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29 oct. 2008

W. - L'IMPROBABLE PRÉSIDENT

Bonne nouvelle : il n'est nul besoin de comparer le dernier Oliver Stone à l'ennuyeux bout-à-bout de Michel Royer et Karl Zéro (Being W.) pour se rendre compte de sa réussite. Après quelques films bien en-dessous de sa forme habituelle, Stone revient avec un portrait féroce et finaud de celui qui fut le maître du monde entre 2000 et 2008. Connaissant la lourdeur du réalisateur lorsqu'il se livre à des attaques à charge bien frontales, il était permis de craindre que W. ne soit qu'une gigantesque moquerie de deux heures, une critique sans nuance de son bilan et de sa personnalité. Craintes qui semblent fondées au départ, Stone ne nous épargnant aucun des petits détails qui firent le bonheur des bêtisiers et des journaux satiriques. Même la célèbre affaire du bretzel a droit à sa petite scène. Mais après ces débuts un peu horripilants, le film redresse rapidement la barre, s'intéressant de plus près à la personnalité de ce type si observé et pourtant si énigmatique. Comment un type semblant aussi stupide a-t-il pu accéder à de si hautes fonctions ? Quelle fut l'influence de son illustre géniteur ? Et au fait, est-il si idiot que cela ?
Entremêlant ses années de présidence et les nombreuses étapes qui le menèrent à la Maison Blanche, le film montre en fait un George W. Bush plus complexe qu'il n'y paraît. Vivant mal le fait de vivre dans l'ombre de son père et de son frère Jeb, cherchant désespérément à faire quelque chose de bien de sa vie. Puis, une fois entré en politique, utilisant son apparente maladresse pour séduire l'électeur et arriver à ses fins. Évidemment, Stone méprise cet homme, mais ne peut s'empêcher de croquer ses travers avec une tendresse teintée de compréhension. Jamais le film n'excuse l'abominable politique menée pendant huit ans, mais il propose néanmoins quelques informations permettant de comprendre comment les États-Unis ont pu en arriver là. Le plus stupéfiant concerne la fameuse période pendant laquelle Bush et ses sbires tentèrent de faire croire à la présence d'armes de destruction massives en Irak : une longue et captivante scène de réunion montre le président prenant les choses en main, expliquant avec sincérité pourquoi il faut entrer en guerre, déballant ses convictions avec une ferveur certes effrayante (surtout lorsqu'il mêle politique et religion) mais également très touchante. Finement joué.
Pour croire à ce Bush-là, il fallait évidemment un acteur de première bourre, et Josh Brolin en est un, livrant une prestation personnelle et engagée. Les autres sont à l'unisson, avec notamment un Jeffrey Wright génial en Colin Powell. Excellemment dialogué (l'humour est partout), offensif mais pas impitoyable, W. est en tout cas un très bon bilan de huit années à peu près révolues, et signe le retour dans le droit chemin d'un Oliver Stone qu'on pensait perdu à jamais dans les décombres de son World trade center.
7/10

21 sept. 2006

WORLD TRADE CENTER

Le saviez-vous? Le 11 septembre 2001, deux avions ont percuté les tours du World Trade Center. Cinq ans plus tard, les films sur ce drame commencent à fleurir. Après le mémorable Vol 93 de Paul Greengrass, c'est au tour d'Oliver Stone de donner sa vision du jour maudit. Film catastrophe, World trade center est surtout une catastrophe tout court, un film dispensable et détestable qui confond tout et ne dit rien d'intéressant.
La première demi-heure laisse le bénéfice du doute : on y voit une équipe de policiers new-yorkais prendre leur service et découvrir quelle apocalypse est en train de s'abattre sur leur ville. Sobre, sans chichis, mais dépourvu d'âme : dès le début, on a bien du mal à reconnaître la patte d'Oliver Stone.
Arrive alors l'évènement majeur du film : nos deux flics de héros se retrouvent ensevelis sous les décombres de la tour. Pendant les quatre-vingt-dix minutes qui vont suivre, on va les regarder pleurnicher, souffrir, et se raconter leur vie. Ce que Stone entrecroise avec le désespoir de leurs familles respectives, persuadées que leurs fifils chéris sont morts depuis belle lurette. Et là, rien. Un vide béant. Visiblement, Oliver Stone n'a pas plus à dire qu'il n'a à raconter. On attend patiemment une lueur d'esprit, un début de réflexion, quelque chose à quoi se raccrocher. Mais non : World trade center n'est que bons sentiments, guimauve, larmes de crocodile. Et, bien pire, patriotisme et bondieuseries. Par le biais de la télévision, Stone semble se ranger du côté de George W. Bush et de sa sainte parole. Avant de nous infliger, comble du comble, les visions christiques des deux héros (oui oui, Jésus Christ en personne leur apparaît, sous une forme on ne peut plus triviale). Ça ressemble à tout sauf à du cinéma. Une seule explication : le gâtisme total d'Oliver Stone, qui livre un film-propagande aussi insipide que repoussant, une publicité immonde en faveur de la fameuse "guerre du Bien contre le Mal" orchestrée par Bush et ses pairs. Comme si le réalisateur de Platoon et JFK était mort enseveli sous les deux tours.
Quelques plans pris au détour des dernières minutes font regretter ce qu'aurait pu être World trade center (titre mensonger tant le sujet évoqué n'est pas traité) : un film douloureux mais nécessaire sur une ville meurtrie physiquement et moralement. Il suffit d'un grand tableau de petites annonces pour retrouver des proches disparus, ou de plans sans commentaire sur les ruines de la ville, pour créer l'émotion et faire naître la révolte. Mais non : le film d'Oliver Stone est juste un patchouli dégueulasse et soporifique, bien loin de ses promesses de film phare.
Dernière critique : dans le film, Maria Bello porte des lentilles bleu clair. Maria Bello porte des lentilles bleu clair? Oui oui. Un concentré de mauvais goût, je vous dis.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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