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2 déc. 2008

DÉLIRE EXPRESS

Jeune cinéaste très sérieux, David Gordon Green s'est laissé convaincre de réaliser ce Pineapple express, stoner movie à la sauce Apatow. Pourquoi pas, après tout : il parvient à insuffler au film son sens du rythme ainsi qu'une certaine inventivité visuelle. Voilà l'atout majeur du film, un peu plus percutant que la moyenne des oeuvres fleurant l'herbe de part en part. Reste qu'une fois de plus, Délire express (titre français idiot) n'a pas de quoi figurer au rang de comédies de l'année, comme aiment à le hurler régulièrement tous ceux qui prennent Will Ferrell ou Judd Apatow pour les rois Midas du cinéma comique.
Il y a évidemment un paquet de scènes amusantes, notamment au début, les personnages principaux étant en permanence sous l'emprise de produits légèrement stupéfiants. Il y a également un certain nombre d'acteurs convaincants, notamment un surprenant James Franco et l'inconnu Danny R. Mc Bride en boulet de service. Une pléiade de dialogues réussis viennent nous rappeler que Seth Rogen, Evan Goldberg et leur bande sont tout sauf des manchots. Mais voilà : manque le "délire" du titre, qui aurait fait de ce film autre chose qu'un trop long moment à passer (1 heure 50 !), tellement ancré dans la loser attitude qu'il en devient parfois déprimant. C'est souvent l'effet que produisent les productions Apatow lorsqu'elles ne sont pas assez hilarantes : elles rendent un peu stone, déconfit par toutes ces promesses une nouvelles fois pas tenues. Un conseil : relouez-vous Eh mec ! elle est où ma caisse, voire même un Harold & Kumar, enfermez-vous chez vous et savourez. Ce sera plus rapide, et également plus efficace, que ces presque deux heures d'un trip franchement moyen.
6/10

29 nov. 2006

LES INFILTRÉS

En s'attelant à un scénario adapté d'un film déjà existant (le pas dégueu Infernal affairs, d'Alan Mak et Andy Lau), Martin Scorsese faisait preuve d'un manque d'ambition apparent. C'est du moins ce que l'on pensait ; mais imaginer le réalisateur le plus sourcillu du monde se la couler douce en réalisant des films paresseux revenait à s'enfoncer le doigt dans l'oeil. Armé d'un casting foisonnant (DiCaprio, Damon, Nicholson, Sheen père, Baldwin, Wahlberg...), et criant sur les toits qu'il n'a pas vu Infernal affairs et qu'il s'en tamponne le coquillard, le grand Marty déboule avec The departed (ah non, pardon, Les infiltrés, titre français de dernière minute), polar urbain et nerveux qui offre une vision nouvelle à une histoire déjà traitée.
Devinette. Quelle est la différence majeure entre Infernal affairs et Les infiltrés? Réponse : une heure. Là où Mak & Lau livraient un thriller nerveux, sans temps mort ni fioritures, Scorsese prend tout son temps pour faire vivre ses personnages et donner à la ville de Boston une vraie dimension. Cette fois, pas d'italo-américains, mais des Irlandais d'origine, au sang tout aussi chaud et aux jurons plus imagés. Ça jure dans tous les sens (surtout Nicholson, délicieusement cabotin) et c'est un régal.
La durée conséquente du film (2h30) est également due au fait que le scénario se refuse à laisser la moindre zone d'ombre quant au passé des personnages principaux ; et à vrai dire, on aurait davantage apprécié un poil plus de mystère. Aucun grain de sable dans les rouages, aucun défaut dans la machinerie : filmeur né, Scorsese déroule tranquillement une intrigue aux petits oignons, avec ce qu'il faut de perversion, de jeux de miroirs et de (légères) surprises. Pas grand chose à dire là-dessus : simplement, Les infiltrés manque un peu d'âme, de matière, de chaleur dans les rapports humains (pour le coup, et c'est dur à dire, Scorsese devrait jeter un oeil sur le récent travail de Michael Mann). Le film aurait pu être plus tendu, nerveux, haletant : au lieu de quoi on a droit à un chassé-croisé certes bien troussé mais pas plus prenant que la moyenne. Scorsese à peu près hors de cause, on en vient à rejeter la responsabilité sur les épaules de ses interprètes. Et en effet, si leurs gueules de gamins correspondent plutôt bien à ce qu'on attend de leurs personnages (de jeunes loups infiltrés chez l'ennemi et lancés un peu trop vite dans le grand bain), on sent un manque évident de maturité chez eux. Si c'était prévisible pour DiCaprio, on attendait mieux de Matt Damon, qui ne retrouve à aucun moment le charisme qu'il avait en Jason Bourne. Et si les seconds rôles sont assez impeccables, des rôles à vocation presque uniquement comique (comme celui de Mark Wahlberg) ne peuvent que nuire à ce genre de film. À l'image d'un dernier plan laconique qui ne cadre pas du tout avec ce qui précède.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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