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13 sept. 2008

INJU, LA BÊTE DANS L'OMBRE

D'un gorille qui parle à Jacques Vergès, des favelas jusqu'au Japon, Barbet Schroeder est un cinéaste remuant, rebondissant, qui ramène toujours sa fraise là où on ne l'attend pas. Dans sa carrière faite de sommets flamboyants et de ratages bien mous, Inju est un film entre deux chaises mais en tout cas mineur, son envie volontaire (on l'espère) de grotesque se retournant régulièrement contre lui. C'est qu'on n'a jamais vraiment l'impression de sortir de cette alléchante scène d'exposition, qui nous présente un classique film dans le film avec répliques solennelles et hémoglobine qui fuse. Schroeder orchestre une mise en abyme renversée, où l'on ne sait plus si c'est l'art (littéraire ou cinématographique) qui s'inspire de la vie ou le contraire. Ce louvoiement trouble donne au film ses plus beaux moments mais finit par l'engoncer dans un maniérisme un rien lassant.
Il est loin, le thriller sexuel annoncé : malgré ses apparats SM et ses longs suçotages d'orteils, Inju est d'abord une réflexion sur l'inspiration et ses opposés (l'expiration, mais aussi la page blanche). Mort à celui qui prendra l'intrigue au premier degré, avec son twist final prévisible et vaseux et ses meurtres de série B. Là, le film perdrait immédiatement la face en se trouvant comparé à des plongées asiatico-occidentales telles que L'année du dragon. Il faut donc voir Inju autrement, et considérer les froncements de sourcil de Magimel comme une façon de montrer à tous, et à tout prix, que ce qui est filmé n'a rien de réel. Pas désagréable, un peu perturbant, Inju n'a cependant rien de la bête dans l'ombre qui nous était promise par le titre.
5/10

3 mai 2008

LE GRAND ALIBI

Une affiche rappelant le Cluedo et les romans noirs d'antan : c'est le premier élément du gigantesque piège tendu par Pascal Bonitzer. Après quatre films très auteuristes, allant de plus en plus loin dans l'exploration des tréfonds de la médiocrité humaine (et surtout masculine), il semblait étonnant de voir le cinéaste se charger d'une adaptation planplan d'Agatha Christie, suivant apparemment la voie ouverte par Pascal Thomas. Et en effet, si Le grand alibi a tout pour entrer dans la catégorie "polar sénile", il suffit de gratter un peu pour découvrir un tout autre film.
On s'en rendra compte lors d'une conclusion rendant implicitement hommage à Hitchcock : l'intrigue policière et l'identité du coupable n'intéressent guère Bonitzer. Si le flic joué par Maurice Bénichou mène effectivement l'enquête, nous n'en verrons à l'écran que ce qui permet de cerner un peu mieux les personnages et leur véritable nature. Faussement tranquille, Le grand alibi est d'abord un film sur la mémoire, le souvenir et ce qui se produit lorsque tout cela s'efface. Amnésies partielles et omissions sont le lot de cette ribambelle de personnages, sans doute un peu trop nombreux pour se révéler pleinement, mais tous aussi intéressants qu'excellemment incarnés. En tête de ce joli casting, un Mathieu Demy très en forme, et une Caterina Murino jouant idéalement de son statut trop idéal de femme fatale.
Évidemment, Le grand alibi frustrera l'amateur de polars à l'anglaise et d'intrigues alambiquées. Mais il ravira les amateurs de Bonitzer, qui inscrit son film dans la lignée des précédents, en moins complexe et torturé toutefois. Rythmé par des dialogues souvent brillants, le film est une vraie curiosité, une bizarrerie hors du temps, comme une version assez réussie des dernières tentatives de Pascal Thomas.
6/10
(également publié sur Écran Large)

22 avr. 2008

PASSE-PASSE

Pour sûr, Passe-passe porte bien son nom. Dans son grand chapeau, Tonie Marshall a placé un Edouard Baer, une Nathalie Baye, un Guy Marchand et des chansons de Sinatra. Elle a ensuite bien secoué, et hop, après un seul petit coup de baguette magique, devinez ce qui est ressorti ? Non, pas un lapin. Un navet. Comédie (?) longuette, poussive et sans malice, Passe-passe est un petit chemin de croix, uné épreuve dont rien ni personne ne sort grandi.
La principale erreur de Tonie Marshall a été de confondre esprit débridé et n'importe quoi brouillon. Très mal filmé, souffrant d'un montage calamiteux, écrit à la va-vite, le film semble afficher un mépris total vis-à-vis de son spectateur, même si ce n'est pas le genre de sa réalisatrice ni de ses interprètes. Ceux-ci n'ont quasiment rien à défendre : dans un rôle pourtant taillé pour lui, Baer ne parvient pas à faire briller son côté dandy ou à arracher le moindre sourire. Pire encore, Nathalie Baye livre une prestation purement pathétique et se retrouve affublée d'une série de coupes de cheveux derrière lesquelles elle peine à se cacher. On peut difficilement accabler les comédiens, tant on les sent attristés à l'idée de ne rien avoir de potable à présenter au spectateur.
Car Passe-passe, c'est une sorte de road-movie hystérique et mal fagoté, qui zigzague de Paris à Locarno sans réel objectif. La multiplication des sous-intrigues (obscures et inintéressantes) ne fait que renforcer l'aspect totalement vain de l'ensemble. Seule la parenthèse romantico-comique entre Edouard Baer et Mélanie Bernier vient apporter un léger vent de fraîcheur : mais un film qui ne parvient à être rigolo que grâce aux apparitions d'un personnage atteint du syndrome de Gilles de La Tourette a définitivement un problème. Le plus mauvais film de Tonie Marshall est à oublier très vite, et à éviter surtout.
2/10

16 avr. 2007

LE CANDIDAT

Parachuté comme candidat à la présidentielle pour remplacer un dirigeant atteint d'un cancer fulgurant, Michel Dedieu n'a plus que quelques jours pour préparer l'ultime débat avant le deuxième tour et tenter ainsi de renverser une situation défavorable. Derrière lui, une équipe moyennement soudée fait tout pour qu'il y parvienne. Mais si l'on tire trop sur sa corde, la marionnette risque de comprendre qu'elle en est une...
Après un Président plus tagada-tsoin-tsoin que politique, voici enfin un film français intelligent et engagé traitant de l'élection présidentielle et de tout ce qui tourne autour. Pour son premier film, Niels Arestrup mène d'une main de maître un Candidat habile, subversif et définitivement pas commun. Seule condition pour apprécier pleinement le film : accepter une esthétique très eighties avec cadre à l'ancienne et lumière couci couça. Cette réserve mise à part, Le candidat enthousiasme. Avec un réalisme pour le moins convaincant, Niels Arestrup montre que l'homme politique qui sourit sur l'affiche électorale n'est la plupart du temps qu'un pantin soumis aux ordres et aux désirs d'une armée de loups aux dents acérées. C'est la première partie du film : montrer comment on façonne un candidat pour obtenir ce qu'on veut de lui, comment s'en servir comme d'un bouclier humain, comment convaincre l'opinion. Coaching en vue du grand débat, tergiversations sur mille petits détails, coups bas et hypocrisie.
La deuxième partie, elle, montre comment le bonhomme en pâte à modeler peut se retourner contre ceux qui l'ont créé de toutes pièces. Saturé de conseils, de chiffres et d'états d'âme, Michel Dedieu décide ne ne plus jouer de rôle et de redevenir lui-même pour mieux séduire. Cinglant revers pour les manipulateurs. Incroyable leçon de politique pour nous. Le débat qui clôt le film est un jeu de stratégie intense et passionnant. Il faut dire que Niels Arestrup a trouvé le Dedieu parfait : Yvan Attal, dont la paupière tombante n'a jamais été aussi adéquate, offre ses hésitations et ses mains moites à un personnage en or. Dans ce pays non identifié (qui a dit que c'était la France?), où les couleurs politiques sont difficiles à distinguer (Dedieu semble plutôt à gauche, mais rien ne permet d'en être certain), où la guerre menace et où l'arrogance de l'adversaire semble être son principal atout (coucou, monsieur Sarko), Michel Dedieu est le poil à gratter le plus admirable que le cinéma français ait connu depuis des lustres.
9/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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