où Mathieu Amalric, le petit garçon devenu grand, erre dans un jardin public en attendant de retrouver son père (Patriiiiick, mal maquillé). Sans épaisseur sur le papier, d'une rare laideur côté forme, elles offrent un noir et blanc mal taillé et par trop binaire. Ce qui montre bien qu'Un secret, malgré de bonnes choses, n'est rien d'autre qu'une oeuvre scolaire, comme la composition française d'un médiocre élve de quatrième B. Peut mieux faire.
5/10

8 mars 2007

LES TÉMOINS

André Téchiné est un drôle de cinéaste. Parfois, ses films ont un aspect si futile jusque dans leur gravité qu'ils peuvent légitimement vous passer complètement au-dessus de la tête. D'autres fois, les films de Téchiné sont forts, graves, édifiants jute comme il faut, plus émouvants que jamais.
Les témoins appartient fort heureusement à la seconde catégorie. Entre l'été 84 et l'été 85, le metteur en scène raconte l'arrivée du SIDA, et comment elle influe sur les vies de ceux qui l'attrapent et de ceux qui y échappent. Cinq personnages et autant de points de vue ; mais Téchiné se refuse à faire des Témoins un bête film choral, où les scènes se juxtaposeraient se manière primaire. Foisonnant, imprévisible dans sa narration, le film épouse les regards de ses personnages, en favorise certains, puis les délaisse, avant de revenir à eux.
Il y a toujours un gros risque dans le fait de faire un film sur un thème aussi lourd que le SIDA. Téchiné a la bonne idée d'en parler sans en parler. La maladie n'est quasiment jamais au centre du film ; elle fait partie de la vie, la gâche, la raccourcit, mais n'est jamais vue comme une sorte de héros détestable. Les héros, ce sont nos cinq personnages, admirables car humains, écrits avec précision et amour. Si Johan Libéreau confirme tout le bien qu'on pensait de lui depuis Douches froides, c'est sans doute Michel Blanc qui se révèle le plus éblouissant, bouleversant dans ses silences et sa dignité.
Transcendant sa réalisation, Téchiné offre un film bourré d'ombres et de lumières, comme pour montrer que le mal est présent même s'il est invisible. Collant au plus près de ses personnages, usant parfois de ralentis imperceptibles, il les fait vivre comme rarement. Et rend éblouissant de sobriété et de retenue un film qui aurait pu n'être qu'un autre tire-larmes façon Nuits fauves. malgré son inconstance, André Téchiné est vraiment un cinéaste précieux.
8/10

16 janv. 2007

LA FAUTE À FIDEL !

Dans la famille de la petite Anna, les choses changent. On quitte la grande maison familiale pour un appartement moins confortable. Papa se laisse pousser la barbe et invite plein de gens bruyants à la maison. Maman est prêt à lâcher son boulot pour partir au Chili voir si Allende va bien. Bref, c'est le bordel. Et la faute à Fidel.
La bonne nouvelle, c'est que Julie Gavras n'a pas choisi de marcher dans les traces de son père. Si son film traite en partie de politique (et surtout de la manière dont les Français la conçoivent), La faute à Fidel! n'a rien des plaidoyers souvent chiants et guindés de papa Costa. Adapté d'un roman de Domitilla Calamai, le film épouse le point de vue d'une petite fille pour mieux traiter un sujet pas toujours marrant avec une fraîcheur très agréable. Passé un premier quart d'heure un peu brouillon, on prend alors un vrai plaisir à suivre cette chronique tendre et sincère. Pas facile d'être petit : on déborde de questions sur la vie, l'amour, la mort et tout ce qui s'en suit, alors s'il faut en plus s'interroger sur ce que sont le communisme, les putschs et le napalm, la vie d'enfant n'a plus rien de marrant. C'est d'ailleurs l'une des grandes questions du film : que ce soit à propos de c'est quoi un avortement ou de comment ça marche le communisme, que faut-il dire ou taire à un enfant curieux mais encore innocent? Question délicate. Incarnés à merveille par Nina Kervel (qui m'a tout l'air d'être une sacrée tête de pioche) et Benjamin Feuillet (dont les interventions spontanées sont un véritable régal), Anna et François déambulent dans une vie qu'ils ne comprennent pas toujours mais dont ils tireront sans doute des enseignements quand ils auront grandi.
La faute à Fidel! débute par la mort de de Gaulle et se termine par celle d'Allende : deux évènements marquants que Julie Gavras relier implicitement (même découpage, même silence) pour mieux montrer que le monde est une question de perception. Pour un premier long métrage, sa perception à elle est déjà bien affinée. On attend de voir la suite.
7/10

27 oct. 2006

POLTERGAY

C'est sans doute le pitch le plus effrayant de l'année : dans sa nouvelle maison, un type voit apparaître des fantômes gays tout droit venus de la fin des seventies. Ça sent le nanar ultime, entre Gabriel Aghion et Max Pécas. Et en effet, au début, Poltergay n'est ni OK, ni bath, ni in. Humour pire que potache, principalement à base de bites dessinées un peu partout. Homophobie latente (on rit des gens parce qu'ils sont gays). Cabotinage incessant, le pire n'étant pas dû aux interprètes des fantômes disco, mais bel et bien à Clovis Cornillac, dont on commence à connaître par coeur toutes les mimiques.
Une demi-heure semble suffire pour se faire une idée de ce Poltergay : sinistre, craignos, vulgaire. Et puis, même s'il n'atteint jamais des sommets de drôlerie, le film trouve son rythme et marque enfin des points dans le registre "divertissement sympathique". Une fois son personnage habitué à ces visions improbables, Cornillac se calme et c'est nettement plus supportable. Pas de quoi applaudir à tout rompre, mais pas de quoi crier au scandale.
Et puis il y a Michel Duchaussoy, dont l'arrivée tardive dans l'intrigue donne un puch supplémentaire à tout le film. Son personnage, un exorciste plus sérieux qu'une pierre tombale totalement accro aux McFlurry, Chicken McNuggets, et autres délicieuses merdes de chez Ronald McDonald, est un régal. Du grand n'importe quoi, sans queue (hum) ni tête, à l'image d'un film qui trouvera plus facilement sa place à 20h50 sur TF1 que sur PinkTV.
4/10

26 août 2006

QUI M'AIME ME SUIVE

Et si vous pouviez tout recommencer, le remonteriez-vous, ce foutu groupe de rock que vous aviez à quinze balais? Benoît Cohen répond oui, lui qui fut architecte avant de devenir cinéaste sur le tard. Son Max Maréchal, médecin réputé, plaque tout du jour au lendemain pour tenter l'aventure, malgré la désapprobation totale de sa famille.
Au départ, Qui m'aime me suive ressemble à un simple prolongement de l'excellent Nos enfants chéris : même casting, même ton, même humour... Et puis au fil des scènes, on comprend que les apparences sont trompeuses. Et Qui m'aime me suive de s'écarter des sentiers de la comédie de groupe pour basculer peu à peu vers la comédie dramatique. Pas une simple chronique sur les angoisses d'un trentenaire paumé, mais un vrai drame humain où tout le monde en prend plein la gueule. Tout le contraire de Nos enfants chéris, en fait. Impression renforcée par le fait que chaque acteur joue un rôle diamétralement opposé de celui du film d'avant : Demy y était un gentil toutou muet, il est désormais un type libre qui tente ce qu'il a envie de tenter ; Bohringer était la libératrice des pulsions du Demy, elle est désormais sa castratrice... Des oppositions pas binaires mais vraiment efficaces.
Il y a certes des moments un peu agaçants dans ce Qui m'aime me suive, quelques scènes un peu trop attendues qui ne font que jouer avec les normes. Et une fin à rallonge un peu trop facile et au propos vraiment trop flou. Mais l'ensemble dégage une vraie énergie, qu'elle soit positive ou négative. Casting impeccable (sauf Romane Bohringer, qui en fait beaucoup trop alors qu'elle sait d'habitude se contenter de peu), mise en scène discrète mais réfléchie... C'est du cinéma français modeste mais bien fait. À présent, il serait temps pour Benoît Cohen de voguer vers d'autres horizons peut-être un peu plus consistants, histoire de ne pas lasser le gamin de quinze ans qui est en lui.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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