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23 nov. 2008

LA TRÈS TRÈS GRANDE ENTREPRISE

Difficile de contester l'aspect inexorablement sympathique des films de Pierre Jolivet, mêlant intrigues malicieuses, arrières-plans sociaux et castings aux petits oignons. La très très grande entreprise n'échappe pas à la règle : sous prétexte de s'attaquer aux grandes firmes qui polluent l'environnement (sur les plans écologique et social), Jolivet livre une comédie relativement légère qui voit quelques victimes d'une grande entreprise jouer les monte-en-l'air pour assurer leur revanche et leurs arrières. Il y a de quoi s'amuser, notamment grâce à la prestation homogène d'un excellent quatuor d'acteurs. Roschdy Zem montre une nouvelle fois qu'il a la carrure pour enchaîner les premiers rôles ; Marie Gillain joue assez agréablement d'un air mutin qui fut souvent bien plus agaçant ; Adrien Jolivet est un petit mec franchement charmant ; quant à Jean-Paul Rouve, plus en retrait, il fait cependant preuve d'une maturité insoupçonnée.
Le problème du film, outre une sévère baisse de rythme en fin de course, c'est qu'il peine à afficher ses véritables intentions. D'un côté, il tente de tirer sur la corde sensible en insistant sur les conséquences malheureuses de la gestion calamiteuse des grandes sociétés, qui affichent un mépris total envers ceux auxquels elles ont nui. De l'autre, il enchaîne les péripéties absolument pas crédibles en faisant des héros des rois de l'infiltration. Si bien qu'il devient difficile de savoir quoi penser. Il est évidemment permis (et nécessaire) de rire avec la misère sociale, mais Jolivet donne ici l'impression de n'utiliser la détresse de ses personnages que comme un prétexte pour orchestrer une grande foire à la rigolade. À côté de Ma petite entreprise ou même de Zim and co., La très très grande entreprise apparaît comme un Jolivet mineur, lui qu'on a connu tellement plus inspiré pour mêler la réalité du moment à ses comédies et polars. Nul doute qu'il nous reviendra bientôt en bien meilleure forme.
5/10

26 avr. 2008

CA$H

À l'époque où il était encore lisible, le magazine Première nous régalait notamment avec une excellente rubrique, Anthologie du film con, dans laquelle Jean-Jacques Bernard rendait hommage à sa manière à quelques-une des oeuvres les plus stupides du cinéma mondial. À coup sûr, Ca$h aurait donné du grain à moudre à cet excellent journaliste. Car non content d'être dépourvu de neurones, le machin d'Éric Besnard voudrait passer pour un film roublard, malicieux et extrêmement pointu. Il n'y a pas plus horripilant que les cons qui ne savent pas qu'ils en sont. La formule s'applique également au film.
Sur le papier, Ca$h, c'est donc un Ocean's eleven à la française, avec ses diamants, son casse, son équipe de pieds nickelés, ses beaux costards. Oui mais non. La liste des tares du film ressemble à un catalogue. Pas rythmé, très (mais alors très) mal filmé, mochissime. Joué n'importe comment (même si Dujardin s'en sort à peu près grâce à une sympathie à toute épreuve), effroyablement écrit. Et donc, formidablement con. S'il n'y a rien de plus beau qu'une belle arnaque, que dire de celles qui mettent des plombes à se mettre en place mais dont on a déjà tout compris avant même la fin de la phase d'exposition ? D'un film qui semble hurler à chaque seconde "regardez comme on est malins, vous allez être cueillis", et qui se conclut par le twist final le plus prévisible du début de siècle ? D'un étalage de bling-bling à faire baver d'envie notre cher omniprésident ? Consternation totale. Besnard se prend pour Soderbergh, et c'est exaspérant. Même le compositeur a pompé la BO d'Ocean's eleven (sauf qu'ici, la musique est mal orchestrée, et imposée à nos pauvres oreilles du début à la fin, à fort volume).
Rarement une heure quarante aura semblé si longue. On aurait presque préféré se trouver face à un des derniers films de Gérard Krawczyk, aussi idiots que celui-ci, mais conscients de leur condition. On rentre chez soi avec l'envie de revoir L'arnaque, les Ocean's, et une bonne partie de la filmo de David Mamet. Seul point positif d'un film qui ravira à coup sûr les programmateurs de TF1.
1/10

16 avr. 2007

LE CANDIDAT

Parachuté comme candidat à la présidentielle pour remplacer un dirigeant atteint d'un cancer fulgurant, Michel Dedieu n'a plus que quelques jours pour préparer l'ultime débat avant le deuxième tour et tenter ainsi de renverser une situation défavorable. Derrière lui, une équipe moyennement soudée fait tout pour qu'il y parvienne. Mais si l'on tire trop sur sa corde, la marionnette risque de comprendre qu'elle en est une...
Après un Président plus tagada-tsoin-tsoin que politique, voici enfin un film français intelligent et engagé traitant de l'élection présidentielle et de tout ce qui tourne autour. Pour son premier film, Niels Arestrup mène d'une main de maître un Candidat habile, subversif et définitivement pas commun. Seule condition pour apprécier pleinement le film : accepter une esthétique très eighties avec cadre à l'ancienne et lumière couci couça. Cette réserve mise à part, Le candidat enthousiasme. Avec un réalisme pour le moins convaincant, Niels Arestrup montre que l'homme politique qui sourit sur l'affiche électorale n'est la plupart du temps qu'un pantin soumis aux ordres et aux désirs d'une armée de loups aux dents acérées. C'est la première partie du film : montrer comment on façonne un candidat pour obtenir ce qu'on veut de lui, comment s'en servir comme d'un bouclier humain, comment convaincre l'opinion. Coaching en vue du grand débat, tergiversations sur mille petits détails, coups bas et hypocrisie.
La deuxième partie, elle, montre comment le bonhomme en pâte à modeler peut se retourner contre ceux qui l'ont créé de toutes pièces. Saturé de conseils, de chiffres et d'états d'âme, Michel Dedieu décide ne ne plus jouer de rôle et de redevenir lui-même pour mieux séduire. Cinglant revers pour les manipulateurs. Incroyable leçon de politique pour nous. Le débat qui clôt le film est un jeu de stratégie intense et passionnant. Il faut dire que Niels Arestrup a trouvé le Dedieu parfait : Yvan Attal, dont la paupière tombante n'a jamais été aussi adéquate, offre ses hésitations et ses mains moites à un personnage en or. Dans ce pays non identifié (qui a dit que c'était la France?), où les couleurs politiques sont difficiles à distinguer (Dedieu semble plutôt à gauche, mais rien ne permet d'en être certain), où la guerre menace et où l'arrogance de l'adversaire semble être son principal atout (coucou, monsieur Sarko), Michel Dedieu est le poil à gratter le plus admirable que le cinéma français ait connu depuis des lustres.
9/10

1 avr. 2007

ENTRE ADULTES

Une brunette couche avec un crétin qui ment à sa bonne femme qui cède aux avances d'un DRH qui s'amourache d'une prostipute qui joue la comédie pour un paumé qui ne désire plus sa femme qui se tape un psychopathe qui harcèle une ex qui baisouille un lâche qui néglige sa copine qui fantasme sur un timide qui est marié avec la brunette du début. Sur le mode marabout / bout de ficelle (ou, pour faire plus intello, comme chez Ophüls), Stéphane Brizé a tourné en quelques jours et avec des acteurs amateurs ce Entre adultes composé de douze segments. Après deux films aussi bien intentionnés que pas bons du tout, le réalisateur de Je ne suis pas là pour être aimé a donc décidé de casser son image planplan pour taper dans le dur, le crasseux, le sordide. Douze histoires de couples qui se trompent, se mentent, se cherchent. Et surtout, douze courts métrages d'une nullité franchement affligeante.
Filmé à la va comme j'te pousse (c'est si simple de se retrancher derrière la mention "tourné en 5 jours"), Entre adultes plonge dès le début dans la banalité. Dans un lit, deux amants échangent des phrases sorties tout droit d'un mauvais épisode des "Feux de l'amour". Et à quoi tu penses, à rien, et comment qu'il est ton mari, bah il est grand hein, il fait 1m87, et ta femme comment qu'elle est, ah non j'en parle pas, je crois qu'on va arrêter là, mais quand même c'était vachement bien, et caetera. On espère brièvement que ce premier segment sera le pire, et que le reste sera brillant et original ; mais non. Brizé et ses comédiens, tous aussi mauvais les uns que les autres, font preuve d'une constance rare. Une pincée de confessions intimes, un peu de sodomie, une petite branlette : le film ressemble à un catalogue de tous les sujets à aborder pour faire plaisir au public. C'est d'une vulgarité telle qu'il n'y a ni profondeur, ni amusement, ni excitation. Juste le néant total.
Il serait temps que quelqu'un dise à Brizé d'arrêter de faire des films : d'étape en étape, il sombre encore un peu plus dans un consensualisme dégoulinant qu'il tente de masquer derrière une cruauté fabriquée et triviale. Le problème, c'est qu'un certain Claude Lelouch, jamais à l'abri d'une connerie, a décidé de le prendre sous son aile. On est en droit de trembler.
0/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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