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14 août 2008

APPELEZ-MOI DAVE

Début juillet, Eddie Murphy annonçait qu’il allait probablement mettre un terme à sa carrière, et que son dernier film serait donc Appelez-moi Dave. C’est ce qui s’appelle sortir par la petite porte. Au terme d’une filmographie qui file le vertige (quelques comédies assez fabuleuses, puis une descente à pic, à peine ralentie par de rares sursauts d’orgueil), l’acteur nous quitte avec ce qui est peut-être son pire film. L’idée était pourtant intéressante : on ne voit pas tous les jours un film dont le héros est un vaisseau extra-terrestre… Des aliens qui ont su parfaitement reproduire un corps humain pour passer inaperçus, mais en revanche ne connaissent rien aux us et coutumes de ces drôles de terriens. Ce déphasage perpétuel entre le vaisseau nommé Dave et l’espèce humaine aurait au moins pu donner lieu à quelques scènes amusantes ; c’était sans doute trop demander. L’un après l’autre, les gags tombent à plat, et les seuls ricanements qui parcourent dans la salle ne sont qu’expressions de détresse de la part de spectateurs qui aimeraient rapidement regagner leur propre planète.
L’exploit du film de Brian Robbins, c’est que même les situations les plus facilement exploitables (du scato, du scato et encore du scato) tombent à l’eau, et ce avec une régularité proprement étourdissante. Même les enfants ne s’y trompent pas, terrifiés par l’unique expression du héros (yeux écarquillés et mâchoire en avant). Il serait d’ailleurs injuste de faire du scénariste l’unique responsable de ce massacre : car Eddie Murphy est lui aussi coupable, plombant avec une vraie conscience professionnelle chacun des plans dans lesquels il est chargé de faire le boulot. Nul doute qu’un Steve Carell ou un Jim Carrey première époque auraient rendu le film plus supportable à défaut d’être grandiose. Là, visiblement, Murphy est déjà parti en retraite, et ne pense qu’à son chèque et à la prochaine âme perdue qu’il parviendra à épouser. On lui souhaite une fin de vie longue et paisible, le plus loin possible des plateaux de tournage.
1/10
(également publié sur Écran Large)

1 juil. 2007

OCEAN'S THIRTEEN

Entre Ocean's eleven et Ocean's twelve, nos gentlemen cambrioleurs étaient bizarrement passés du statut de génies de la fauche (plans millimétrés, malice à toute épreuve) à celui de branquignols dansant sur un pied (croiser les doigts pour que ça marche, compter sur les copains pour vous sortir du pétrin). Résultat : un profond changement de style, le côté élégant mais guindé laissant place à une décontraction excessive et jubilatoire. Ocean's thirteen poursuit allègrement dans cette veine.
Qui a détesté le Twelve passera très vite son chemin ; chez les autres, ce joyeux cocktail de n'importe quoi pourrait faire des ravages. On n'est plus dans un film de cambriole, mais une fois de plus dans le film de pote le plus décomplexé qui soit. Il y a à boire et à manger dans cet océan de saynettes plus ou moins bien reliées entre elles ; mais comment résister à une troupe de mecs qui ont la classe, le sourire aux lèvres, et le mot pour rire? À condition de faire abstraction du paquet de scènes inutiles ou un peu plates qui ponctuent le film, Ocean's thirteen est un nouveau divertissement euphorisant, certes moins affûté que le précédent, mais diablement sympathique quand même. On ne sait pas bien à quoi (ou plutôt à qui) correspond le "thirteen", mais on s'en cogne. Face à la petite bande habituelle (étonamment dépourvue de femmes), Al Pacino livre un grand numéro parfaitement pacinesque, s'inscrivant pile dans le ton du film. Cerise sur le gâteau du meilleur numéro 3 de l'année (faut dire que les reretours de l'homme araignée, du pirate maniéré et de l'ogre péteur ne constituaient pas vraiment des concurrents sérieux).
7/10

12 juin 2007

COEURS PERDUS

Pendant la durée du générique, on se prend à rêver furtivement de la naissance d'un nouveau James Ellroy, un type taillé pour le grand écran qui nous régalerait en nous contant des plongées dans les ténèbres des années 50 à travers des faits divers sordides. Très vite, on déchante. Pour son premier long, Todd Robinson fait preuve d'un manque d'âme assez conséquent. Coeurs perdus sent le studio et la naphtaline, le genre de film où tous les costumes sont bien repassés (et où ça se voit). La partie Travolta/Gandolfini est absolument soporifique, les deux hommes n'ayant rien ou presque à défendre. On imagine volontiers Todd Robinson, suant sur sa table de scénariste, imaginer ce duo comme les Blanchard et Bleichert du Dahlia noir (on parle évidemment du roman). Tels quels, ce ne sont que deux flicaillons patauds, vaguement hantés par des souvenirs assez glauques. Heureusement, le film épouse également le point de vue des meurtriers.
Si le choix de Jared Leto est difficile à comprendre (il joue un type très très dégarni, moyennement beau et un peu vieux), le couple qu'il forme avec Salma Hayek (très très en rondeur, avant même d'avoir pris un petit coup de Pinault) est assez fascinant. Si Robinson peine à donner à ces amants maudits une dimension de tragédie grecque, c'est néanmoins cette partie qui rend le film acceptable par moments. Cette relation passionnée et faussement incestueuse (elle se fait simplement passer pour sa soeur afin de lui laisser le champ libre pour séduire la bourgeoise) possède une ambiguïté assez insaisissable, à laquelle se mêle le goût du sang. C'est là qu'on réalise que Robinson est passé à côté de son sujet : les seuls et uniques héros de son histoire, ce sont eux, pauvres coeurs solitaires contraints de s'allier et de semer la mort pour se sentir exister. Une version rétro de Tueurs-nés qui aurait sans doute eu un parfum bien plus attirant.
4/10

17 oct. 2006

FRIENDS WITH MONEY

Elles sont quatre, femmes au foyer, pétées de thune pour la plupart, mais quand même un peu désespérées sur les bords. Ça vous rappelle quelque chose? Pourtant, non, nos quatre héroïnes n'habitent pas Wisteria Lane. Pas de coucheries avec le jardinier (plutôt avec le coach sportif), pas de mari sado-maso (plutôt un potentiellement gay). A priori, Friends with money a un sérieux goût de déjà-vu. A priori seulement. Car malgré les apparences, le film de Nicole Holofcener n'est pas un bête produit opportuniste surfant sur la vague de Desperate housewives.
Ancré dans la réalité, sacrément mélancolique, Friends with money ne cherche pas qu'à faire rire et soulève des questions épineuses et plus profondes qu'il n'y paraît : que faire de son fric quand on est trop riche, pourquoi choisir d'être femme de ménage alors qu'on pourrait être enseignante, mettre ou ne pas mettre ce très court de costume de soubrette offert par son lutineur du moment (délicieux moment offert par mademoiselle Aniston en personne)... Si les sujets abordés dans les séries dites "de filles" (Sex and the city et compagnie) sont souvent trop superficiels (cela étant dû, an partie, au format court), la réalisatrice a ici beaucoup à dire et pas mal à raconter. Non pas que ce soit incroyablement novateur, mais il y a là-dedans une amertume et une ironie capables de séduire tout un chacun.
Il faut dire que côté casting, c'est la panacée : Frances McDormand, Catherine Keener, Joan Cusack, joli plateau pour un premier film. D'autant que la quatrième roue de ce sympathique carrosse, c'est Jennifer Aniston, bigrement convaincante, loin de Rachel Greene dans la peau du personnage le plus meurtri, angoissé, seul, fauché, paumé du film. Une fille comme les autres avec des jambes de rêve. Et enfin un rôle consistant, qui confirme la bonne impression laissée par The good girl. Face à ces quatre-là, il fallait un troupeau de mecs suffisamment solides pour encaisser le choc et éviter le déséquilibre. C'est chose faite grâce à un paquet d'acteurs dont on ne connaît jamais vraiment le nom, parmi lesquels l'excellent Greg Germann, mémorable Richard Fish d'Ally McBeal (décidément, les séries "pour filles" nous poursuivent).
Rien de révolutionnaire, pas de quoi crier au génie, juste l'assurance d'un bon moment lucide et plutôt intelligent : c'est le programme d'un Friends with money plus attachant que la moyenne.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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