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16 oct. 2009

Top 5 : Gérard Jugnot

Cette semaine, Gérard Jugnot ne trie pas les couleurs dans Rose et noir.




Top 5 des films avec Gérard Jugnot

01. Tandem (1987)
Si sa carrière a pris une sale tournure depuis quelques années, Patrice Leconte fut longtemps un réalisateur respectable, dont certaines oeuvres étonnamment dramatiques ont gardé intact leur potentiel de conviction. Tandem est l'un de ceux-là, exploitant à merveille sa tête de faux buddy movie pour parler de célébrité, d'imposture, du mensonge nécessaire, tout en décrivant avec tendresse ce joli ennui qui enveloppe les petites villes de Province lorsque la nuit vient à tomber.



02. Une époque formidable (1991)
On n'ira pas jusqu'à parler de grand film social, mais Une époque formidable est néanmoins le film le plus engagé de Gérard Jugnot. Le plus touchant aussi, et le plus effrayant, tant il applique la loi du « ça n'arrive pas qu'aux autres » avec un réalisme glaçant. Licencié puis viré du foyer familial, Berthier rejoint un clan de SDF avant d'avoir eu le temps de dire ouf, et c'est assez effrayant. Heureusement que tout ceci est contrebalancé par un humour toujours tendre, les comédiens (Bohringer, Holgado) s'en donnant à coeur joie.



03. Les bronzés font du ski (1979)
Que dire de neuf sur ces Bronzés font du ski, comédie über populaire qui continue de catonner à chaque diffusion télé... Plus drôle que le premier volet (et évidemment meilleur que l'abominable troisième), c'est un film convivial, simple dans sa forme et dans son fond, mais qui applique à merveille les recettes du film de potes. Certains pourront faire la fine bouche : même si ce n'est sans doute pas la comédie la plus fine de l'histoire du cinéma français, c'est un grand moment de rigolade nostalgique en compagnie d'acteurs qu'on a tant aimés (à l'époque).




04. Le coup du parapluie (1980)
À propos de Pierre Richard, on ne cesse d'évoquer les films de Francis Veber et le duo légendaire qu'il y forme avec Gérard Depardieu. Certes, mais on oublie trop souvent de petits bijoux de comédie comme ce Coup du parapluie, qui offre de grands moments de délires richardiens et bénéficie d'une idée improbable mais dévastatrice : construire une véritable intrigue d'espionnage centrée sur ce fameux parapluie tueur, arme qui aurait davantage sa place dans un James Bond. Même aujourd'hui, c'est encore un must dans la carrière du grand blond.




05. Casque bleu (1993)
En tant que réalisateur, Jugnot n'est jamais aussi performant que lorsque ses scénarii mêlent la comédie et le drame à doses quasi égales. Casque bleu a même tendance à basculer dans le tragique et à oublier sa condition de comédie lorsque ses personnages sont confrontés à la guerre et à la mort de façon tout sauf risible. Le film condamne cette mode des vacances à moindre coût dans des zones à risques, montrant que le jeu n'en vaut pas la chandelle et qu'une telle expérience peut bouleverser une existence quand elle ne la détruit pas. Inégal mais plutôt choc.

21 nov. 2008

MUSÉE HAUT, MUSÉE BAS

Un peu de hors-sujet : traditionnellement réservées au cinéma, ces lignes vont, une fois n'est pas coutume, parler d'autre chose. Car Musée haut, musée bas n'est pas un film : c'est juste une sinistre blague d'une heure et demie, un pur ramassis de connerie à réserver aux plus réactionnaires des réactionnaires. À l'image de ce que fait Jean-Michel Ribes dans la vie de tous les jours, c'est une succession de faux bons mots dont la trivialité n'a d'égale que la platitude, une accumulation de petites thèses bien couillonnes qui prétendent offrir un autre regard sur le monde. Le monde de l'art est ici particulièrement visé : ainsi donc, ceux qui fréquentent les musées sont soit des beaufs sans nom, soit les pires snobinards de l'univers, qui gobent sans broncher n'importe quelle arnaque qui se présente comme une oeuvre d'art. Et le ton comique (?) n'excuse pas tout : c'est bien de mépris pur et simple dont il s'agit. Que môssieur Ribes n'aime pas les musées, très bien ; qu'il crache dessus parce qu'il n'est pas capable d'apprécier ce qui se présente autrement que sous la forme d'un bête tableau, non.
Succession de sketches se répétant à l'envi, Musée haut, musée bas pratique plusieurs genres d'humour. D'abord, Ribes nous inflige dix mille maximes à la minute, transformant les "Brèves de comptoir" qu'il adapta pour la télévision en "brèves de musée". Ne leur manque que le naturel et la drôlerie, c'est-à-dire l'essentiel. Mais l'autre grand dada du monsieur, c'est le running gag. On n'en a jamais vu autant en moins de cent minutes. Encore et encore, sans jamais fléchir, une série de quatre ou cinq petits gags miteux vont se répéter sous nos yeux ébahis. Donner de grandes leçons en étant soi-même au ras des pâquerettes : il ne faut pas avoir grande fierté pour proposer un tel spectacle.
Au milieu de ce marasme, une trentaine d'acteurs connus s'emploie à défendre des textes imbitables et sans tempo, filmés par une caméra amorphe. Et c'est là que se produit le déclic. Mais, morbleu, Musée haut, musée bas n'est que la gigantesque adaptation de ces fameuses publicités pour plusieurs enseignes de banques et assurances, qui emploient tout un tas d'acteurs pour appâter le chaland (l'une de ces séries de pub s'inspire même directement de Palace, série de... Jean-Michel Ribes). Comme dans ces navrants spots télévisés, chacun vient faire sa panouille pendant cinq minutes, avant de disparaître en coulisses pour aller toucher son chèque. La différence, c'est que Musée haut, musée bas dure une heure et demie et qu'il est impossible de zapper. Le soulagement est grand lorsque, enfin, le musée disparaît littéralement sous les eaux : cette conclusion symbolique, qui boucle ce gigantesque naufrage, vient également mettre un terme à nos souffrances. À fuir absolument.
0/10
(également publié sur Écran Large)

7 nov. 2008

FAUBOURG 36

Plus de six semaines après la sortie de Faubourg 36, il fallait se pencher sur cet épineux dossier. Avec "seulement" 1,3 million d'entrées depuis le 24 septembre, le film de Christophe Barratier n'a pas réussi à rééditer le triomphe des Choristes, qui n'avait eu besoin que de 10 jours pour réaliser le même score, avant de terminer au-delà des 7 millions de tickets vendus. Un semi-échec qui rendait tout à coup le film plus intéressant. Curiosité un rien malsaine : mais pourquoi diable les spectateurs ne se sont-ils pas rués en masse dans les salles, eux qui raffolent habituellement de tout ce qui sent la naphtaline et la nostalgie ? Au vu de l'oeuvre en elle-même, la question reste ouverte.
Faubourg 36 possède absolument toutes les qualités requises pour séduire le plus grand nombre. Une reconstitution pointilleuse d'une époque marquante, des acteurs à papa, un scénario cousu de fil blanc mais cousu avec application... et même une mise en scène ambitieuse, avec mouvements de caméra complexes et tout et tout. Deux heures d'un classicisme propret et bien lisse, mais deux heures bien exécutées, avec leur lot de scènes et de personnages gentiment attachants. Rien de tel qu'un Kad Merad ou un Pierre Richard pour rendre un film irrémédiablement sympathique. Il y a même une gonzesse, jolies jambes et jolis yeux, avec une belle voix par-dessus le marché (c'est tout ce que demande Barratier à Nora Arnezeder, et elle s'acquitte de sa tache avec brio). Les agaçants yeux de cocker de Jugnot ou la fausse gouaille de Cornillac auraient dû achever de ravir le coeur des ménagères de plus ou moins 50 ans. Malheureusement, non.
Il y a en tout et pour tout deux explications plausibles au succès mitigé de Faubourg 36. Première hypothèse : gavé par les films rances de Jean Becker, Gilles Legrand et autres sous-réalisateurs, le public se serait définitivement lassé de ces films qui ne cessent de se tourner vers le passé avec moultes soupirs. Deuxième possibilité : la noirceur relative qui enveloppe le film de Barratier aurait fait fuir plus d'un spectateur. L'ambiance a beau y être souvent rigolarde, c'est majoritairement la déprime et les tracas qui rongent le quotidien de ces héros bien fatigués. Ajoutez à cela un arrière-plan vaguement social (misère et grèves, comme dans un film anglais mais sans la finesse) et une fin de film plus violente qu'il n'y paraît, et vous comprendrez peut-être pourquoi les salles n'ont pas affiché "complet". Peut-être aussi qu'il y a, dans les salles voisines, d'autres films, peut-être un peu moins bien fagotés ou intentionnés, mais tellement plus humains et émouvants que ce cinéma de papier glacé.
5/10

5 févr. 2007

L'ÎLE AUX TRÉSORS

Robert Louis Stevenson doit se retourner dans sa tombe. Sa fameuse Île au trésor vient de subir une sacrée révision, et pas vraiment pour le meilleur. "Librement piraté" du roman de l'Américain, L'île aux trésors est en effet un petit massacre, moche, ennuyeux et même pas drôle. Il y avait pourtant quelques bonnes intentions dans ce fatras : injecter dans un film familial ce qu'il faut de violence (avec cadavres à la pelle) et de mauvais esprit (des personnages affreux, sales et méchants, et même du cannibalisme). Le problème, c'est que L'île aux trésors est tellement bâclé qu'on se moque bien vite de ces intentions louables.
Mise en scène inexistante, direction d'acteurs approximative, absence totale de rythme et d'unité, manque criant de gags : on frôle le vide absolu tant l'ensemble du film est mauvais. Et c'est tout juste si l'on peut se raccrocher aux quelques sympathiques comédiens qui composent le casting. Dans le rôle du pirate le plus pourri de l'univers, Jugnot semble s'éclater mais nous oublie en route ; Jean-Paul Rouve, en roue libre, n'a pas grand chose à défendre ; quant à Alice Taglioni, elle distraiera allègrement le spectateur mâle en exhibant deux heures durant ses fiers attributs, très (mais alors très) compressés dans son corset.
C'est dire le désintérêt total provoqué par le film : on en est réduit à lorgner du début à la fin les plans suffisamment larges pour qu'Alice dévoile ses charmes. En toute fin de course, l'apparition d'un personnage bien déjanté (sorte de Robinson Crusoë en moins cool) et une vraie méchanceté dans le trait laissent entrevoir ce qu'aurait éventuellement pu être L'île aux trésors, monumental gâchis qui ferait presque passer les Pirates des Caraïbes pour d'inestimables chefs d'oeuvre.
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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