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23 août 2008

BABYLON A.D.

Il y a quelques années, Mathieu Kassovitz faisait le fier, affirmant que réaliser des films de commande comme le navet Gothika n'était qu'un moyen d'accélérer son accession à des projets plus personnels et donc plus intéressants. Cinq ans donc que l'on attendait son adaptation du passionnant roman du controversé Dantec, Babylon babies, un truc insensé et supracomplexe, capable de vous dévorer de l'intérieur. Cinq ans. Et à l'arrivée, un improbable bidule, cousin bâtard du Cinquième élément, de quelques James Bond et des romans de Jean-Christophe Grangé. Dédantecquisé à l'extrême, le matériau de départ n'est plus reconnaissable qu'à son squelette, une maigre histoire de mercenaire engagé pour protéger et convoyer une jeune femme plus pure que la pureté elle-même. Il y aura des lance-roquettes, des poursuites en scooter des neiges, de combats à mains nues, et si tout cela est bien dans le roman, ce n'est tout de même pas le plus intéressant. Politique, religion, drogue : tout ce qui aurait pu faire de Babylon A.D. un film un peu âpre a été savamment gommé par un Kassovitz complètement absent, qui devrait peut-être fumer un peu moins de pétards. Tout n'est pas bon à prendre chez le douteux Dantec, mais tout n'est pas à jeter...
Le pire, c'est que Babylon A.D. n'est même pas un bon film d'action, ruiné par une mise en scène hétérogène et incohérente ainsi que par des effets spéciaux d'une rare pauvreté. Lorsqu'une séquence parvient à séduire, c'est pour mieux être écrasée par les cinq suivantes. Bruyant et bigarré comme un clip de world music bulgare, le film est un affront à la notion de bon goût. Et en dépit d'un Vin Diesel correct bien qu'il ne soit absolument pas fait pour ce rôle, le film sombre irrémédiablement, recevant régulièrement des coups de bambou avec les apparitions calamiteuses de Lambert Wilson, Charlotte Rampling ou encore Gégé Depardieu.
Il n'y a guère plus à dire, puisque la peine prime sur la colère. Voilà une bonne dizaine d'années que Kassovitz est considéré comme le grand espoir du cinéma français. Seulement voilà : le monsieur a désormais 41 ans, c'est un peu le Mehdi Baala de la caméra, qui foire progressivement sa carrière à force de manquer de cervelle et de discernement. Tout ce talent qui part en fumée, c'est assez agaçant. Et l'on entend déjà Kasso dire que bon, celui-là n'était qu'un galop d'essai, et que le prochain sera le bon, encore plus énorme et ambitieux. Bizarrement, on n'a plus envie d'y croire.
3/10

3 mai 2008

LE GRAND ALIBI

Une affiche rappelant le Cluedo et les romans noirs d'antan : c'est le premier élément du gigantesque piège tendu par Pascal Bonitzer. Après quatre films très auteuristes, allant de plus en plus loin dans l'exploration des tréfonds de la médiocrité humaine (et surtout masculine), il semblait étonnant de voir le cinéaste se charger d'une adaptation planplan d'Agatha Christie, suivant apparemment la voie ouverte par Pascal Thomas. Et en effet, si Le grand alibi a tout pour entrer dans la catégorie "polar sénile", il suffit de gratter un peu pour découvrir un tout autre film.
On s'en rendra compte lors d'une conclusion rendant implicitement hommage à Hitchcock : l'intrigue policière et l'identité du coupable n'intéressent guère Bonitzer. Si le flic joué par Maurice Bénichou mène effectivement l'enquête, nous n'en verrons à l'écran que ce qui permet de cerner un peu mieux les personnages et leur véritable nature. Faussement tranquille, Le grand alibi est d'abord un film sur la mémoire, le souvenir et ce qui se produit lorsque tout cela s'efface. Amnésies partielles et omissions sont le lot de cette ribambelle de personnages, sans doute un peu trop nombreux pour se révéler pleinement, mais tous aussi intéressants qu'excellemment incarnés. En tête de ce joli casting, un Mathieu Demy très en forme, et une Caterina Murino jouant idéalement de son statut trop idéal de femme fatale.
Évidemment, Le grand alibi frustrera l'amateur de polars à l'anglaise et d'intrigues alambiquées. Mais il ravira les amateurs de Bonitzer, qui inscrit son film dans la lignée des précédents, en moins complexe et torturé toutefois. Rythmé par des dialogues souvent brillants, le film est une vraie curiosité, une bizarrerie hors du temps, comme une version assez réussie des dernières tentatives de Pascal Thomas.
6/10
(également publié sur Écran Large)

4 janv. 2008

DANTE 01

On avait perdu la trace de Marc Caro depuis 1995 et La cité des enfants perdus, deuxième long-métrage coréalisé avec un certain Jean-Pierre Jeunet. Depuis, les deux hommes ont connu des fortunes diverses, Jeunet enchaînant les succès (un alien, deux Tautou) avec une maîtrise (un peu trop) totale et une popularité sans borne, tandis que Caro tâtonnait et patientait en attendant de pouvoir concrétiser ses rêves de SF. Il a fallu douze ans pour que Dante 01 voie le jour ; douze longues années de labeur, d’obstination et de refus des compromis. C’est louable. Louable mais incroyablement vain : Dante 01 est un film généreusement raté, une œuvre ennuyeuse et erratique, un échec plus que cuisant.
Après le cauchemar Eden log et ce ratage-là, il est impossible de ne pas pointer du doigt l'un de ceux qui ont participé aux deux films : ils constituent en effet les deux premiers scénarios écrits par Pierre Bordage, auteur de romans de science-fiction aussi pompeux qu’emmerdants, hélas rendu célèbre par le vide intersidéral autour de lui (la littérature SF made in France n’a que très peu de représentants). En deux films, Bordage montre l’étendue de son talent : transformer ce genre en un douloureux chemin de croix, une souffrance permanente, les sensations provoquées par ces deux films étant diamétralement opposées à la notion de plaisir. Dante 01 consiste à regarder des zinzins de l’espace (crâne rasé, œil torve, mâchoire carrée) déambuler dans un vaisseau en carton-pâte en proférant des insanités sur le destin de l’univers et la condition de l’homme. Au milieu de tout ça, une vague intrigue difficile à raconter, puisqu’aussi inintéressante que mal traitée.
Dante 01 tendrait à faire de films comme le sympathique Fortress ou le nullot Supernova des chefs d’œuvre, ces films n’étant que des divertissements sans autre ambition que de captiver le public. Au-delà de la vacuité intersidérale de l'ensemble, c'est surtout la prétention du réalisateur et de l'auteur qui a de quoi agacer. On atteint des sommets en fin de course lorsque, réinventant l'expression "du coq à l'âne", Caro nous balance l'air de rien une conclusion qui voudrait ressembler aux plus belles scènes de 2001 ou The fountain. Philosophie de bazar à la clé, il achève d'achever un spectateur furax d'être tombé dans cette arnaque totale, ce non-film qui pourrait bien être le pire de l'année 2008. un 2 janvier, c'est un exploit.
0/10

29 nov. 2006

COEURS

Cinéaste estampillé Nouvelle Vague à l'époque où cea voulait dire quelque chose, Alain Resnais est devenu depuis un vieux monsieur poli et appliqué dont les films sonnent comme autant de petits frissons de nostalgie. Toujours ancrés dans le passé, vieillots par leur sujet ou leur traitement, les derniers longs métrages de monsieur Resnais ont tous tendance à sentir le renfermé, qu'ils soient bons ou moins bons. Coeurs n'échappe pas à la règle : troisième film choral de suite pour le réalisateur d'On connaît la chanson et Pas sur la bouche, toujours le même casting à quelques variations près, et toujours cette peur du temps qui passe. Les personnages de Coeurs sont justement des coeurs solitaires, qui ne se croisent pas tous et n'échangent de l'amour qu'à de rares reprises. La mort (d'une mère, d'une femme) rode, l'absence est écrasante, et les heures qui défilent semblent ne rien arranger. À cet égard, Coeurs sonne presque comme le testament prématuré d'Alain Resnais, comme s'il se confiait juste avant de mourir.
Mais Coeurs est également un film très bizarre manquant gravement d'unité et de cohésion : on a souvent l'impression de regarder un montage de plusieurs moyens métrages maladroitement imbriqués. D'autant qu'on sent peser là aussi l'âge avancé de Resnais : si la mise en scène feutrée mais un peu trop floue est plutôt acceptable, on peut légitimement être horripilé par un montage unidimensionnel et purement décoratif. En lieu et place des traditionnels fondus au noir ou des simples cuts, Resnais nous offre d'un bout à l'autre des "fondus enneigés", comme si on vaporisait un peu de neige artificielle sur la pellicule et qu'elle s'effaçait alors pour laisser place à la scène suivante. Moche et sans justification aucune.
Côté acteurs, difficile d'être surpris : la bande à Resnais est toujours la même, tout le monde s'applique, mais il n'y a pas vraiment d'étincelle. Bizarrement, les comédiens les plus agaçants en règle générale (Arditi, Azéma) sont sans doute ceux qui s'en sortent le mieux. Il faut dire que Sabine a hérité d'un personnage assez incroyable, le moins crédible de tous mais le plus intéressant et surprenant. En revanche, DUssollier sombre dans le marécage d'un personnage ni fait ni à faire, qui se trouve au centre de scènes de farce indignes du plus mauvais théâtre de boulevard (le quiproquo de la VHS est d'un insondable ennui).
Comme pour les derniers films d'Alain Resnais, on a du mal à donner un avis tranché sur Coeurs, un film parfois attachant mais avec un bon demi-siècle de retard. Comme si Resnais tentait de faire au 21ème siècle tous les films "normaux" qu'il n'a pas faits dans les années 60.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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