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20 août 2009

ULTIMATE GAME

Il y a de fichues bonnes idées dans Ultimate game, sans doute rebaptisé ainsi à cause de l'existence en France d'un autre film nommé Gamer, chef d'oeuvre signé Zak Fishman (ou plutôt Patrick Lévy). Le duo barré Neveldine / Taylor (Hypertension et sa suite) a imaginé un univers où jouer aux Sims "pour de vrai" est possible : il suffit de payer pour diriger un être humain fait de chair et de sang depuis son ordinateur. Plus fou et inquiétant encore : l'autre jeu à la mode est une chasse à l'homme grandeur nature où des taulards jouent leur libération. Sauf qu'ils sont également contrôlés par des internautes via une puce implantée dans leur nuque... Une sorte de Prix du danger dont le public serait aussi scénariste.
L'idée est belle, mais le traitement l'est malheureusement moins. Ultimate game débute de façon tonitruante, un peu comme un shoot'em up sous ecstasy, plongeant le spectateur au coeur du chaos. Balles qui sifflent, explosions à la chaîne, dégommage en règle : tout y passe. Les dix premières minutes sont aussi séduisantes que fatigantes : le style des réalisateurs est hallucinant, chaque plan semble bourré d'idées neuves, mais l'ensemble donne le tournis tant il donne l'impression d'avoir réellement vécu l'enfer du héros. S'ils replongent régulièrement dans cette frénésie filmique, Neveldine & Taylor se calment néanmoins par la suite ; on devrait les en remercier, mais ce sont finalement les regrets qui priment.
Car dès qu'il baisse de rythme, même volontairement, Ultimate game laisse apparaître le grand n'importe quoi de son scénario, et surtout l'incapacité de ses auteurs à raconter une histoire de façon intelligible. Dopés à l'adrénaline, les deux Hypertension allaient à 200 à l'heure de part en part, et cette vélocité créait une urgence qui suffisait amplement. Ici, le film finit par prendre davantage son temps, ayant visiblement des choses à dire et pas simplement une petite histoire à raconter. Catastrophe : le récit s'étiole, les personnages secondaires se délitent, la logique part en fumée. Il faut alors attendre les pétages de plomb réguliers des personnages pour prendre un peu de plaisir et ne pas trouver carrément chiant ce qui aurait dû être le divertissement le plus fun qui soit.
Heureusement il y a Michael C. Hall : même si sa carrière ciné ne démarre pas sous les meilleurs auspices (c'est son deuxième film après Paycheck, et il a refusé Wolverine in extremis), l'interprète de Dexter Morgan et David Fisher - excusez du peu - démontre une aisance incroyable dans la peau du bad boy de service, grand manitou de l'informatique qui pourrait bien devenir maître du monde. Il y a dans ses yeux quelque chose de fou, d'inquiétant et de terriblement séducteur. On aurait presque envie de le laisser vaincre le gentil héros, interprété par un Gerard Butler qui a les mêmes bajoues que Marlon Brando dans Le parrain mais pas le même talent. Comme dans 300, il joue les monolithes, et c'est de loin ce qu'il fait de moins mal ; mais sa prestation bien fade fait regretter un Jason Statham très à l'aise dans les Hypertension.




Ultimate game (Gamer) de Mark Neveldine & Brian Taylor. 1h45. Sortie : 09/09/2009.

14 oct. 2008

LA LOI ET L'ORDRE

Il fallait être sacrément candide pour croire une seule seconde aux retrouvailles d'Alfredo James Pacino et Robert Mario de Niro Jr., et ce pour plusieurs raisons fort simples. Primo : Jon Avnet, réalisateur de 88 minutes, Beignets de tomates vertes ou encore Red corner. Un yes man de première bourre, pas foutu de faire un bon film. Deuzio : Al et Bob sont tout de même deux des pires cabotins de l'histoire du cinéma, sauf lorsqu'ils sont dirigés par des metteurs en scène de grande qualité (et ce fut le cas une paire de fois par le passé). Mais, dès qu'ils se trouvent abandonnés aux mains d'un tâcheron quelconque, les voilà qui se redeviennent soudainement les deux tocards bourrés de frime venus de Little Italy. Leurs filmographies des années 90-2000 sont édifiantes, chacun cherchant vraisemblablement à faire pire que son concurrent.
Mais parce qu'il faut une âme d'enfant pour aimer le cinéma, on s'installe devant La loi et l'ordre avec un semblant d'excitation et une envie de croire au miracle. Au bout de deux minutes trente, on comprend que c'est râpé. Ça commence par une marmelade d'images mal torchées et mal montées, qui réduisent tous les espoirs en cendres. Difficile de faire pire côté narration, un milliard d'informations sans doute capitales nous étant livrées au gré de petites scènes juxtaposées et incompréhensibles. Il faudra ensuite une bonne demi-heure pour parvenir à se raccrocher à un film dont l'intrigue est loin d'être aussi complexe que voudrait nous le faire croire le scénariste Russell Gewirtz (honteusement désigné comme un grand espoir pour son piteux scénario d'Inside man). Derrière un ennuyeux blabla sur les forces conjuguées de l'insigne et de l'arme (se référer à l'affiche) se cache une toute petite histoire de vilain serial killer, qui tue les pires pourritures pour rendre la planète plus propre. Les enquêteurs ne tarderont pas à se rendre à l'évidence, au terme d'une série de déductions foireuses : le coupable ne peut être qu'un flic. Et c'est parti pour un long embrouillamini auquel on a tout compris depuis la scène d'exposition la plus téléphonée de l'année. Un bandeau "ce film contient un twist final" serait apposé au bas de l'écran que ça ne serait pas plus voyant.
Quand l'intrigue est moisie et la réalisation quelconque, il reste à se tourner vers l'interprétation. Et comment sont-ils, nos vieux briscards ? La réponse est dans la question : ils sont vieux. Même plus assez cabotins pour nous faire rire, ils semblent surtout usés jusqu'à la moëlle par les ribambelles de navets qui leur ont récemment permis de payer leurs impôts. Pire : comme dans l'infâme 88 minutes (première collaboration Avnet - Pacino, qui font moins atroce ici, quand même), on ricane devant cette relation entre un flic de soixante balais et une jeunette très très très canon (ici, Carla Gugino, qui vaut mieux que tous ses rôles de Miss Nichons). Voir De Niro la prendre par derrière sur un canapé n'apporte pas grand chose à la matière du film, et sonne définitivement le glas d'un acteur qui ferait bien de prendre sa retraite. À la fin du film, les deux hommes se retrouvent allongés l'un sur l'autre, dévastés par l'abracadabrantesque révélation qui vient d'être faite, et on a soudainement très envie de sortir une arme et de les achever tous les deux afin qu'ils n'entachent pas plus leurs carrières passées.
2/10

11 juin 2008

PHÉNOMÈNES

Avec La jeune fille de l'eau, M. Night Shyamalan nous avait proposé une splendide et soudaine entreprise d'auto-destruction, bégayant copieusement son cinéma dans une sorte de délire mystico-creux. Il restait à déterminer si ce très mauvais film n'était qu'un incident de parcours ou le début de la fin des haricots pour celui qui commença sa carrière en fanfare. Phénomènes vient apporter une réponse claire et nette, et sincèrement pas celle qu'on espérait : Shyamalan est mort. Comme les personnages de son film, il semble poussé par une cause inconnue à se suicider de façon aussi sordide que possible. Il ne reste rien, absolument rien, du cinéaste qui nous offrit il y a moins de dix ans le chef d'oeuvre Incassable et d'autres divertissements presque aussi recommandables.
Phénomènes débute par ces étranges images stupidement proposées dans la bande-annonce (depuis le temps que je répète qu'il ne faut jamais regarder ces minis spoilers) : des gens se donnent la mort, poussés par une force invisible. Ouverture intrigante comme le Night sait les faire. Sauf que... Dès ces premières secondes, on ne peut que remarquer l'absence criante de mise en scène, de style, de tension. Qu'on aime ou pas les films de Shyamalan, on prend à chaque fois une leçon de cinéma, le bonhomme n'ayant pas son pareil pour magnifier ses personnages en quelques plans, trouver le parfait mouvement de caméra ou faire naître le suspense à partir de rien. De la première à la dernière bobine, Phénomènes souffre d'une réalisation empesée, de partis pris grotesques et de plans mal foutus. C'est à n'y rien comprendre.
S'il semblait impossible de voir un Shyamalan mal mis en scène, il est en revanche moins surprenant de constater que le scénario du film est une baudruche dégonflée. C'était déjà le cas dans La jeune fille de l'eau, et les détracteurs du bonhomme citeront même ses films précédents. Difficile de définir ce qui est le plus consternant là-dedans : la non-complexité totale du script (cinq minutes pour exposer le phénomène en question, puis une heure vingt d'exode complètement linéaire) ou le message pachydermique, qui nous assomme à coups d'aberrantes métaphores. Nicolas Hulot n'aurait pas fait mieux : pas d'histoire, pas de suspense, le seul et unique objectif de Phénomènes semble être de nous prévenir que, ouh la la, la Terre va mal, et que les catastrophes qui nous tombent régulièrement sur le coin du nez ne sont que les prémices d'une future apocalypse. Alors, tous à vos pots catalytiques, ne laissez pas votre télé en veille, faites du covoiturage, utilisez des ampoules basse consommation, sinon on va tous mourir. Une autre façon profitable de préserver la planète serait que Shyamalan arrête le cinéma dès maintenant, ce qui permettrait à la fois d'économiser pas mal d'énergie et de garder un souvenir du cinéaste qui ne soit pas tout à fait catastrophique.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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