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12 juin 2007

COEURS PERDUS

Pendant la durée du générique, on se prend à rêver furtivement de la naissance d'un nouveau James Ellroy, un type taillé pour le grand écran qui nous régalerait en nous contant des plongées dans les ténèbres des années 50 à travers des faits divers sordides. Très vite, on déchante. Pour son premier long, Todd Robinson fait preuve d'un manque d'âme assez conséquent. Coeurs perdus sent le studio et la naphtaline, le genre de film où tous les costumes sont bien repassés (et où ça se voit). La partie Travolta/Gandolfini est absolument soporifique, les deux hommes n'ayant rien ou presque à défendre. On imagine volontiers Todd Robinson, suant sur sa table de scénariste, imaginer ce duo comme les Blanchard et Bleichert du Dahlia noir (on parle évidemment du roman). Tels quels, ce ne sont que deux flicaillons patauds, vaguement hantés par des souvenirs assez glauques. Heureusement, le film épouse également le point de vue des meurtriers.
Si le choix de Jared Leto est difficile à comprendre (il joue un type très très dégarni, moyennement beau et un peu vieux), le couple qu'il forme avec Salma Hayek (très très en rondeur, avant même d'avoir pris un petit coup de Pinault) est assez fascinant. Si Robinson peine à donner à ces amants maudits une dimension de tragédie grecque, c'est néanmoins cette partie qui rend le film acceptable par moments. Cette relation passionnée et faussement incestueuse (elle se fait simplement passer pour sa soeur afin de lui laisser le champ libre pour séduire la bourgeoise) possède une ambiguïté assez insaisissable, à laquelle se mêle le goût du sang. C'est là qu'on réalise que Robinson est passé à côté de son sujet : les seuls et uniques héros de son histoire, ce sont eux, pauvres coeurs solitaires contraints de s'allier et de semer la mort pour se sentir exister. Une version rétro de Tueurs-nés qui aurait sans doute eu un parfum bien plus attirant.
4/10

7 févr. 2007

INLAND EMPIRE

On avait laissé David Lynch en 2002, après un Mulholland drive tellement intense et profond qu'on en cogite encore. A l'époque, une question taraudait les fans du réalisateur le plus 'bizarre' (prononcer à l'américaine) de l'Ouest : comment diable le Dieu Lynch allait-il pouvoir faire encore mieux, encore plus génial, encore plus fou?
Cinq années plus tard, INLAND EMPIRE (en majuscules s'il vous plaît, conformément aux désirs du metteur en scène) apporte enfin une réponse. Et celle-ci a le mérite d'être la plus claire qui soit : dépasser les Mulholland drive et autres Lost highway étant un défi impossible à relever, Lynch a tout simplement pété les plombs. INLAND EMPIRE est un gros machin biscornu est sans grand intérêt, un acte suicidaire et déprimant marquant la mort possible d'un réalisateur devenu mégalo.
Il est bien difficile de retrouver ici la moindre trace du style qui a fait la renommée de son auteur. INLAND EMPIRE ressemble à l'oeuvre d'un étudiant en cinéma qui aurait mal digéré l'influence lynchienne. Durant trois heures, Lynch met bout à bout des scènes sans queue ni tête et des plans suprêmement laids, qu'il ponctue de dialogues pas mieux. Se reposant sur ses acquis, pensant jouer une nouvelle fois sur la faculté du spectateur à construire lui-même sa propre version du film, il semble en être devenu paresseux.
Ce qu'il y avait de fascinant dans la plupart de ses films antérieurs, c'est qu'on cherchait souvent en vain à interpréter les motivations de ses personnages, pourquoi ils agissaient, à quel destin ils étaient voués. Dans INLAND EMPIRE, tout est tellement réduit à l'état de poussière que l'on ne comprend même pas ce que l'on voit. Rien n'attire l'oeil ni l'esprit, et l'on essaie alors de surnager au milieu de ce marasme. Le plaisir que l'on peut ressentir devant ce triste spectacle est semblable à celui qu'on éprouverait en tentant pendant trois heures de faire entrer une clé dans une serrure qui ne lui correspond visiblement pas.
Loin de l'expérimentation underground d'Eraserhead, loin des fascinants jeux de piste qu'il a pu concocter par le passé, Lynch livre un pur produit masturbatoire, le fruit de sa découverte de la DV. Avec ce petit outil, qu'il juge tellement incroyable qu'il n'envisage même plus de revenir à la pellicule, il perd tout le mystère qui caractérisait son cinéma. Auparavant, Lynch n'avait pas son pareil pour créer des ambiances baroques et leur injecter brusquement (et volontairement) une bonne dose de laideur dérangeante. Si la DV lui semble plus pratique, c'est qu'il lui suffit avec sa petite caméra de zoomer sur n'importe qui (un Polonais, une pute, William H. Macy) ou n'importe quoi (un trou de cigarette, un gros nez, une tête de lapin) pour obtenir un plan d'une laideur sans nom, ce qui n'a évidemment aucun intérêt.
Même s'il y a bien deux ou trois scènes à sauver et quelques plans typiquement lynchiens que l'on peut juger acceptables, INLAND EMPIRE est donc un somptueux gâchis, qui remet en cause la qualité même de toute la filmo de Lynch, tant le film semble montrer qu'il n'a jamais compris lui-même l'essence de son cinéma. En voilà une déception.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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