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5 févr. 2009

KING GUILLAUME

Son pataud premier film, Essaye-moi, avait curieusement attendri les foules. Pierre-François Martin-Laval récidive avec ce King Guillaume aussi tendre et loufoque... et aussi inabouti, malgré de très belles idées. Le problème de Pef, c'est qu'il n'a pas renié l'époque Robin des Bois (et personne ne lui demande), mais qu'il ne donne pas non plus l'impression d'assumer son passé comique. King Guillaume est à cette image : il veut nous raconter des choses extraordinaires, ériger l'amour comme la chose la plus belle qui soit, mais il semble en permanence s'excuser d'avoir tant d'ambition, diluant chaque jolie idée dans une marée de répliques volontairement nullottes, « façon Robins des Bois ».
C'est d'autant plus dommage que le film a un côté bricolo plus réussi qu'Essaye-moi, notamment dans des décors à la fois minimalistes et inventifs, et que son côté fleur bleue est franchement touchant. Sur le moment, on oublie qu'on a déjà vu des milliers de couples amoureux à l'écran, et on ouvre grand les yeux devant la beauté simple de la romance unissant les deux personnages principaux. D'autant que ceux-ci sont interprétés avec une mesure admirable par une Florence Foresti inattendue et par un Pef aussi touchant qu'il peut l'être. Celui-a fait des progrès côté mise en scène, mais son film ressemble trop à une petite oeuvre de doux rêveur pour faire plus qu'attendrir. La prochaine fois peut-être ?
5/10

7 nov. 2008

FAUBOURG 36

Plus de six semaines après la sortie de Faubourg 36, il fallait se pencher sur cet épineux dossier. Avec "seulement" 1,3 million d'entrées depuis le 24 septembre, le film de Christophe Barratier n'a pas réussi à rééditer le triomphe des Choristes, qui n'avait eu besoin que de 10 jours pour réaliser le même score, avant de terminer au-delà des 7 millions de tickets vendus. Un semi-échec qui rendait tout à coup le film plus intéressant. Curiosité un rien malsaine : mais pourquoi diable les spectateurs ne se sont-ils pas rués en masse dans les salles, eux qui raffolent habituellement de tout ce qui sent la naphtaline et la nostalgie ? Au vu de l'oeuvre en elle-même, la question reste ouverte.
Faubourg 36 possède absolument toutes les qualités requises pour séduire le plus grand nombre. Une reconstitution pointilleuse d'une époque marquante, des acteurs à papa, un scénario cousu de fil blanc mais cousu avec application... et même une mise en scène ambitieuse, avec mouvements de caméra complexes et tout et tout. Deux heures d'un classicisme propret et bien lisse, mais deux heures bien exécutées, avec leur lot de scènes et de personnages gentiment attachants. Rien de tel qu'un Kad Merad ou un Pierre Richard pour rendre un film irrémédiablement sympathique. Il y a même une gonzesse, jolies jambes et jolis yeux, avec une belle voix par-dessus le marché (c'est tout ce que demande Barratier à Nora Arnezeder, et elle s'acquitte de sa tache avec brio). Les agaçants yeux de cocker de Jugnot ou la fausse gouaille de Cornillac auraient dû achever de ravir le coeur des ménagères de plus ou moins 50 ans. Malheureusement, non.
Il y a en tout et pour tout deux explications plausibles au succès mitigé de Faubourg 36. Première hypothèse : gavé par les films rances de Jean Becker, Gilles Legrand et autres sous-réalisateurs, le public se serait définitivement lassé de ces films qui ne cessent de se tourner vers le passé avec moultes soupirs. Deuxième possibilité : la noirceur relative qui enveloppe le film de Barratier aurait fait fuir plus d'un spectateur. L'ambiance a beau y être souvent rigolarde, c'est majoritairement la déprime et les tracas qui rongent le quotidien de ces héros bien fatigués. Ajoutez à cela un arrière-plan vaguement social (misère et grèves, comme dans un film anglais mais sans la finesse) et une fin de film plus violente qu'il n'y paraît, et vous comprendrez peut-être pourquoi les salles n'ont pas affiché "complet". Peut-être aussi qu'il y a, dans les salles voisines, d'autres films, peut-être un peu moins bien fagotés ou intentionnés, mais tellement plus humains et émouvants que ce cinéma de papier glacé.
5/10

11 janv. 2007

LE SERPENT

Hitchcockien. Machiavélique. Vénéneux. Ce Serpent-là a reçu bien des louanges pour le moins surgonflées. Vendu comme un thriller à la française ("mais à l'américaine"), le film raconte la gigantesque (hum) machination orchestrée par un type pour se venger d'un autre. Le problème, c'est que ni le motif de la vengeance ni le principe même de cette vengeance n'ont quoi que ce soit d'original.
On se demande bien pourquoi Le serpent, roman de Ted Lewis, a attiré Eric Barbier, cinéaste dit maudit, pour son retour au cinéma après de longues années d'absence. Profils psychologiques d'une faiblesse sans nom (l'unique faille du grand méchant est une sacrée aberration), rouages mal huilés, invraisemblance chronique : on a déjà vu (et lu) des milliers d'histoires de manipulation mieux troussées et plus crédibles. Mise en scène correcte mais sans saveur ; acteurs impliqués mais plus ou moins convaincants (face à un Yvan Attal impec dans le rôle "facile" de la proie, Cornillac peine à trouver le ton juste et se révèle aussi effrayant qu'un serpent en peluche)... Rien ne semble devoir distinguer Le serpent de la masse des thrillers sortis depuis un siècle.
Pourtant, par endroits, le film engendre une vraie tension, une angoisse presque palpable due à une noirceur très travaillée (superbe travail sur le son). Ce n'est pas le genre de polar gagné d'avance où l'on est certain que le héros va l'emporter et garder avec lui tous ceux qu'il aime (ptêt bin qu'oui, ptêt bin qu'non). C'est dans ces moments un peu éphémères que Le serpent parvient à convaincre, sans malheureusement confirmer ses belles promesses.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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