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18 nov. 2009

IN THE LOOP

Vous ne comprenez rien à la géopolitique ? Pas bien grave : les auteurs d'In the loop n'ont pas spécialement l'air d'en savoir plus que vous. Bien que se déroulant dans les coulisses du pouvoir, le film d'Armando Iannucci n'a en effet aucune vocation pédagogique, ou presque : il s'agit avant tout d'exploiter le monde des cols blancs à des fins de comédie. Prolongement d'un téléfilm déjà réalisé par le même Iannucci et écrit par la même équipe, le film ressemble à une transposition de la série The office dans le monde politique. Mêmes crétins persuadés d'être les rois du monde. Mêmes jeunes paons faisant la roue pour séduire leurs collègues. Même liberté de réalisation, avec cette caméra sautillante qui vient coller au plus près des personnages et des situations.
La vedette de In the loop ? Le dialogue écrit par Ian Martin, qui bat sans doute le record de grossièretés débitées à la minute, dans un élan de frénésie humoristique franchement dévastateur. Les acteurs se régalent, à commencer par la révélation Peter Capaldi dans le rôle du directeur de la communication du Premier Ministre. Gérant ses troupes à la façon de R. Lee Ermey dans Full metal jacket, il se livre à des monologues orduriers et provocateurs dont la puissance comique peut provoquer quelques fuites urinaires. Face à lui, du trop rare Tom Hollander (en ministre boulet) au légendaire James Gandolfini (dans un second rôle de poids), tous les interprètes sont absolument épatants, la personnalité de chacun ouvrant toujours de nouvelles pistes comiques.
On n'apprend pas grand chose, d'autant que l'ennemi dont parlent britanniques et américains n'est pas identifié - on a bien quelques idées quand même. En revanche, In the loop fait preuve sous la satire d'un réalisme saisissant, et l'on croit dur comme fer à ces petites guerres internes, alimentées par un arrivisme galopant et une aigreur vraisemblablement innée. Les coups bas pleuvent, et c'est délectable... jusqu'au moment, difficilement identifiable, où la lassitude pointe le bout de son nez. Déjà parce que la dernière partie est tournée vers la résolution des différentes sous-intrigues, qui n'étaient pas passionnantes pour elles-mêmes mais simplement pour les dialogues qu'elles engendraient. Et ensuite parce que trop de dialogue tue le dialogue : aussi drôle soit le film, il finit par devenir exténuant, comme ces gens pleins d'humour mais qui ne savent pas s'arrêter. On sort de In the loop avec la banane, mais également avec l'envie de faire une sieste dans un lieu silencieux et apaisant.




In the loop d'Armando Iannucci. 1h46. Sortie : 18/11/2009.
Également publié sur Écran Large.

26 mai 2009

LA NUIT AU MUSÉE 2

Ben Stiller, Alain Chabat, Owen Wilson, Ricky Gervais, Christopher Guest, Steve Coogan, Hank Azaria, Jonah Hill... Tous ces grands acteurs comiques dans un même film, ça ne pouvait que faire des étincelles, donner un grand spectacle explosif, ébouriffant et hilarant. Autant dire que La nuit au musée 2 promettait d'être bien plus percutant qu'un premier volet gentillet mais déconseillé aux plus de 12 ans. À l'arrivée, le film de Shawn Levy est une vraie déception, indifférant encore plus que le précédent car ne bénéficiant même pas d'un quelconque effet de surprise. Si le postulat était plutôt bien vu (le déménagement des pensionnaires du muséum d'histoire naturelle vers le gigantesque Smithsonian, propice à de nouvelles rencontres), il n'est exploité qu'à travers la logique du "toujours plus". Toujours plus de personnages, toujours plus d'hystérie... et toujours moins d'espace pour chacun. Si Ben Stiller joue les chefs d'orchestre avec une certaine délectation (mais avec toujours autant de retenue) et est donc présent à l'écran la majeure partie du temps, les autres disposent en moyenne de cinq minutes d'exposition et n'ont absolument pas le temps de s'épanouir et de laisser libre cours à leur folie comique.
Seul Hank Azaria, dans le rôle du méchant pharaon persuadé d'être terrifiant, parvient en fait à se lâcher comme il se doit et à nous titiller les zygomatiques. Pour les autres, peau de chagrin, à tel point qu'on a de la peine pour un Alain Chabat qu'on a connu plus expansif ou pour un Steve Coogan carrément sacrifié. Comme bien des suites, La nuit au musée 2 est touchée par cette obsession de la surenchère selon laquelle faire mieux, c'est faire plus. Les scénaristes Thomas Lennon et Robert Ben Garant (Reno 911) auraient plutôt dû s'atteler à bâtir une intrigue digne de ce nom, le film avançant en roue libre et reprenant maladroitement la malédiction du premier film. Ce ne serait pas bien grave si l'ensemble était réellement drôle : ce n'est malheureusement pas le cas, sans doute à cause du label "film tous publics" qui bride l'énergie de chacun, toute blague risquant de sortir des clous étant immédiatement contenue, maîtrisée et placée en isolation.
Il faut donc se contenter d'un banal recyclage des gags de La nuit au musée, et pas forcément des meilleurs : des singes qui fichent des claques et j'en passe. Les nouveaux personnages n'apportent pas grand chose, si ce n'est qu'ils permettent d'étaler l'impressionnant savoir-faire technique mis au service du film : les mafieux en noir et blanc sont sacrément bien fichus, tout comme les mini Einstein certes inutiles et agaçants. Moins agaçants cependant qu'Amy Adams, qui semble vouée à incarner toute sa vie des cruchasses absolument tête-à-claques. Dans Il était une fois ou Miss Pettigrew, le personnage voulait ça ; ici, elle joue l'aviatrice Amelia Earhart, et c'est tout de suite plus embêtant. Du coup, on regrette Carla Gugino, la seule à avoir décliné l'invitation pour ce n°2, sans doute parce qu'elle était occupée ailleurs, mais peut-être aussi parce qu'elle avait pressenti que ce film n'apporterait absolument rien de plus que le premier.




La nuit au musée 2 (Night at the museum 2 : battle of the Smithsonian) de Shawn Levy. 1h45. Sortie : 20/05/2009.
Autre critique sur BJ & Mat Cineshow.

20 déc. 2008

HAMLET 2

« Ma vie est une parodie de tragédie. » Dana, le héros de Hamlet 2, a trouvé la phrase parfaite pour décrire son existence d'auteur raté, d'acteur raté et d'homme raté. Ridiculisé par un critique théâtral de 13 ans pour ses adaptation foireuses de Mississipi Burning et Erin Brockovich, il se lance alors dans une pure création : une suite du grand classique shakespearien, Hamlet. Et qu'importe si tous les personnages principaux passent l'arme à gauche en fin de pièce : une machine à remonter le temps, et le tour est joué. C'est dire la folie furieuse et le ridicule total de ce loser magnifique, qui s'abime dans une spirale de la création pas vraiment faite pur lui.
Délirant sur le papier, Hamlet 2 est en fait une semi-comédie, aussi pathétique que drôle, à la manière de certaines productions Apatow ou des deux premiers films de Jared Hess (Napoleon Dynamite et Super nacho). Car Dana est si mauvais et désespéré qu'il y a légitimement de quoi avoir le bourdon. C'est tout de même le signe d'un film qui peine à exploiter le potentiel comique de ses situations, le héros inspirant plus souvent la pitié que l'hilarité.
Heureusement, Dana est incarné par un Steve Coogan au meilleur de sa forme, dans un rôle assez proche de celui qu'il interprétait dans Tonnerre sous les tropiques. Sans lui, Hamlet 2 aurait sans doute dix fois moins d'intérêt. On comprend d'ailleurs pourquoi le film est sorti dans l'indifférence générale, Coogan n'étant pas un acteur bankable et le ton doux-amer du film n'ayant pas un fort potentiel commercial. Néanmoins, pour son acteur principal et son savoureux final, Hamlet 2 mérite une seconde chance.
5/10
(également publié sur Écran Large)

17 oct. 2008

TONNERRE SOUS LES TROPIQUES

Ça n'est pas vraiment une découverte : les blockbusters d'aujourd'hui sont devenur de véritables produits marketing, qui font l'objet dès leur écriture d'une conception mercantile. Il faut songer aux contenus du futur DVD, aux éventuels produits dérivés, aux featurettes promotionnelles... Tonnerre sous les tropiques raille ce principe, mais tombe malheureusement la tête la première dans ce qu'il dénonce. C'est qu'il faut être aveugle ou dépourvu de connexion Internet pour avoir réussi à échapper aux fausses bandes-annonces, aux courts-métrages publicitaires et aux versions longues du film dans le film. En résultent plusieurs réactions possibles : les uns, consommateurs dans l'âme ou gros curieux, ont l'impression d'avoir vu le film avant même d'être entrés dans la salle, tandis que les autres, raisonnables ou concentrés sur le film lui-même, en sortent avec l'impression d'avoir raté une partie de la blague. Un effet désastreux pour un film difficile à juger pour lui-même, tant il semble n'être que l'une des parties d'un grand tout.
Mais il y a tout de même cent dix minutes de pelloche, et de quoi se mettre sous la dent. L'auteur de ces lignes faisant partie de ceux qui fuient comme la peste les bandes-annonces et autres vidéo promotionnelles, il a goûté avec joie les faux trailers qui ouvrent le film (tandis que d'autres, qui les avaient déjà vus vingt fois, attendaient patiemment la suite). Avec joie, mais pas avec hilarité : Stiller et son coscénariste Justin Theroux (meilleur acteur qu'auteur) parodient allègrement quelques genres, sans aller cependant jusqu'au bout de leurs délires. Dès son prologue, Tonnerre sous les tropiques annonce la couleur : ce sera un film frustrant, un giga brouillon à 92 millions de dollars, épisodiquement drôle mais jamais vraiment convaincant. Une fois encore, on a l'impression d'assister à une sorte de gros résumé du film, la version longue et drôle étant réservée à l'édition colelctor du DVD. Ainsi donc, l'idée de plonger une bande d'acteurs dans un lieu où la guerre fait réellement rage a quelque chose de brillant et excitant. Bien dosés, le comique et le doux-amer forment souvent une alliance de choix. Cela donne en effet quelques moments délicieusement cruels, bien menés par un Stiller qui s'est réservé les meilleurs morceaux du film. Car ses compères ne sont pas aussi bien servis : Robert Downey Jr. est génial en acteur modèle (et néo-black), mais il n'a finalement pas grand chose à défendre ; pire, Jack Black en est réduit à se rouler par terre pour montrer qu'il supporte mal son sevrage, et ce en boucle pendant une bonne partie du film. On attendait un trio de choc, et on ne récolte que les miettes.
C'est finalement du côté des troisièmes rôles qu'il faut chercher : chacune des apparitions de Tom Cruise est un régal, et Nick Nolte n'est pas mal non plus dans un genre qu'il a rarement abordé dans sa sombre carrière. Mais l'hétérogénéité amplifie l'impression de morcellement donnée par Tonnerre sous les tropiques : c'est un enchaînement de vignettes, de qualité très variable, plus que l'Apocalypse now dopé au gaz hilarant qui nous était promis depuis des lustres. On en ressort de bonne humeur, mais pas aussi grisé que prévu, avec l'envie tout de même d'aller se bâfrer de tout le matériel promotionnel proposé actuellement sur le net comme sur le DVD.
5/10

8 févr. 2007

LA NUIT AU MUSÉE

Qui n'a jamais rêvé de passer une nuit entière dans grand musée (réponse : moi ; je préfèrerais un vidéo-club)? Voilà en tout cas une idée qui fait rêver plus d'un gosse. Mais que dire alors lorsqu'on parle d'un musée où les statues et autres animaux empaillés s'animent dès que la nuit tombe? Sur ce postulat à mi-chemin entre Jumanji et L'indien du placard, le tâcheron Shawn Levy brode une comédie pas déplaisante mais surtout très familiale (dans le mauvais sens du terme, si l'on peut dire).
Pas vraiment de surprise dans cette Nuit au musée : si au départ, le gardien de nuit novice va être légèrement surpris par ces évènements un rien fantastiques, il va ensuite apprendre à s'y faire, se sentir comme un poisson dans l'eau avant de devoir surmonter une terrible épreuve finale. Les gentils finiront contents et les méchants (car il y en a) seront allègrement punis. Voilà. Alors à défaut d'être franchement cueilli par ce déferlement de (bons) effets spéciaux et cette pluie moraliste, on se contentera de déguster quelques gags bien sentis et surtout des numéros d'acteurs comme on les aime. Si Ben Stiller semble toujours avoir du mal à se lâcher lorsqu'il sait que la moyenne d'âge de son public est d'environ 12 ans, il nous gratifie tout demême de quelques mimiques dont il a le secret. Mais c'est surtout l'impayable duo Owen Wilson - Steve Coogan qui épate la galerie, dans un numéro de duettistes lilliputiens franchement savoureux. Pour le reste, La nuit au musée se visite poliment, sans passion ni déplaisir.
5/10

22 juil. 2006

TOURNAGE DANS UN JARDIN ANGLAIS

Les romans réputés inadaptables au cinéma font souvent des films totalement singuliers : après Pourquoi (pas) le Brésil, après Le voleur d'orchidées (devenu Adaptation.), voici la non-adaptation de Vie et opinions de Tristram Shandy, grand roman anglais du dix-huitième siècle, fresque comique et subversive autour de la naissance d'un garçon au nez cassé et à la circoncision prématurée.
Apparemment inadaptable, le livre donne donc lieu à une sorte de vrai-faux documentaire un peu bâtard, un fourre-tout complet décrivant à la fois les difficultés de faire un film, les insolubles soucis d'adaptation, et un portrait de l'acteur principal, Steve Coogan, joué par Steve Coogan (ça tombe bien). Aussi irrésumable que le livre, mais à coup sûr aussi délirant, Tournage dans un jardin anglais (encore un titre français atroce) est une passionnante mise en abyme. C'est extrêmement drôle, ça ne se prend pas la tête, c'est un jeu de miroirs complexe mais vraiment accessible... Et ça donne l'occasion au formidable Steve Coogan de livrer une délirante prestation de showman. Nu dans un faux utérus ou en pleine crise d'égo plantaire, Coogan donne sa vraie force à un film qui est un vrai régal à lui tout seul, mais qui donne surtout envie de découvrir un roman-fleuve malheureusement méconnu en France.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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