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23 mai 2008

INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL

Étonnant retour que celui d'Allan Quatermain : après les films de J. Lee Thompson et Gary Nelson, l'aventurier revient dans un troisième épisode scénarisé par Luc Besson et réalisé par Roland Emmerich. On y retrouve l'humour savoureux du frenchie, la mise en scène futée de l'Allemand, et un amour commun pour les belles histoires extraordinaires mais crédibles, où le surnaturel le plus hors limites vient tout à coup se mêler aux vieilles pierres. Surprise que de voir Harrison Ford reprendre le rôle tenu jadis par Richard Chamberlain qui aurait parfaitement pu interpréter à nouveau Quatermain (après tout il n'a que 74 ans)...
On me dit qu'il y a erreur sur la marchandise, et que le machin que je viens de voir, en fait, n'est autre que le film que tout le monde attendait depuis 18 ans. Le rereretour d'un héros qui a enthousiasmé des générations, suscité des vocations et fait aimer le vrai cinéma à plus d'un môme. Qui dit grandes espérances dit forcément (ou presque) un peu de déception ; mais à ce point, c'est absolument terrible. Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal est une pure purge et nous conduirait presque à prier pour que le Brendan Fraser de La Momie ou l'insupportable Benjamin Gates viennent à pousser Indy à prendre sa retraite. Une désillusion qui laisse un goût amer.
Dresser la liste de tous les défauts du film ressemblerait à une attaque en règle, tant il n'y a que peu de choses à sauver de ce naufrage complet. LE point positif, c'est le come-back très en forme d'un Harrison Ford affûté, et qui ne joue pas tant que ça la carte du "aïe mon pauv' dos j'suis trop vieux" façon Arme fatale 4. Qu'il fulmine ou qu'il tatanne, Harrison rend un bel hommage à ce personnage si emblématique qui, en son temps, nous a fait rêver. D'autres ont moins bien vieilli que lui, à commencer par Steven Spielberg. Qu'on soit fan ou pas du monsieur (je ne le suis qu'à moitié), il faut bien reconnaître que le grand Steve est un prodige de la mise en images. La trilogie Indiana Jones, autant qu'une épopée emballante, était également un cours de cinéma, une leçon modeste mais ô combien efficace. C'est bien simple : on ne reconnaît jamais la patte Spielberg, qui filme à la va comme j'te pousse, multiplie les effets numériques inutiles et se révèle incapable à transcender les scènes de comédie comme les morceaux de bravoure. Seule le début d'une poursuite en voiture rappelant la longue séquence du tank d'Indiana Jones et la dernière croisade ravivera temporairement l'espoir, avant que le film ne retombe aussi sec dans ses travers illisibles et rachitiques.
Plus de dix scénaristes se sont attelés tour à tour à l'arlésienne qu'a longtemps constitué cet Indy 4, suant sang et eau pour satisfaire le spectateur ET Spielberg ET George Lucas. Le pas mauvais David Koepp a finalement décroché la timbale. Consternation. Le film ne démarre jamais, s'enferme dans sa propre vacuité, avant de s'amuser à recycler consciencieusement quelques-uns des meilleurs morceaux de bravoure des volets précédents. L'humour est au ras des pâquerettes (ah, les marmottes numériques), les nouveaux personnages proprement insignifiants (ah, le fils caché, mal attribué à un Shia LaBeouf sans saveur)... mais c'est définitivement l'intrigue qui achève peu à peu un film-ambulance.
Dans un élan désespéré d'attirer les nerds qui tendent à proliférer bien qu'ils se reproduisent fort peu, le film mêle à une vague histoire de malédiction maya une bonne grosse couche de surnaturel façon Jacques Pradel de la grande époque, avec dissection d'extra-terrestres, soucoupes volantes et mon cul sur la commode. Rappelons que Spielberg est le réalisateur du film ultime sur les être venus d'ailleurs, Rencontres du troisième type, et qu'il n'avait nullement besoin de revenir sur le sujet. D'autant qu'il le fait avec une lourdeur rare, pas aidé par des effets numériques des plus piteux (les E.T. ressemblent à ceux des pubs Toyota). Cela plaira peut-être aux fans de séries Z à fort potentiel nanar. Quant à ceux qui vous diront du bien de cet Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, il leur faut désormais arrêter de vivre dans le souvenir et la nostalgie, se rendre compte que ce film est tout sauf bon, et que le meilleur moyen pour se remémorrer les grands moments passés en compagnie d'Indiana, c'est de se refaire encore et encore ce qui restera à jamais comme une trilogie.
2/10

29 nov. 2006

LES INFILTRÉS

En s'attelant à un scénario adapté d'un film déjà existant (le pas dégueu Infernal affairs, d'Alan Mak et Andy Lau), Martin Scorsese faisait preuve d'un manque d'ambition apparent. C'est du moins ce que l'on pensait ; mais imaginer le réalisateur le plus sourcillu du monde se la couler douce en réalisant des films paresseux revenait à s'enfoncer le doigt dans l'oeil. Armé d'un casting foisonnant (DiCaprio, Damon, Nicholson, Sheen père, Baldwin, Wahlberg...), et criant sur les toits qu'il n'a pas vu Infernal affairs et qu'il s'en tamponne le coquillard, le grand Marty déboule avec The departed (ah non, pardon, Les infiltrés, titre français de dernière minute), polar urbain et nerveux qui offre une vision nouvelle à une histoire déjà traitée.
Devinette. Quelle est la différence majeure entre Infernal affairs et Les infiltrés? Réponse : une heure. Là où Mak & Lau livraient un thriller nerveux, sans temps mort ni fioritures, Scorsese prend tout son temps pour faire vivre ses personnages et donner à la ville de Boston une vraie dimension. Cette fois, pas d'italo-américains, mais des Irlandais d'origine, au sang tout aussi chaud et aux jurons plus imagés. Ça jure dans tous les sens (surtout Nicholson, délicieusement cabotin) et c'est un régal.
La durée conséquente du film (2h30) est également due au fait que le scénario se refuse à laisser la moindre zone d'ombre quant au passé des personnages principaux ; et à vrai dire, on aurait davantage apprécié un poil plus de mystère. Aucun grain de sable dans les rouages, aucun défaut dans la machinerie : filmeur né, Scorsese déroule tranquillement une intrigue aux petits oignons, avec ce qu'il faut de perversion, de jeux de miroirs et de (légères) surprises. Pas grand chose à dire là-dessus : simplement, Les infiltrés manque un peu d'âme, de matière, de chaleur dans les rapports humains (pour le coup, et c'est dur à dire, Scorsese devrait jeter un oeil sur le récent travail de Michael Mann). Le film aurait pu être plus tendu, nerveux, haletant : au lieu de quoi on a droit à un chassé-croisé certes bien troussé mais pas plus prenant que la moyenne. Scorsese à peu près hors de cause, on en vient à rejeter la responsabilité sur les épaules de ses interprètes. Et en effet, si leurs gueules de gamins correspondent plutôt bien à ce qu'on attend de leurs personnages (de jeunes loups infiltrés chez l'ennemi et lancés un peu trop vite dans le grand bain), on sent un manque évident de maturité chez eux. Si c'était prévisible pour DiCaprio, on attendait mieux de Matt Damon, qui ne retrouve à aucun moment le charisme qu'il avait en Jason Bourne. Et si les seconds rôles sont assez impeccables, des rôles à vocation presque uniquement comique (comme celui de Mark Wahlberg) ne peuvent que nuire à ce genre de film. À l'image d'un dernier plan laconique qui ne cadre pas du tout avec ce qui précède.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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