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10 oct. 2008

DE LA GUERRE

Bertrand Bonello est un excellent cinéaste, mais tout le monde peut se tromper. Tel est le bilan que l'on peut effectuer à l'issue des cent trente minutes de projection de De la guerre, son dernier film en date et le moins bon de tous. Entendons-nous bien : tout n'est pas à jeter. Déjà, il y a Mathieu Amalric, et c'est le genre de détail qui peut sauver n'importe quel sombre navet. Tour à tour rigolard et sinistre, il injecte au film ce côté lunatique et imprévisible qui constitue l'une de ses principales réussites. Les autres acteurs ne sont pas mal non plus, sauf peut-être un Guillaume Depardieu tombant la tête la première dans la caricature.
Les autres bons points sont à distribuer avec parcimonie, de même que sont distribuées les bonnes scènes sur la toile. Après un début de film intéressant (comment le héros se retrouve enfermé dans un cercueil et cherche à revivre "ça"), le film de Bonello bascule vers une sorte de folie furieuse, de méditation absconse, de transhumance trop intérieure, comme un Last days dopé aux champis moisis, et sans la mise en scène de Gus Van Sant. Il y a des scènes de transe à réveiller un mort, quelques passages tragi-comiques qui ne laisseront pas insensibles ceux qui n'ont pas quitté la salle... et puis il y a le reste. C'est-à-dire rien que de l'hystérie de base, de l'incompréhension en veux-tu en voilà, du grain à moudre offert à tous ceux qui dénigrent le cinéma d'auteur français. On se promène avec des masques d'animaux, on pratique des rituels énigmatiques, on en discute comme si c'était normal et simple à interpéter. Malgré l'humour qui parsème le film, c'est l'austérité qui prédomine, sans vraie motivation apparente. Si ce n'est celle d'esquisser un auto-portrait de Bonello, qui nomme son héros Bertrand, sème quelques indices troublants et insère même des images de Tiresia, l'une de ses oeuvres précédentes. On croit détenir la clé lorsque Laurent Lucas, qui joue Laurent Lucas, vient chercher Amalric/Bonello sur son lieu de méditation (?) en lui demandant d'arrêter de déconner et de se remettre à faire des films. Avant de sombrer de nouveau sous les coups de ce cinéma qui ne cesse de s'enrouler autour de sa propre prétention. On préférait le Bonello torturé mais sincère des films d'avant.
4/10

7 août 2008

LA SAISON DES ORPHELINS

Chaque tentative de faire du cinéma fantastique en France est à accueillir les bras grands ouverts, tant cela semble être le croix et la bannière pour monter un film de genre dans notre beau pays. Seulement voilà, La saison des orphelins ne brille que par sa maladresse et son incapacité à faire oublier un manque criant de moyens. Partant d’une situation type Les disparus de Saint-Agil, David Tardé développe une sombre histoire mêlant les pensionnaires d’un orphelinat aux prises avec une affaire de sorcellerie. Construit sur deux époques distantes de trente ans, le film révèle peu à peu des informations sur ce qui est arrivé aux orphelins, changeant ensuite de période pour montrer les conséquences du drame sur les habitants du village ainsi que les efforts du héros pour se souvenir des évènements passés. Malheureusement, ces belles intentions ne se traduisent à l’écran par rien de bien consistant, l’intrigue dévoilant sa propre vacuité à mesure que les informations nous arrivent.
Pire : la confrontation entre Laurent Lucas et Aurélien Recoing tourne au ridicule, notamment lorsque ce dernier se met à aboyer et baver comme un vulgaire cabot pour montrer sa rage. En guise de scènes d’angoisse, on doit subir pendant de longues minutes les bruits de succion d’une grand-mère aspirant sa soupe. Une fois rassasiée, elle se mettra à faire de grands gestes en traitant tout le monde de « sodomite » et autres noms d’oiseaux. Sinistre. Car s’il est évidemment difficile de faire du vrai bon fantastique lorsque le budget alloué aux effets spéciaux est réduit à zéro, cela n’excuse pas l’inanité du scénario et la pauvreté de la mise en scène – on dirait du Jean Becker. Extrêmement dispensable.
2/10
(également publié sur Écran Large)

24 juin 2008

LA CAPTURE

C’est qu’elle s’obstine, la Carole Laure. Chaque année ou presque, elle revient avec un nouveau film, se faisant un peu plus éreinter par la critique que la fois précédente. Aux grands maux les grands remèdes : la voici qui engage deux acteurs connus et appréciés (Pascale Bussières et le grand Laurent Lucas) afin de sortir du carcan « films d’auteurs voués au rebut » de ses précédents films. Si La capture n’est pas passé totalement inaperçu à sa sortie, c’est grâce à l’aura de ces deux interprètes ainsi qu’à un point de départ alléchant pour qui aime la séquestration, les règlements de comptes et la violence morale. Le film suit Rose, une jeune femme qui se met en tête de séquestrer quelques temps un géniteur qui a fait (et qui fait encore) vivre toute sa famille dans la terreur, faisant l’usage de la violence pour conserver son statut de chef de famille. Objectif : obtenir simplement quelques explications, quelques excuses, trois fois rien. Problème : être violent avec les siens (ou avec d’autres, d’ailleurs) ne peut absolument pas se justifier, et voilà cette entreprise vouée à l’échec. Il faut malheureusement une heure et demie à la réalisatrice pour parvenir à ce constat évident.
Auparavant, on aura slalomé sans cesse entre quelques moments magnifiques et beaucoup d’autres complètement grotesques. Carole Laure filme le sexe comme dans un vieux porno soft des années 70, met en scène la séquestration avec un je m’en foutisme déconcertant (que viennent donc faire dans cette galère les deux vieilles voisines de Rose ?), manie l’onirisme avec un style proprement pachydermique (ah, la scène des animaux de la ferme). Et oublie finalement de traiter son sujet, empêtrée dans toujours plus de digressions. Dommage : la jeune interprète de Rose disposait de toute l’intensité nécessaire pour transcender son beau personnage, et la description de ce père indigne était suffisamment crédible pour susciter le malaise. Mais Laure se noie dans l’auteurisme forcé et l’arty show, trop pressée d’être reconnue comme une vraie cinéaste et pas comme une ancienne actrice qui multiplie les caprices. Du coup, on a quasiment l’impression de s’être trompé de salle, de ne pas avoir vu le film attendu. Quant à Bussières et Lucas, malgré leur évidente implication dans le projet, ils sont comme absents, mal exploités par ce scénario inutilement tordu.
Arrive la fin, avec sa conclusion attendue. La capture nourrit d’autant plus les regrets que, comme d’autres scènes plus tôt dans le film, cette dernière séquence suscite une vraie émotion alors qu’elle est pourtant extrêmement prévisible. La preuve que Carole Laure a du style et que, si elle parvient à le maîtriser et à le mettre au service de scénarios plus fins, la réalisatrice canadienne a possiblement un avenir derrière la caméra.
4/10

29 mars 2008

SANS ÉTAT D'ÂME

Premier indice indiquant le degré de finesse de Sans état d'âme. Le film va parler des requins que sont les juges, les journalistes, les flics ? Banco : quelques images de requins. Très grande classe. Ce n'est évidemment rien par rapport à la nullité absolue de ce qui suit : on est captivé environ 90 secondes par une intrigue sans doute prévue pour un épisode des Cordier juge et flic mais refusée par TF1 car risquant de faire baisser le niveau de la série. Ensuite, on peut s'amuser à pratiquer ce bon vieux jeu de "devine quelle sera la prochaine scène". Et ne gagner qu'une fois sur deux : à de nombreuses reprises, le scénario Sans état d'âme plonge si abruptement dans la bêtise qu'il devient difficile de le suivre.
Le premier film de Vincenzo Marano va toujours plus loin dans le cliché, le vulgaire, le pathétique, avec un jusqu'auboutisme franchement énervant. Le pire, c'est que les trois (!) scénaristes semblent être persuadés de bout en bout de la finesse totale de leur œuvre. Difficile de choisir la scène la plus explicitement indigente : ce dîner chez les grands bourgeois pour montrer que l'argent ne fait pas le bonheur ? le face-à-face Frémont-Lucas dans un vestiaire de salle de sport pour augmenter le taux de testostérone du film et faire dans la révélation tonitruante ? ou Hélène de Fougerolles observant sa nouvelle amie pute se taper un étalon italien avant de lui confesser son excitation ? Le choix est délicat.
Non, le grand gagnant, c'est décidément l'intégralité de ce Sans état d'âme qui voudrait tant mêler Lumet et Verhoeven mais échoue pitoyablement sans tous les registres. Même le triangle amoureux (la pute aime le juge qui se ferait bien la journaliste qui elle-même vibre pour la pute) est complètement foireux, la plastique de Candice Hugo ne parvenant même plus à rallumer la flamme d'un spectateur qui s'est tailladé les veines depuis longtemps. Directeur de la photo de formation, Marano ferait mieux de retourner à ses premières amours plutôt que de persévérer dans un métier clairement pas fait pour lui.
0/10
(également publié sur Écran Large)

12 mars 2007

CONTRE-ENQUÊTE

Difficile de parler de Contre-enquête sans trahir le principal. Cette première phrase elle-même est peut-être déjà de trop. Contre-enquête ressemble typiquement à un film policier français. Pas de superflics, juste des types comme vous et moi, avec une famille et des états d'âme. Bien qu'il soit policier, le héros du film (Jean Dujardin, passe-partout donc idéal) est d'abord un père de famille, ce que ne fait que renforcer l'avancée du film. Lorsque l'homme condamné pour le meurtre de sa fille lui écrit pour lui jurer son innocence, il va tout faire pour rouvrir le dossier et trouver le vrai coupable.
Bien filmé, Contre-enquête souffre d'un déroulement un peu trop planplan, façon fiction policière du vendredi soir. Sauf qu'en considérant le film dans sa totalité, en le mastiquant pour bien le digérer, il s'avère que le film vaut mieux que cela. La monotonie du milieu du film finissant par s'autojustifier, on aurait presque tendance à l'excuser. Contre-enquête bénéficie en tout cas d'un casting fort en gueules, et surtout d'un très grand acteur, Laurent Lucas, qui promène son regard bleu tordu de film en film, semant le malaise comme d'autres les miettes de pain. Il donne à son personnage, faux coupable ambigu, une profondeur insensée et un visage franchement effrayant.
On n'en dira pas plus : critiquer Contre-enquête, c'est nuire au fonctionnement d'un divertissement de bonne facture qui gagne à être découvert sans préjugé ni information supplémentaire.
6/10

30 mai 2006

DE PARTICULIER À PARTICULIER

Au cinéma, il n'y a rien de meilleur que le mystère et l'invisible. Rien de plus délicieux que le hors-champ, l'ellipse, ce qui se passe pendant que personne ne filme. Ceux que ça fait rire n'ont rien compris.
Partant de ce principe, Brice Cauvin à réalisé De particulier à particulier, un film vraiment mystérieux et complètement inclassable. L'histoire? Boarf : au dernier moment, un couple décide de ne pas partir à Venise, mais les photos qu'ils font développer peu après montrent ce qu'il faut de gondoles et de pontons, comme s'ils y étaient vraiment allés... A partir de là, De particulier à particulier pouvait basculer dans le drame intimiste, le thriller psychologique, la dérive lynchéenne, ou que sais-je encore. Mais non : souhaitant à tout prix conserver sur son film un voile opaque fait de mystère et d'incompréhension, Cauvin enchaine les scènes sans logique apparente. Modèle visible : susciter l'inquiétude et le malaise comme dans un bon Polanski. Sauf qu'à vouloir tout suggérer, le réalisateur oublie de faire son film. Et rien ne se passe, ni à l'écran, ni dans nos crânes. Qu'il nous emmène en Syrie ou nous parle de grossesse nerveuse, le film ne parvient pas à surprendre, tant on s'est préparés à voir n'importe quoi. Et du n'importe quoi pas très bien filmé, qui plus est : des gros plans fixes à la torpeur assez ennuyeuse.
Heureusement, comme d'habitude, Laurent Lucas et Hélène Fillières sont fantastiques, et nous distraient suffisamment pour qu'on oublie le côté totalement vain d'un film qui aurait voulu être particulier mais qui finit par n'être que banal.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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