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8 juil. 2008

MADE IN ITALY

On l'a encore entendu récemment en plein commentaire d'un match de football : les italiens ne sont bons que pour cuisiner les pâtes. Une affirmation née d'une réelle étude sociologique et d'une connaissance fouillée de l'Italie. On serait tenté de dire "ah, les footeux, quelle bande de gros beaufs sans cervelle", sauf que d'autres qu'eux aiment à plonger la tête la première dans les clichés et ce schématisme qui les rassure tant. Lui-même un peu italien sur les bords, et paraît-il cinéaste, Stéphane Giusti charge la mule avec ce Made in Italy qui plonge la tête la première dans la caricature et ne parvient même pas à faire de son film une comédie de boulevard supportable.
Certains vous diront que Giusti s'amuse du milliard de stéréotypes qui reviennent régulièrement sur les transalpins et les exploite pour mieux les tourner en dérision ; c'est faire bien trop d'honneur à un téléfilm aussi mal écrit que réalisé, qui laisse à penser que son auteur se croit suffisamment drôle pour ne pas avoir à se soucier d'un quelconque fil conducteur. Cette histoire de funérailles qui tournent au règlement de comptes sauce bolognaise, Giusti s'en moque au moins autant que nous, si bien que tout le monde se demande ce qu'il est venu faire là. Seul Gilbert Melki parvient un temps à donner le change. Même s'il est assez consternant qu'un tel acteur vienne mettre les pieds dans un tel marasme, sa présence est assez salutaire, puisque quelques scènes lui donnent l'occasion de jouer de son regard très noir et très blasé avec la classe qui le caractérise. Ce n'est pas le cas des seconds rôles, principalement féminins, qui l'entourent (car c'est bien connu, en Italie les foyers sont des harems) : de Caterina Murino à Amira Casar, elles sont toutes absolument nulles, ni convaincues ni dirigées.
Ceux qui n'ont rien de mieux à retenir se souviendront des précédents du réalisateur : une comédie potentiellement énorme mais toute molle et ratée (Pourquoi pas moi ?), puis un drame faussement grandiloquent et politique sur l'Italie (Bella ciao, quel sens du titre). Made in Italy est une parfaite synthèse de ces deux ratages, et scelle la carrière d'un réalisateur qui n'a rien à dire ni à raconter. Qu'il retourne bien vite à la case téléfilm.
2/10

3 mai 2008

LE GRAND ALIBI

Une affiche rappelant le Cluedo et les romans noirs d'antan : c'est le premier élément du gigantesque piège tendu par Pascal Bonitzer. Après quatre films très auteuristes, allant de plus en plus loin dans l'exploration des tréfonds de la médiocrité humaine (et surtout masculine), il semblait étonnant de voir le cinéaste se charger d'une adaptation planplan d'Agatha Christie, suivant apparemment la voie ouverte par Pascal Thomas. Et en effet, si Le grand alibi a tout pour entrer dans la catégorie "polar sénile", il suffit de gratter un peu pour découvrir un tout autre film.
On s'en rendra compte lors d'une conclusion rendant implicitement hommage à Hitchcock : l'intrigue policière et l'identité du coupable n'intéressent guère Bonitzer. Si le flic joué par Maurice Bénichou mène effectivement l'enquête, nous n'en verrons à l'écran que ce qui permet de cerner un peu mieux les personnages et leur véritable nature. Faussement tranquille, Le grand alibi est d'abord un film sur la mémoire, le souvenir et ce qui se produit lorsque tout cela s'efface. Amnésies partielles et omissions sont le lot de cette ribambelle de personnages, sans doute un peu trop nombreux pour se révéler pleinement, mais tous aussi intéressants qu'excellemment incarnés. En tête de ce joli casting, un Mathieu Demy très en forme, et une Caterina Murino jouant idéalement de son statut trop idéal de femme fatale.
Évidemment, Le grand alibi frustrera l'amateur de polars à l'anglaise et d'intrigues alambiquées. Mais il ravira les amateurs de Bonitzer, qui inscrit son film dans la lignée des précédents, en moins complexe et torturé toutefois. Rythmé par des dialogues souvent brillants, le film est une vraie curiosité, une bizarrerie hors du temps, comme une version assez réussie des dernières tentatives de Pascal Thomas.
6/10
(également publié sur Écran Large)

24 nov. 2006

CASINO ROYALE

Les derniers James Bond sentant un peu le sapin, la célèbre famille Broccoli (faut dire qu'avec un nom pareil) avait annoncé sa volonté d'injecter du sang neuf à une saga qui s'est toujours moquée de faire dans l'originalité. Embaucher le réalisateur de GoldenEye pour faire dans la nouveauté pouvait sembler un peu absurde. Tout comme revenir à la source en adaptant directement le roman de Ian Fleming dans lequel James Bond effectue ses premiers pas d'agent double zéro. Pourtant, si Casino royale n'a rien d'un film parfait, on peut dire que le lifting souhaité est plutôt réussi.
Première étape : une nouvelle tête pour l'agent 007. La surprise, c'est que Daniel Craig fait non seulement oublier la campagne dévastatrice des médias et des fans à son econtre, mais qu'il éclipse également les interprètes précédents. Jamais un Bond n'a autant ressemblé à un vrai mec, un dur de dur, plutôt qu'à un minet qui boit du martini en replaçant sa permanente. Et si le James Bond de Casino Royale sort tout droit de l'imagination de Ian Fleming, son actualisation version 2006 fait penser à deux agents secrets majeurs de ces dernières années. D'une part, Jason Bourne, le héros de La mémoire dans la peau et ses suites, auquel Craig emprunte la blondeur et les muscles (finies les scènes d'action d'une demi-heure en smoking / noeud pap, bonjour les bastons rugueuses d'homme à homme). De l'autre, Ethan Hunt, roi de la mission impossible au coeur d'artichaut qui devient le plus fragile des hommes dès lors que l'on s'attaque à ceux (et surtout à celle) qu'il aime. Un James plus sentimental, dont les failles naissantes sont autant d'atouts pour le film.
Mais James Bond n'est pas le seul à avoir subi une vaste opération de dépoussiérage. Les multiples grigris traditionnels de la saga en ont pris un coup. Si le sacro-saint (et trop long) générique n'a pas été sacrifié, le reste a été repensé avec toujours cette volonté farouche de faire un peu différemment après une vingtaine de photocopies plus ou moins habitées. Modernité des scènes d'action, rareté des gadgets, pas de long et ennuyeux combat final avec le méchant... Voilà des concessions qui font du bien. Casino royale revient à la base du genre espionnage pour livrer un suspense psychologique encore un peu trop hollywoodien mais aux intentions louables. La partie de poker qui constitue l'un des sommets du film est une vraie réussite. Et la James Bond Girl n'est pas une simple bonnasse bonne à jeter après usage : jouée avec conviction par Eva Green, Vesper Lynd, est l'une des héroïnes bondiennes les plus intéressantes de l'histoire. Et l'on comprend bien des choses sur les comportements futurs de Bond avec les nanas.
Comme un James Bond reste un James Bond, il demeure quelques reproches assez habituels à faire au film : trop long (2h25), avec un méchant pas vraiment réussi (malgré l'application de Mads Mikkelsen) et des personnages secondaires un peu faibles. Il n'empêche, Casino royale constitue une avancée encourageante dans la saga, et le résultat honorable devrait donner envie aux producteurs de poursuivre dans cette voie.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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