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20 avr. 2008

DOOMSDAY

Après l'étouffant The descent, Neil Marshall décrit un autre type de claustrophobie : celle qui nous atteindra tous un jour ou l'autre si le monde continue à faire n'importe quoi. Cette fois, c'est l'idée même d'être enfermé dans cet univers trop petit qui devient la plus grande angoisse qui soit. Par le biais d'un style un peu bis et très référencé (Mad Max, Carpenter, tous ces trucs qui font rêver les quadras nostalgiques), Marshall décrit une apocalypse de proximité, aussi délirante que crédible. Le point de départ (l'Écosse est mise en quarantaine pour enrayer la progression d'un virus imbattable) n'est qu'un prétexte pour partir en voyage dans ce monde où la normalité et la marge ne font plus qu'une.
Doomsday, c'est donc un gros plaisir coupable qui assume pleinement son côté bourrin et ses nombreuses influences, part dans tous les sens sans jamais se retourner, et revendique haut et fort son statut de fourre-tout débile et inquiétant. À la tête du film, Rhona Mitra est juste parfaite, jouant idéalement sur l'ambivalence de son personnage, à la fois ultra sexy, ultra masculine, et finalement assez émotive. Dans le royaume underground des punks comme dans les douves de pseudo-chevaliers, cette Eden Sinclair est pleinement à son aise, distribuant les pains comme d'autres la bonne parole, tranchant des têtes comme si c'était la routine. Mais sans ce côté ennuyeusement cool qui fit un temps le succès de personnages surécrits à la John McClane. Doomsday est un film absolument pas recommandable, puisqu'il risque surtout de provoquer le rejet chez une majorité de spectateurs, fans ou pas du genre (mais quel genre ?). On souhaite que Neil Marshall continue à faire ce qui lui passe par la tête : il y a visiblement du très bon sous ce crâne-là.
8/10

19 avr. 2007

SHOOTER - TIREUR D'ÉLITE

Après une intro classique (comment faire naître un traumatisme déchirant chez le héros du film), Shooter commence plutôt bien. Pendant une vingtaine de minutes, on a l'impression de se trouver dans un véritable jeu de stratégie, un "24 heures chrono" express où tactiques millimétrées et trahisons insoupçonnées s'enchaînent à vitesse grand V. La fonction de tireur d'élite, semble tenir son film. Et puis Shooter - tireur d'élite devient assez vite un simple film d'action, délicieusement bourrin mais décevant par rapport aux promesses de départ.
Shooter, c'est le genre de film dans lequel toutes les femmes, qu'elles soient secrétaires du FBI ou infirmières, sont des petites bombasses qui offrent leurs décolletés à la vision du grand public dès qu'elles ont cinq minutes. Ça donne une idée du genre de film : pas désagréable mais pas franchement respectable. Mark Wahlberg imite très bien Wesley Snipes (il fera même Charles Bronson en fin de course). Les fusillades font plein de bruit, les méchants sont vicieux, et le héros est vraiment trop fort (il peut buter trente types surentraînés à lui tout seul rien qu'en préparant vite fait une tactique militaire). Mouais.
Sur la fin, quand Marky Mark n'est vraiment pas content parce que la vie est trop injuste, il se met à défourailler tous les vilains méchants qui ont échappé à la justice. Quitte à balancer un type à travers un plafond, à mettre du sang partout puis à faire exploser une baraque pour bien foutre la rage à tout le monde (façon Charles Bronson, donc). Ensuite, il prend sa voiture et part vers d'autres horizons avec une nénette canon canon (l'infirmière, rappelez-vous). C'est un peu con? Oui. Mais c'est quand même un peu bon.
4/10

2 mars 2007

LE NOMBRE 23

Walter Sparrow est un peu embêté : vlà t'y pas que le livre offert par sa femme, qui raconte une malédiction autour du nombre 23, semble directement inspiré de sa propre vie. D'où un film en forme de quête d'identité, celle du héros comme celle de l'auteur du roman, le whodunit de mouvant en who wrote it. Quant à Joel Schumacher, sa quête à lui (trouver le chemin du bon cinéma) semble loin d'être accomplie.
Dans le marasme de la filmographie schumacherienne, Le nombre 23 s'impose pourtant comme l'un des films les plus intéressants. Aussi décevante que soit la résolution de l'intrigue, une certaine forme de mystère demeure jusqu'à la dernière bobine. Longtemps, le nombre 23 garde son côté intrigant. Rendez-vous compte : William Shakespeare est né un 23, George W. Bush a été baptisé un 23, et le prénom du héros, Walter, commence par un "W", vingt-troisième lettre de l'alphabet... waow!!!
Schumacher dépasse à peine le cap de son pitch, et malgré une construction (inutilement) alambiquée, Le nombre 23 finit par être aussi surprenant que la page numérologie de votre supplément du week-end. Laissant trop souvent place au hasard, le scénariste fait peu à peu perdre à son histoire le sel qu'elle avait au départ. Les ficelles sont trop voyantes : par exemple, le livre qui obsède Sparrow est l'oeuvre d'un certain Topsy Kretts. Après avoir cherché pendant une heure ce type introuvable, le héros finit enfin par piger qu'il s'agit d'un pseudo en forme de jeu de mots plus pourri que les miens. Voilà qui ferait passer les énigmes de Dan Brown pour des chefs d'oeuvre.
Reste éventuellement la photographie de Matthew Libatique, chef op d'Aronofsky, qui ne filme rien comme tout le monde. Mais bizarrement, la qualité de la photo oscille entre magnifique et platissime (sur la fin, on se croirait dans Saw). Même inconstance pour Jim Carrey : parfois inquiétant (comme dans The Truman show, il fait un parano idéal), le comédien pèche souvent par excès, grimaçant et sautillant comme un wallaby.
Tout cela ne fait que confirmer que Schumacher n'est pas un foudre de guerre ; tirant les gens vers le bas, il serait plutôt une sorte de locomotive à la puissance (en watts) insuffisante pour emmener avec elle tous ses wagons.
Dans le genre "flippons avec les nombres", mieux vaut (re)voir un certain 23 de Hans-Christian Schmid, western informatique aux doux relents d'apocalypse, où les cow-boys se battent avec des chiffres plutôt qu'à coups de Winchester.
4/10
(écrite le 2/3, cette critique comporte 23 fois la 23ème lettre de l'alphabet... tremblez)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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