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14 mars 2009

En attendant le film #1 : La nostalgie de l'ange / The lovely bones

Le 8 mai 1981, une jeune femme de 18 ans nommée Alice Sebold est violée dans un souterrain menant à un amphithéâtre de l'université de Syracuse. Dix-huit ans plus tard, elle publie Lucky, premier roman autobiographique racontant l'après, le procès, les ravages d'un tel drame. Un évènement de ce genre marque une vie à jamais, ce que semble indiquer la suite de sa carrière : en 2002, Sebold sort La nostalgie de l'ange (The lovely bones en V.O.), roman dont l'héroïne est une fille de 14 ans qui observe ses proches du paradis après avoir été violée et tuée par un voisin.
On comprend aisément ce qui a attiré Peter Jackson dans cette histoire qui devrait lui permettre de renouer avec l'esprit de Créatures célestes. Le mélange des genres pratiqué par Sebold est pour le moins troublant, puisque ce drame est teinté de film noir, de thriller et de fantastique. Il devrait proposer une vision singulière du paradis, décrit dans le roman comme un univers parfaitement personnalisable, où chaque résident construit sa propre perception des lieux. Il n'est donc pas si étonnant que des divergences artistiques aient donné lieu à quelques conflits sur le plateau. On sait que Ryan Gosling a quitté le projet quelques jours avant le début du tournage (pour être finalement remplacé par Mark Wahlberg), et que les prises de vues ont été interrompues pendant quelques jours suite à un désaccord total entre Jackson et son directeur artistique, notamment sur cette façon de représenter ce fameux paradis.
Qu'on ne s'y trompe pas : même si les évènements sont décrits du point de vue de la défunte Susie, La nostalgie de l'ange se déroule principalement sur la terre ferme, décrivant notamment la façon dont la famille tente de faire son deuil malgré la longueur de l'enquête criminelle - qui empêche toute forme d'oubli - et l'absence de corps - on n'a retrouvé que quelques membres découpés par le tueur. C'est aussi un roman sur la reconstruction, des vivants comme des morts, et sur l'âme vue comme un patrimoine transmissible. Le titre français est plutôt bien choisi : il reflète la mélancolie d'une oeuvre évitant pourtant de sombrer dans le pathos. Sebold manie une plume fort classique mais agréable à lire car d'une grande fluidité. Rien de révolutionnaire dans l'ensemble, mais un bon matériau de départ pour une fresque familiale qui peut permettre à Peter Jackson de donner libre cours à ses élans artistiques. Seule petite crainte quant au film : selon Susan Sarandon, qui fait partie du casting, le cinéaste a exigé de ses interprètes qu'il jouent de façon excessive, voire théâtrale, et qu'elle n'était pas certaine du résultat. On comprend ces doutes, puisque rien dans le roman n'explique ce parti pris.
Côté casting, Saoirse Ronan (Reviens-moi) incarne Susie Salmon, Rachel Weisz et Mark Wahlberg ses parents, Susan Sarandon sa grand-mère, Stanley Tucci le vilain voisin, et Michael Imperioli (le Chris Moltisanti des Soprano) un enquêteur très impliqué dans l'affaire - et plus si affinités. Il y a de l'idée...

Le livre : La nostalgie de l'ange d'Alice Sebold. Disponible en poche chez J'ai lu. 347 pages. 7 euros.

Le film : The lovely bones de Peter Jackson. En post-production. Sortie prévue le 11 décembre 2009 aux États-Unis et le 27 janvier 2010 en France.

11 juin 2008

PHÉNOMÈNES

Avec La jeune fille de l'eau, M. Night Shyamalan nous avait proposé une splendide et soudaine entreprise d'auto-destruction, bégayant copieusement son cinéma dans une sorte de délire mystico-creux. Il restait à déterminer si ce très mauvais film n'était qu'un incident de parcours ou le début de la fin des haricots pour celui qui commença sa carrière en fanfare. Phénomènes vient apporter une réponse claire et nette, et sincèrement pas celle qu'on espérait : Shyamalan est mort. Comme les personnages de son film, il semble poussé par une cause inconnue à se suicider de façon aussi sordide que possible. Il ne reste rien, absolument rien, du cinéaste qui nous offrit il y a moins de dix ans le chef d'oeuvre Incassable et d'autres divertissements presque aussi recommandables.
Phénomènes débute par ces étranges images stupidement proposées dans la bande-annonce (depuis le temps que je répète qu'il ne faut jamais regarder ces minis spoilers) : des gens se donnent la mort, poussés par une force invisible. Ouverture intrigante comme le Night sait les faire. Sauf que... Dès ces premières secondes, on ne peut que remarquer l'absence criante de mise en scène, de style, de tension. Qu'on aime ou pas les films de Shyamalan, on prend à chaque fois une leçon de cinéma, le bonhomme n'ayant pas son pareil pour magnifier ses personnages en quelques plans, trouver le parfait mouvement de caméra ou faire naître le suspense à partir de rien. De la première à la dernière bobine, Phénomènes souffre d'une réalisation empesée, de partis pris grotesques et de plans mal foutus. C'est à n'y rien comprendre.
S'il semblait impossible de voir un Shyamalan mal mis en scène, il est en revanche moins surprenant de constater que le scénario du film est une baudruche dégonflée. C'était déjà le cas dans La jeune fille de l'eau, et les détracteurs du bonhomme citeront même ses films précédents. Difficile de définir ce qui est le plus consternant là-dedans : la non-complexité totale du script (cinq minutes pour exposer le phénomène en question, puis une heure vingt d'exode complètement linéaire) ou le message pachydermique, qui nous assomme à coups d'aberrantes métaphores. Nicolas Hulot n'aurait pas fait mieux : pas d'histoire, pas de suspense, le seul et unique objectif de Phénomènes semble être de nous prévenir que, ouh la la, la Terre va mal, et que les catastrophes qui nous tombent régulièrement sur le coin du nez ne sont que les prémices d'une future apocalypse. Alors, tous à vos pots catalytiques, ne laissez pas votre télé en veille, faites du covoiturage, utilisez des ampoules basse consommation, sinon on va tous mourir. Une autre façon profitable de préserver la planète serait que Shyamalan arrête le cinéma dès maintenant, ce qui permettrait à la fois d'économiser pas mal d'énergie et de garder un souvenir du cinéaste qui ne soit pas tout à fait catastrophique.
1/10

1 déc. 2007

LA NUIT NOUS APPARTIENT

"We own the night" : c'est ce qu'on peut lire sur l'écusson qui orne les uniformes de la police new yorkaise. En vérité, le seul et unique homme à qui la nuit appartient, c'est James Gray, metteur en scène rare et précieux dont les drames polardeux mêlent sans cesse le sang et les larmes. Trois films en 12 ans, trois façons différentes (mais un peu cousines quand même) de filmer la nuit, d'utiliser l'obscurité comme un théâtre à ciel pas si ouvert. Les films de Gray devraient être projetés aux achluophobes (les gens qui ont peur du noir, bande d'ignares) : après ça, on n'a plus jamais envie que la lumière revienne, que le soleil refasse surface. C'est peut-être le premier défaut de Gray, et en particulier celui de La nuit nous appartient : le jour y est beaucoup moins bien filmé que la nuit. Non pas que les séquences diurnes soient spécialement moches (au contraire), mais elles sont immédiatement moins magiques que les autres.
Si La nuit nous appartient se distingue par rapport à Little Odessa ou The yards, c'est par les micro accidents qui émaillent le récit. On se croit parti pour une banale affaire de duel entre frères, du genre "gentil flic contre vilain patron de boîte", et puis pas du tout. Sans faire de son film un monument de suspense, Gray parvient à le rendre assez haletant. Petit exploit puisqu'il arrive en même temps à ménager une ambiance baroque et un faux rythme fait de longues plages d'attente et de brusques montées en puissance. Lorsqu'il accélère le tempo, Gray se fait grand, livrant par exemple une poursuite automobile sous la pluie absolument vertigineuse, la plus belle qu'on ait vu depuis... depuis... depuis.
La nuit nous appartient est donc un très beau film, et c'est difficilement contestable. On est cependant en droit de le trouver un brin moins bon que les deux précédents. Parce que la tragédie mise en place n'atteint pas tout à fait les sommets escomptés. Parce que le très joli casting est littéralement écrabouillé par l'abattage d'un seul et unique énergumène, monsieur Joaquin Phoenix, qui effectue une démonstration de puissance, de fragilité et de pur talent. Et parce qu'on s'est sans doute un peu habitué au style Gray, d'une remarquable constance qui deviendrait presque de la routine. Il est vrai que, question routine, on a déjà vu moins agréable.
8/10

19 avr. 2007

SHOOTER - TIREUR D'ÉLITE

Après une intro classique (comment faire naître un traumatisme déchirant chez le héros du film), Shooter commence plutôt bien. Pendant une vingtaine de minutes, on a l'impression de se trouver dans un véritable jeu de stratégie, un "24 heures chrono" express où tactiques millimétrées et trahisons insoupçonnées s'enchaînent à vitesse grand V. La fonction de tireur d'élite, semble tenir son film. Et puis Shooter - tireur d'élite devient assez vite un simple film d'action, délicieusement bourrin mais décevant par rapport aux promesses de départ.
Shooter, c'est le genre de film dans lequel toutes les femmes, qu'elles soient secrétaires du FBI ou infirmières, sont des petites bombasses qui offrent leurs décolletés à la vision du grand public dès qu'elles ont cinq minutes. Ça donne une idée du genre de film : pas désagréable mais pas franchement respectable. Mark Wahlberg imite très bien Wesley Snipes (il fera même Charles Bronson en fin de course). Les fusillades font plein de bruit, les méchants sont vicieux, et le héros est vraiment trop fort (il peut buter trente types surentraînés à lui tout seul rien qu'en préparant vite fait une tactique militaire). Mouais.
Sur la fin, quand Marky Mark n'est vraiment pas content parce que la vie est trop injuste, il se met à défourailler tous les vilains méchants qui ont échappé à la justice. Quitte à balancer un type à travers un plafond, à mettre du sang partout puis à faire exploser une baraque pour bien foutre la rage à tout le monde (façon Charles Bronson, donc). Ensuite, il prend sa voiture et part vers d'autres horizons avec une nénette canon canon (l'infirmière, rappelez-vous). C'est un peu con? Oui. Mais c'est quand même un peu bon.
4/10

29 nov. 2006

LES INFILTRÉS

En s'attelant à un scénario adapté d'un film déjà existant (le pas dégueu Infernal affairs, d'Alan Mak et Andy Lau), Martin Scorsese faisait preuve d'un manque d'ambition apparent. C'est du moins ce que l'on pensait ; mais imaginer le réalisateur le plus sourcillu du monde se la couler douce en réalisant des films paresseux revenait à s'enfoncer le doigt dans l'oeil. Armé d'un casting foisonnant (DiCaprio, Damon, Nicholson, Sheen père, Baldwin, Wahlberg...), et criant sur les toits qu'il n'a pas vu Infernal affairs et qu'il s'en tamponne le coquillard, le grand Marty déboule avec The departed (ah non, pardon, Les infiltrés, titre français de dernière minute), polar urbain et nerveux qui offre une vision nouvelle à une histoire déjà traitée.
Devinette. Quelle est la différence majeure entre Infernal affairs et Les infiltrés? Réponse : une heure. Là où Mak & Lau livraient un thriller nerveux, sans temps mort ni fioritures, Scorsese prend tout son temps pour faire vivre ses personnages et donner à la ville de Boston une vraie dimension. Cette fois, pas d'italo-américains, mais des Irlandais d'origine, au sang tout aussi chaud et aux jurons plus imagés. Ça jure dans tous les sens (surtout Nicholson, délicieusement cabotin) et c'est un régal.
La durée conséquente du film (2h30) est également due au fait que le scénario se refuse à laisser la moindre zone d'ombre quant au passé des personnages principaux ; et à vrai dire, on aurait davantage apprécié un poil plus de mystère. Aucun grain de sable dans les rouages, aucun défaut dans la machinerie : filmeur né, Scorsese déroule tranquillement une intrigue aux petits oignons, avec ce qu'il faut de perversion, de jeux de miroirs et de (légères) surprises. Pas grand chose à dire là-dessus : simplement, Les infiltrés manque un peu d'âme, de matière, de chaleur dans les rapports humains (pour le coup, et c'est dur à dire, Scorsese devrait jeter un oeil sur le récent travail de Michael Mann). Le film aurait pu être plus tendu, nerveux, haletant : au lieu de quoi on a droit à un chassé-croisé certes bien troussé mais pas plus prenant que la moyenne. Scorsese à peu près hors de cause, on en vient à rejeter la responsabilité sur les épaules de ses interprètes. Et en effet, si leurs gueules de gamins correspondent plutôt bien à ce qu'on attend de leurs personnages (de jeunes loups infiltrés chez l'ennemi et lancés un peu trop vite dans le grand bain), on sent un manque évident de maturité chez eux. Si c'était prévisible pour DiCaprio, on attendait mieux de Matt Damon, qui ne retrouve à aucun moment le charisme qu'il avait en Jason Bourne. Et si les seconds rôles sont assez impeccables, des rôles à vocation presque uniquement comique (comme celui de Mark Wahlberg) ne peuvent que nuire à ce genre de film. À l'image d'un dernier plan laconique qui ne cadre pas du tout avec ce qui précède.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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