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10 juin 2009

LES INTRUS

Avec sa jolie affiche, Les intrus constituerait-il une bonne surprise du cinéma fantastique américain ? Savoir que sa sortie a été repoussée plusieurs fois est un premier élément de réponse. Se rappeler qu'il s'agit du remake de Deux soeurs, thriller fantastique pathos et ennuyeux du très surcoté Kim Ji-Woon, aussi. Réalisé et écrit par des novices, Les intrus fleurait bon l'énième remake raté et inutile, et c'est exactement ce qu'il est. Moins nul que d'autres (Spirits, pour ne citer que lui), mais pas bien brillant quand même.
Bien plus explicite que son ancêtre coréen, le film des frères Guard raconte la difficile réinsertion d'une ado ayant passé un temps en HP après la mort tragique (et mystérieuse, tatatam) de sa mère. Sauf qu'à la maison trône désormais une vilaine belle-mère, aussi jolie en apparence que possiblement très méchante. Des esprits malins (?) vont donc aiguiller la jeune fille dérangée afin qu'elle comprenne les véritables circonstances de la mort de sa mère, et ce malgré la réprobation de son gentil papa et de sa grande soeur. Vous avez déjà tout compris ? C'est possible. Le twist final est éventé et totalement prévisible, et fait suite à quatre-vingts minutes d'un film pauvre en effets, pas si mal réalisé mais désespérément dépourvu de matière. Les spectateurs venus chercher de l'adrénaline risquent d'être fort déçus : il n'y a pas de quoi vraiment frissonner là-dedans, les instants destinés à fair epeur étant très espacés et souvent très courts.
Ce qui semble intéresser les frères Guard, outre l'idée de faire connaître leur nom un peu partout, c'est ce qui se trame dans l'esprit de leur héroïne, instable et fragile mais déterminée. Ils semblent croire dur comme fer en leur intrigue, d'où ce refus de toute surenchère horrifique. C'est fort louable, mais ça ne fonctionne que si le scénario est réellement en béton, ce qui n'est pas le cas. La palotte Emily Browning a beau être assez convaincante, tout comme l'inattendue Elizabeth Banks dans le rôle de la belle-maman, on survole le film comme dans un semi-coma, à l'affût de ce qui se produit mais sans réelle stimulation. En cette fin de printemps, il y a sans doute mieux à faire.




Les intrus de Charles & Thomas Guard. 1h27. Sortie : 10/06/2009.

4 févr. 2009

LES GRANDS FRÈRES

À ma gauche, Seann William Scott, parangon du cinéma con depuis les American pie et l'impérissable Eh mec ! elle est où ma caisse ?. À ma droite, Paul Rudd, spécialiste des rôles de beau gosse balançant des énormités plus vulgaires que Victoria Silvstedt. Les grands frères signe la rencontre entre leurs deux styles assez complémentaires, pour une comédie sans grande prétention mais à ne pas mettre devant toutes les oreilles.
C'est dans sa première demi-heure que le film se fait le plus savoureux, enchaînant les rebondissements à la vitesse d'un cheval au galop. Alors voilà : sillonnant les campus américains à bord d'une voiture-minotaure pour promouvoir une boisson très énergisante, les deux héros sont bientôt condamnés à des travaux d'intérêt général suite à une crise de nerfs qui tourne mal. Leur mission : jouer les tuteurs auprès de deux jeunes en difficulté. L'un devra suivre tant bien que mal un binoclard solitaire qui confond la vraie vie et le jeu de rôle médiéval qui le hante, tandis que l'autre aura fort à faire avec un voyou haut comme trois pommes mais déjà dur à cuire et obsédé par les doudounes des madames. Passée cette mise en place, Les grands frères tend à patiner un peu, ce qui s'exmplique en un seul mot : frustration. On était venu goûter l'alchimie du tandem Paul Rudd - Seann William Scott, et on se retrouve avec deux moitiés de film, qui ne se recroisent que très rarement.
Le résultat de cette scission est que le spectateur est conduit malgré lui à comparer le potentiel drolatique des deux acteurs : et c'est Rudd qui l'emporte haut la main, comme on pouvait légitimement le prévoir. Même le scénario (co-écrit par Rudd, tiens) finit par prendre parti, délaissant partiellement la partie Seann William Scott pour ne plus se consacrer qu'aux vraies-fausses batailles médiévales menées par Rudd et son jeune compère. Celles-ci manquant cruellement d'humour, le film se termine sur une note un brin maussade, contrastant rigoureusement avec le début du film, aussi revigorant qu'un shoot de taurine. Que les fans des deux bonshommes se penchent néanmoins sur ce sympathique petit divertissement ; les autres passeront leur chemin sans problème.
6/10

29 oct. 2008

W. - L'IMPROBABLE PRÉSIDENT

Bonne nouvelle : il n'est nul besoin de comparer le dernier Oliver Stone à l'ennuyeux bout-à-bout de Michel Royer et Karl Zéro (Being W.) pour se rendre compte de sa réussite. Après quelques films bien en-dessous de sa forme habituelle, Stone revient avec un portrait féroce et finaud de celui qui fut le maître du monde entre 2000 et 2008. Connaissant la lourdeur du réalisateur lorsqu'il se livre à des attaques à charge bien frontales, il était permis de craindre que W. ne soit qu'une gigantesque moquerie de deux heures, une critique sans nuance de son bilan et de sa personnalité. Craintes qui semblent fondées au départ, Stone ne nous épargnant aucun des petits détails qui firent le bonheur des bêtisiers et des journaux satiriques. Même la célèbre affaire du bretzel a droit à sa petite scène. Mais après ces débuts un peu horripilants, le film redresse rapidement la barre, s'intéressant de plus près à la personnalité de ce type si observé et pourtant si énigmatique. Comment un type semblant aussi stupide a-t-il pu accéder à de si hautes fonctions ? Quelle fut l'influence de son illustre géniteur ? Et au fait, est-il si idiot que cela ?
Entremêlant ses années de présidence et les nombreuses étapes qui le menèrent à la Maison Blanche, le film montre en fait un George W. Bush plus complexe qu'il n'y paraît. Vivant mal le fait de vivre dans l'ombre de son père et de son frère Jeb, cherchant désespérément à faire quelque chose de bien de sa vie. Puis, une fois entré en politique, utilisant son apparente maladresse pour séduire l'électeur et arriver à ses fins. Évidemment, Stone méprise cet homme, mais ne peut s'empêcher de croquer ses travers avec une tendresse teintée de compréhension. Jamais le film n'excuse l'abominable politique menée pendant huit ans, mais il propose néanmoins quelques informations permettant de comprendre comment les États-Unis ont pu en arriver là. Le plus stupéfiant concerne la fameuse période pendant laquelle Bush et ses sbires tentèrent de faire croire à la présence d'armes de destruction massives en Irak : une longue et captivante scène de réunion montre le président prenant les choses en main, expliquant avec sincérité pourquoi il faut entrer en guerre, déballant ses convictions avec une ferveur certes effrayante (surtout lorsqu'il mêle politique et religion) mais également très touchante. Finement joué.
Pour croire à ce Bush-là, il fallait évidemment un acteur de première bourre, et Josh Brolin en est un, livrant une prestation personnelle et engagée. Les autres sont à l'unisson, avec notamment un Jeffrey Wright génial en Colin Powell. Excellemment dialogué (l'humour est partout), offensif mais pas impitoyable, W. est en tout cas un très bon bilan de huit années à peu près révolues, et signe le retour dans le droit chemin d'un Oliver Stone qu'on pensait perdu à jamais dans les décombres de son World trade center.
7/10

14 août 2008

APPELEZ-MOI DAVE

Début juillet, Eddie Murphy annonçait qu’il allait probablement mettre un terme à sa carrière, et que son dernier film serait donc Appelez-moi Dave. C’est ce qui s’appelle sortir par la petite porte. Au terme d’une filmographie qui file le vertige (quelques comédies assez fabuleuses, puis une descente à pic, à peine ralentie par de rares sursauts d’orgueil), l’acteur nous quitte avec ce qui est peut-être son pire film. L’idée était pourtant intéressante : on ne voit pas tous les jours un film dont le héros est un vaisseau extra-terrestre… Des aliens qui ont su parfaitement reproduire un corps humain pour passer inaperçus, mais en revanche ne connaissent rien aux us et coutumes de ces drôles de terriens. Ce déphasage perpétuel entre le vaisseau nommé Dave et l’espèce humaine aurait au moins pu donner lieu à quelques scènes amusantes ; c’était sans doute trop demander. L’un après l’autre, les gags tombent à plat, et les seuls ricanements qui parcourent dans la salle ne sont qu’expressions de détresse de la part de spectateurs qui aimeraient rapidement regagner leur propre planète.
L’exploit du film de Brian Robbins, c’est que même les situations les plus facilement exploitables (du scato, du scato et encore du scato) tombent à l’eau, et ce avec une régularité proprement étourdissante. Même les enfants ne s’y trompent pas, terrifiés par l’unique expression du héros (yeux écarquillés et mâchoire en avant). Il serait d’ailleurs injuste de faire du scénariste l’unique responsable de ce massacre : car Eddie Murphy est lui aussi coupable, plombant avec une vraie conscience professionnelle chacun des plans dans lesquels il est chargé de faire le boulot. Nul doute qu’un Steve Carell ou un Jim Carrey première époque auraient rendu le film plus supportable à défaut d’être grandiose. Là, visiblement, Murphy est déjà parti en retraite, et ne pense qu’à son chèque et à la prochaine âme perdue qu’il parviendra à épouser. On lui souhaite une fin de vie longue et paisible, le plus loin possible des plateaux de tournage.
1/10
(également publié sur Écran Large)

22 juin 2008

UN JOUR, PEUT-ÊTRE

Un jour, peut-être est un titre définitivement moins classe que Definitely, maybe, qui rappelle évidemment les débuts d'Oasis, fabuleux groupe des années 90, dont le talent s'évapora mystérieusement avec l'arrivée d'un nouveau siècle. Ceci étant dit, Un jour, peut-être, c'est surtout une comédie romantique des plus sympatoches. Le principe (car il y a un principe) est simple : alors qu'il s'apprête à divorcer, un trentenaire déprimé est sommé par sa fille de lui raconter comment il a rencontré sa mère. Les possibilités sont multiples, puisque trois femmes ont réellement compté dans sa vie. Il faudra une bonne heure et demie avant que ce sacré coquin ne dévoile l'identité de la madame en question.
Ça vous rappelle quelque chose ? Oui, How I met your mother, sitcom fort recommandable dans laquelle le héros, 20 ans après, raconte à ses ados de rejetons comment il rencontra leur génitrice. Et si la diférence de format implique des traitements assez éloignés, le film et la série ont tout de même plus d'un point commun, notamment dans leur façon de faire tourner les mioches en bourrique à force de digressions et de fausses pistes.
Un jour, peut-être est interprété de façon convaincante par un Ryan Reynolds qui vaut bien plus que sa petite image de jeune premier et fiancé de Scarlett Johansson (salaud). Génial dans l'insupportablement méconnu The nines, Reynolds livre ici une prestation plus policée (c'est le genre qui veut ça) mais bourrée de charme et d'humour. Il est aussi crédible en girouette coeur d'artichaut qu'en convoyeur de rouleaux de papier hygiénique pour la campagne de Bill Clinton. Si si. Car Un jour, peut-être, au delà du papier toilette, se positionne dans un contexte social et surtout politique, donnant aux personnage une dimension supérieure à celle de vagues icônes romantiques. Ça fait du bien de ne pas nager dans la guimauve et de parler un peu du monde qui continue à tourner même quand on est amoureux.
Alors évidemment, on a déjà vu plus drôle, plus sexy ou plus romantique. Mais Un jour, peut-être même habilement tous les ingrédients inhérents au genre, y ajoutant un joli plus-produit nommé suspense. Même si celui-ci aurait pu être mieux mené (à vrai dire, on n'est pas captivé captivé par la recherche de l'identité de la mère), il sort le film des sentiers battus, ce qui est vital dans un genre qui n'a pas donné que des chefs d'oeuvre d'originalité.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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