Affichage des articles dont le libellé est James Gray. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est James Gray. Afficher tous les articles

19 nov. 2008

TWO LOVERS

Ça ne peut pas être vrai. Ça ne peut être qu'une blague. Two lovers ne peut pas être le dernier film de la carrière de Joaquin Phoenix. Certes, ce serait sortir par la grande porte. Mais mieux vaut pas de sortie du tout. Joaquin Phoenix est un grand, un très grand acteur, déjà parfait mais encore en devenir, qui ne peut pas nous faire ce coup-là. Si le cinéma, après les adieux de Guillaume Depardieu, perd un deuxième écorché vif en quelques semaines, la déprime risque de l'emporter.
Déjà brillant pour lui-même, Two lovers bénéficie donc d'un léger supplément d'émotion, causé par la déclaration fracassante de l'(ex-?)acteur sur sa retraite anticipée. On bouffe l'écran des yeux, on savoure chaque image où il apparaît (et il est de quasiment tous les plans), comme un dernier moment passé avec quelqu'un qui va nous quitter. Comme chaque fois chez James Gray, comme souvent ailleurs, sa prestation est démentielle, suffocante, envoûtante, si bien que les deux demoiselles qui partagent l'affiche du film passent presque pour des figurantes. C'est là la seule étrangeté de Two lovers : on y parle d'amour, de sentiments partagés, mais tout n'est montré ici que de façon unilatérale, à travers les yeux du héros, et uniquement les siens. Gray est loin de se moquer de ce qu'éprouvent ses personnages féminins ; ça n'est juste pas la question. Il préfère explorer le désarroi qui gagne peu à peu ce Leonard, partagé entre un amour raisonnable et une passion difficilement vi(v)able. Il fallait bien un grand acteur pour incarner cela.
Au gré de ses trois premiers films, tous des polars, James Gray avait dévoilé son goût pour les tragédies familiales, de celles qui finissent dans le sang et les larmes, modifiant à jamais l'existence des survivants. Cela n'allait pas sans une certaine grandiloquence, développée avec modestie, mais aussi avec un léger didactisme ("je vais vous montrer ce qu'est un tragédien"). Partant de la plus vieille histoire du monde, le metteur en scène aurait pu en faire un nouveau drame épais et traumatisant, aux mille et un symboles et aux enseignements multiples. Il livre au contraire un film d'une infinie sobriété, qui développe son intrigue plus que ténue avec précision et doigté, sans un mot plus haut que l'autre. Si la tonalité n'est pas tout à fait la même, on se croirait parfois dans l'un des derniers Woody Allen, où la complexité des rapports humains (surtout quand le mensonge s'en mêle) suffit à donner de l'allant à un film entier. Gray la joue profil bas, et c'est franchement beau. D'autant qu'il confirme ici encore son statut de maître-filmeur. Au final, Two lovers crée une émotion délicate et pas putassière pour deux sous. C'est sans doute là qu'est également sa plus grande limite : la conclusion a beau être assez réussie, elle ne peut se déparer d'un certain goût de déjà-vu et de frustration, tant elle semble évidente. Cela n'enlève rien à la magnificence de l'ensemble et à la grandeur de son acteur principal. Reviens, Joaquin, reviens.
8/10

1 déc. 2007

LA NUIT NOUS APPARTIENT

"We own the night" : c'est ce qu'on peut lire sur l'écusson qui orne les uniformes de la police new yorkaise. En vérité, le seul et unique homme à qui la nuit appartient, c'est James Gray, metteur en scène rare et précieux dont les drames polardeux mêlent sans cesse le sang et les larmes. Trois films en 12 ans, trois façons différentes (mais un peu cousines quand même) de filmer la nuit, d'utiliser l'obscurité comme un théâtre à ciel pas si ouvert. Les films de Gray devraient être projetés aux achluophobes (les gens qui ont peur du noir, bande d'ignares) : après ça, on n'a plus jamais envie que la lumière revienne, que le soleil refasse surface. C'est peut-être le premier défaut de Gray, et en particulier celui de La nuit nous appartient : le jour y est beaucoup moins bien filmé que la nuit. Non pas que les séquences diurnes soient spécialement moches (au contraire), mais elles sont immédiatement moins magiques que les autres.
Si La nuit nous appartient se distingue par rapport à Little Odessa ou The yards, c'est par les micro accidents qui émaillent le récit. On se croit parti pour une banale affaire de duel entre frères, du genre "gentil flic contre vilain patron de boîte", et puis pas du tout. Sans faire de son film un monument de suspense, Gray parvient à le rendre assez haletant. Petit exploit puisqu'il arrive en même temps à ménager une ambiance baroque et un faux rythme fait de longues plages d'attente et de brusques montées en puissance. Lorsqu'il accélère le tempo, Gray se fait grand, livrant par exemple une poursuite automobile sous la pluie absolument vertigineuse, la plus belle qu'on ait vu depuis... depuis... depuis.
La nuit nous appartient est donc un très beau film, et c'est difficilement contestable. On est cependant en droit de le trouver un brin moins bon que les deux précédents. Parce que la tragédie mise en place n'atteint pas tout à fait les sommets escomptés. Parce que le très joli casting est littéralement écrabouillé par l'abattage d'un seul et unique énergumène, monsieur Joaquin Phoenix, qui effectue une démonstration de puissance, de fragilité et de pur talent. Et parce qu'on s'est sans doute un peu habitué au style Gray, d'une remarquable constance qui deviendrait presque de la routine. Il est vrai que, question routine, on a déjà vu moins agréable.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz