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31 juil. 2009

SILVER CITY

Saluons l'incroyable courage des distributeurs de Silver city, qui le sortent en plein été, dans une seule salle, plus de quatre ans après sa réalisation, et surtout des mois après le départ de George W. Bush du poste de président de l'univers. Impossible de nier le fait que la prestation de Chris Cooper en politicard est totalement calquée sur la personnalité du prédécesseur de Barack Obama, dans ses maladresses touchantes comme dans ses nombreux excès. Il est d'autant plus dommage de le sortir après la bataille, quand le mimétisme a perdu de sa saveur.
L'idée de John Sayles n'est pourtant pas de tailler un short à l'administration Bush, mais d'engager une série de portraits croisés en se basant sur une intrigue de thriller politique. Silver city démarre fort, comme chez Altman ou dans Bob Roberts : tournant un spot de publicité au bord d'une rivière, le politicien joué par Cooper voit soudain arriver à ses pieds un cadavre porté par le courant. D'où une enquête menée par un détective privé (le vrai personnage principal du film) et destiné à mettre à jour une éventuelle conspiration. Assez intelligemment, Sayles va mettre son grain de sel dans tout un tas de groupuscules plus ou moins douteux (plutôt plus que moins), allant même jusqu'aux milieux d'extrême droite. L'occasion de dresser une peinture exhaustive et assez parlante du paysage politique américain d'aujourd'hui.
Côté film politique, le film ne va malheureusement pas plus loin, se concentrant de plus en plus sur la personnalité du détective privé, lequel est tiraillé par un dilemme moral qui l'accapare. Incarné avec malice par Danny Huston, il n'est pas inintéressant mais fait malheureusement perdre le fil, trop présent pour ne pas couler l'intrigue politico-policière. Même remarque pour les nombreux seconds rôles, confiés pour la plupart à des acteurs sympathiques et devenus rares (oh ! Daryl Hannah !) : ils tendent à diluer le message d'un film partant dans toutes les directions, ni assea acide ni assez introspectif pour réellement convaincre. Souvent employé comme script doctor (sans doute plus souvent qu'on ne le croit), John Sayles aurait cette fois eu besoin d'un petit coup de main afin de resserrer son script et de le rendre ainsi plus passionnant. En l'état, Silver city n'est pas déshonorant mais se situe tout de même loin des plus grandes réussites d'un réalisateur souvent brillant.




Silver city de John Sayles. 2h09. Sortie : 22/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

30 sept. 2008

MARRIED LIFE

Marivaudages, coucheries et trahisons : c'est grosso modo le menu proposé par Married life, vaudeville simplissime et pas loin d'être simplet. On a déjà vues toutes les situations présentées dans les films de Woody Allen, par exemple, mais avec en plus de l'esprit, de l'humour, et un sens de la perversité que n'a visiblement pas Ira Sachs. Optant pour une approche obstinément flegmatique, le réalisateur-scénariste s'engonce rapidement dans une posture coincée et franchement chiante. La routine et l'ennui de ces personnages sans épaisseur sont communicatives, et l'on espère longtemps que cette mécanique trop bien huilée va soudain prendre vie et tout emporter sous son passage.
On y croit même franchement pendant un moment, le temps que le "héros" (Chris Cooper, qui semble s'autoparodier dans le rôle du type le plus rigide de la bande) réfléchisse à l'éventualité de dézinguer sa femme pour faciliter son départ avec une jeunette. Qu’on se rassure : il se ravisera bien vite, permettant à chacun de retomber dans sa léthargie. Rien ne viendra plus perturber ce non-rythme, et surtout pas l’inévitable leçon de morale finale, qui nous montre que l’adultère c’est mal – sauf si on est jeune et séduisant. Seule l’intéressante mais méconnue Patricia Clarkson peut valoir à elle seule un petit crochet par les quelques salles qui diffusent Married life ; sinon, on peut aussi rester chez soi, au chaud avec un bon livre, histoire d’apprécier son propre train-train au lieu d’aller s’emmerder devant celui des autres.
4/10

28 nov. 2007

AGENT DOUBLE

Utiliser les codes du film d'espionnage pour réinventer le drame : c'est le pari osé par Billy Ray, qui relève le défi haut la main. Agent double est un film ambitieux et éblouissant, le face-à-face de deux hommes dont le seul point commun est qu'ils passent copieusement à côté de leurs vies. La trame est classique : un jeune blanc-bec est chargé malgré lui de surveiller les faits et gestes d'un ponte du FBI suspecté d'être un agent double à la solde de l'URSS. Sur de point de départ, Ray brode un canevas à la fois minimaliste et universel, la lutte à demi-mots des deux hommes pouvant être vue comme le révélateur de la perversité humaine.
Agent double fait penser aux meilleurs romans de John Le Carré, l'épure en plus. On quitte très rarement les bureaux du FBI, la violence est plus morale que physique, et les scènes les plus haletantes sont celles où le héros doit subtiliser un document et le ranger dans la bonne pochette. Ce minimalisme doit sa réussite au charisme des interprètes. Ryan Phillippe est étonnant en jeune agent, confirmant film après film qu'il vaut mieux que ses débuts dans des teen-movies peu recommandables. Mais la vraie attraction du film, c'est Chris Cooper, absolument prodigieux dans le rôle-titre. Il donne à son personnage, un agent tatillon, exigeant, impressionnant et dangereux, une dimension supérieure. Sans lui, le film n'aurait probablement pas eu le même intérêt.
Si cette affaire de traîtrise est évidemment au coeur du film, c'est pour mieux embrasser les destins étonnants de ces hommes de l'ombre (intègres ou non). Des individus prêts à mettre leur vie de côté pour servir leur pays, comme si la vie n'était pas assez courte. On sent la tristesse poindre à chaque instant dans les regards des personnages. Un spleen latent qui participe à la réussite d'un film passionnant, dense et singulier. Étonnant de la part d'un réalisateur qui s'était contenté jusque là d'écrire beaucoup de très mauvais scénarios (de Color of night à Volcano).
8/10

5 nov. 2007

LE ROYAUME

Réalisateur encore jeune, Peter Berg est le genre de mec capable de tout. Traverser des genres et des univers diamétralement opposés. Réaliser un très bon film puis un gros navet. C'est dire si du Royaume avait un délicieux parfum de doute : alors, du lard ou du cochon? Du bourrin idéologiquement limite ou du politique à neurones? On se situe assurément entre les deux, mais les points positifs l'emportent assez largement sur les quelques défauts assez pardonnables du film.
Le fan d'action pure ou l'admirateur des fabuleux Fils de l'homme pourront être un brin déçus par le léger manque d'adrénaline du film de Berg. Ce n'est pas que les scènes d'action soient ratées, mais on sent bien que la tension n'est pas à son paroxysme, que l'on aurait pu aller plus loin dans la paranoia et la terreur. Car c'est l'un des questionnements principaux du film : comment combattre des adversaires qui se moquent bien de mourir? Que faire pour contraindre les kamikazes à ne pas se faire exploser? S'il y avait des solutions toutes faites, cela se saurait ; mais il y avait au moins moyen de faire vivre pleinement les craintes permanentes des protagonistes du film.
Plus tactique que politique, Le royaume ne s'encombre pas d'un propos sociologique important, se souciant davantage des méthodes employées par les agents du FBI pour pousser plus loin leurs enquêtes, mieux comprendre qui sont leurs adversaires et pourquoi, cerner les motivations et les craintes de chacun. C'est dans cette approche très humaine que le film trouve sa voie, notamment à travers deux personnages de militaires saoudiens présents pour aider les forces américaines. Leur destin et leur traitement fait un peu penser aux thématiques favorites d'Edward Zwick, roi du divertissement vaguement politique, mais surtout peintre des relations entre les peuples à travers une histoire d'amitié forte et inarrêtable.
Et puis il y a cette fin, et ces quelques répliques en l'air qui pourraient bien tout remettre en question. Le royaume n'a rien d'un film shyamalanesque mais gagne sans doute à être revu, la seconde vision apportant certainement un point de vue légèrement décalé et absolument indispensable. Peter Berg a en tout cas réussi son pari dans les grandes lignes, faisant du Royaume un divertissement pas idiot, pas de ceux que l'on balance aux oubliettes après les avoir vus.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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