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7 févr. 2008

JUNO

Il en faut peu pour être heureux. Juno est un faux petit film, de ceux qui n'ont l'air de rien mais parviennent à vous chavirer la tête en moins de temps qu'il n'en faut pour tomber enceinte. Voilà en tout cas l'éclatante confirmation ce que l'on avait pressenti avec Thank you for smoking : Jason Reitman est nettement plus doué que son papa. Un paternel qui, au milieu du ventre mou qui lui sert de filmographie, avait lui aussi parlé de gestation et de parturition (quand j'utilise ce mot, je me sens savant) dans Junior, comédie lourdaude avec un Schwarzie enceint jusqu'aux dents (doivent bien se marrer, en Californie). C'est un tout autre traitement qui nous est proposé ici, moins proche de la franche gaudriole que de ce côté mélancolicodrôlatique qu'affectionnent particulièrement des artistes comme Wes Anderson ou Daniel Clowes.
Si tout est bon dans Juno, le scénario est clairement le moteur numéro un de cette réussite. Diablo Cody a bien fait d'arrêter le téléphone rose et de devenir auteur ; d'ailleurs, elle a sans doute puisé dans le premier métier quelques armes destinées à devenir des atouts dans le second. Dès le départ, elle évite consciencieusement les mille et un passages obligés inhérents à ce genre d'intrigue : pas de pleurnicheries ni de psychologie de bazar. Juno a 16 ans, elle est enceinte... et alors ? Cet évènement exceptionnel est traité avec un détachement rigolard qui séduit d'emblée. Tout comme le personnage-titre du film, cette ado craquante et déterminée qui promène sa moue et son petit bidon comme si de rien n'était, vivant sa vie avec une décontraction assez salvatrice. Si l'on avait quelques années de moins, Juno serait évidemment cette meilleure amie rêvée, celle avec qui on monte un petit groupe de rock avant de tomber inexorablement amoureux. Derrière un sujet apparemment plus destiné aux jeunes, Juno est clairement un film pour semi-vieux, qui déroule une nostalgie lancinante mais pas plombante, qui nous donne simplement envie de régresser un peu et de se prendre un peu moins au sérieux.
Une demi-douzaine de seconds rôles étonnants (de Michael Cera à Jason Bateman, ils sont tous admirables) vient compléter l'univers de cette Juno si singulière, à qui Ellen Page prête sa nonchalance piquante avec une facilité déconcertante. Dès les premiers plans du film, un bidon de jus d'orange à la main, elle s'impose comme une rare évidence. Cette coolitude même pas forcée est contrebalancée par la rigidité inquiète du personnage de Jennifer Garner, idée de génie de la scénariste, qui a compilé dans une seule femme toutes les craintes que l'on pouvait éprouver à propos du film. Cette Vanessa est coincée, angoissée, torturée, étouffante ; c'est la parfaite soupape de sécurité d'un film qui n'a dès lors qu'à dérouler sa force tranquille. Jusqu'à une fin pleine de bons sentiments parfaitement digestes car traités avec une vraie finesse par Reitman. Le long plan qui clôt Juno, modeste et musical, est en cela révélateur de l'ambition même du film : prôner la simplicité et la modestie pour mieux se concentrer sur ce qui devrait faire tout le sel de nos vies trop compliquées. On sort avec un grand sourire, apaisé, séduit et marqué au fer rouge par ce film vachement chouette.
9/10

5 nov. 2007

LE ROYAUME

Réalisateur encore jeune, Peter Berg est le genre de mec capable de tout. Traverser des genres et des univers diamétralement opposés. Réaliser un très bon film puis un gros navet. C'est dire si du Royaume avait un délicieux parfum de doute : alors, du lard ou du cochon? Du bourrin idéologiquement limite ou du politique à neurones? On se situe assurément entre les deux, mais les points positifs l'emportent assez largement sur les quelques défauts assez pardonnables du film.
Le fan d'action pure ou l'admirateur des fabuleux Fils de l'homme pourront être un brin déçus par le léger manque d'adrénaline du film de Berg. Ce n'est pas que les scènes d'action soient ratées, mais on sent bien que la tension n'est pas à son paroxysme, que l'on aurait pu aller plus loin dans la paranoia et la terreur. Car c'est l'un des questionnements principaux du film : comment combattre des adversaires qui se moquent bien de mourir? Que faire pour contraindre les kamikazes à ne pas se faire exploser? S'il y avait des solutions toutes faites, cela se saurait ; mais il y avait au moins moyen de faire vivre pleinement les craintes permanentes des protagonistes du film.
Plus tactique que politique, Le royaume ne s'encombre pas d'un propos sociologique important, se souciant davantage des méthodes employées par les agents du FBI pour pousser plus loin leurs enquêtes, mieux comprendre qui sont leurs adversaires et pourquoi, cerner les motivations et les craintes de chacun. C'est dans cette approche très humaine que le film trouve sa voie, notamment à travers deux personnages de militaires saoudiens présents pour aider les forces américaines. Leur destin et leur traitement fait un peu penser aux thématiques favorites d'Edward Zwick, roi du divertissement vaguement politique, mais surtout peintre des relations entre les peuples à travers une histoire d'amitié forte et inarrêtable.
Et puis il y a cette fin, et ces quelques répliques en l'air qui pourraient bien tout remettre en question. Le royaume n'a rien d'un film shyamalanesque mais gagne sans doute à être revu, la seconde vision apportant certainement un point de vue légèrement décalé et absolument indispensable. Peter Berg a en tout cas réussi son pari dans les grandes lignes, faisant du Royaume un divertissement pas idiot, pas de ceux que l'on balance aux oubliettes après les avoir vus.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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