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23 août 2009

L'AN 1 : DES DÉBUTS DIFFICILES

Aux États-Unis, L'an 1 a fait un bide. En France, les distributeurs lui ont à peine donner la possibilité d'exister. Ça donnait d'autant plus envie de voir de quoi était fait le dernier bébé de Harold Ramis, génial réalisateur d'Un jour sans fin dont la carrière compte cependant plus de gentils ratages que de franches réussites. La conclusion arrive bien vite : s'il n'y avait l'abattage de quelques-uns de ses interprètes, L'an 1 ne serait pas loin du gros navet, ou en tout cas tout près du direct-to-DVD. C'est un film qui peine non seulement à justifier sa propre existence, mais qui de plus a une fâcheuse tendance à ne pas s'assumer. D'où un résultat tristoune, peu engageant, et terriblement décevant étant donné son casting imparable.
Démarrant dans la forêt à l'époque où chasse et cueillette étaient les deux seuls jobs au monde, L'an 1 se terminera dans des contrées nettement plus reculées, à savoir Sodome (et Gomorrhe). L'occasion de revisiter quelques fameuses scènes remontant aux origines du monde, notamment celles consignées dans les évangiles, mais évidemment retaillées façon comédie. Mais le film ne trouve jamais son ton, hésitant sans arrêt entre parodie et burlesque, absurde et commedia dell'arte, Monty Python et Robins des Bois. On ne sait jamais sur quel pied danser et c'est l'agacement qui l'emporte, au gré de répliques parfois percutantes mais basculant souvent dans une provocation gratuite mais pas cinglante. Le rythme pâtit particulièrement de l'absence de structure du récit, qui n'est pas tout à fait un film à sketches, mais qui n'est pas vraiment le contraire non plus. Et l'on se souvient d'un Endiablé réalisé par Ramis il y a pas loin de dix ans, et qui souffrait exactement des mêmes maux... ainsi que de la lourdeur de Brendan Fraser.
Toute la différence se trouve dans l'interprétation : Michael Cera est impeccable dans la peau de la victime perpétuelle, rompant avec son statut de gentil boy next door pour se muer en une ridicule carpette aux cheveux longs. Mais le plus renversant n'est autre que monsieur Jack Black, dont les oeillades incessantes ne nous lasseront jamais, et qui a fait sa spécialité d'un langage corporel tout en rondeurs et en trémoussements. Ils sont idéalement épaulés par une poignée de seconds rôles rattachés de plus ou moins près à l'écurie Apatow (Paul Rudd, David Cross, Christopher Mintz-Plasse) et par un Vinnie Jones de plus en plus savoureux, alliant effroi et second degré avec une conviction fort naturelle. Lorsqu'au milieu du film tout ce petit monde se retrouve à Sodome et tente de cohabiter, le film démarre enfin ; l'intrigue segmentée empêche malheureusement la mayonnaise de prendre durablement, mais le plaisir pris par les acteurs à déambuler en peau de bête ou intégralement peints en or est forcément communicatif, faisant oublier le côté globalement poussif de ce tout petit An 1 qui ne fera pas date dans l'histoire de l'humanité.




L'an 1 : des débuts difficiles (Year one) de Harold Ramis. 1h27. Sortie : 12/08/2009.
Autre critique sur Une dernière séance ?

18 mars 2009

UNE NUIT À NEW YORK

Annonçant d'emblée son affection pour les playlists et les compils, proposant un générique flashy et bricolé, Une nuit à New York (Nick and Norah's infinite playlist était pourtant le plus beau titre de la terre entière) est droit dans ses baskets, se présentant comme un condensé de pop culture, petit cousin de Juno en plus fauché mais aussi en moins calculateur et agaçant (ce que n'est pas du tout le film de Jason Reitman, mais il faut bien brosser ses détracteurs dans le sens du poil). Et c'est partie pour une virée nocturne dans un New York branché, à la recherche d'un mystérieux rock band nommé Where is Fluffy, qui annonce ses concerts par le biais de jeux de piste. Soit tout pour satisfaire l'ado qui sommeille en nous, celui qui squattait chez le disquaire pendant des heures à la recherche de la dernière perle méconnue ou de l'édition collector d'un album figurant déjà dans sa discothèque.
Tout est dit : à mi-chemin entre John Hughes et Jason Reitman, mais avec une sacrée louche de Sundance en plus, Nick & Norah's infinite playlist (on ne s'en lasse pas) est un petit régal, d'autant que son esprit pop joyeusement mélancolique s'accompagne d'une histoire d'amour dont la beauté réside pour une fois dans son aspect totalement prévisible. On le sait bien, que Nick et Norah vont finir par s'aimer, s'aimer très fort, que ce soit pour la nuit ou pour la vie. Mais eux aussi le savent, et le caractère inexorable de cet amour à venir a quelque chose de follement grisant, ramenant chacun à ses émois d'adolescent.
Le point faible du film, c'est malheureusement sa tendance à la digression, le scénario déviant parfois vers des histoires secondaires moins exaltantes. Bien que cela donne lieu à quelques scènes assez drôles, on se moque un peu de voir une amie de Norah, complètement bourrée, déambuler dans la ville à la recherche de ses potes et multiplier les embûches. Cela empêche certainement Nick & Norah's infinite playlist (allez, c'était la dernière fois) de devenir complètement magique, d'être LE film indé romantique du début de siècle, LE petit objet pouvant devenir complètement culte dans quelques années. Mais, grâce à un Michael Cera toujours aussi aérien et à une Kat Dennings singulière comme il faut, c'est tout de même un vrai petit délice, à consommer sans modération avant d'aller s'acheter la bande originale (une BO contenant un titre des Shout out louds est forcément une bonne BO).
7/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

7 févr. 2008

JUNO

Il en faut peu pour être heureux. Juno est un faux petit film, de ceux qui n'ont l'air de rien mais parviennent à vous chavirer la tête en moins de temps qu'il n'en faut pour tomber enceinte. Voilà en tout cas l'éclatante confirmation ce que l'on avait pressenti avec Thank you for smoking : Jason Reitman est nettement plus doué que son papa. Un paternel qui, au milieu du ventre mou qui lui sert de filmographie, avait lui aussi parlé de gestation et de parturition (quand j'utilise ce mot, je me sens savant) dans Junior, comédie lourdaude avec un Schwarzie enceint jusqu'aux dents (doivent bien se marrer, en Californie). C'est un tout autre traitement qui nous est proposé ici, moins proche de la franche gaudriole que de ce côté mélancolicodrôlatique qu'affectionnent particulièrement des artistes comme Wes Anderson ou Daniel Clowes.
Si tout est bon dans Juno, le scénario est clairement le moteur numéro un de cette réussite. Diablo Cody a bien fait d'arrêter le téléphone rose et de devenir auteur ; d'ailleurs, elle a sans doute puisé dans le premier métier quelques armes destinées à devenir des atouts dans le second. Dès le départ, elle évite consciencieusement les mille et un passages obligés inhérents à ce genre d'intrigue : pas de pleurnicheries ni de psychologie de bazar. Juno a 16 ans, elle est enceinte... et alors ? Cet évènement exceptionnel est traité avec un détachement rigolard qui séduit d'emblée. Tout comme le personnage-titre du film, cette ado craquante et déterminée qui promène sa moue et son petit bidon comme si de rien n'était, vivant sa vie avec une décontraction assez salvatrice. Si l'on avait quelques années de moins, Juno serait évidemment cette meilleure amie rêvée, celle avec qui on monte un petit groupe de rock avant de tomber inexorablement amoureux. Derrière un sujet apparemment plus destiné aux jeunes, Juno est clairement un film pour semi-vieux, qui déroule une nostalgie lancinante mais pas plombante, qui nous donne simplement envie de régresser un peu et de se prendre un peu moins au sérieux.
Une demi-douzaine de seconds rôles étonnants (de Michael Cera à Jason Bateman, ils sont tous admirables) vient compléter l'univers de cette Juno si singulière, à qui Ellen Page prête sa nonchalance piquante avec une facilité déconcertante. Dès les premiers plans du film, un bidon de jus d'orange à la main, elle s'impose comme une rare évidence. Cette coolitude même pas forcée est contrebalancée par la rigidité inquiète du personnage de Jennifer Garner, idée de génie de la scénariste, qui a compilé dans une seule femme toutes les craintes que l'on pouvait éprouver à propos du film. Cette Vanessa est coincée, angoissée, torturée, étouffante ; c'est la parfaite soupape de sécurité d'un film qui n'a dès lors qu'à dérouler sa force tranquille. Jusqu'à une fin pleine de bons sentiments parfaitement digestes car traités avec une vraie finesse par Reitman. Le long plan qui clôt Juno, modeste et musical, est en cela révélateur de l'ambition même du film : prôner la simplicité et la modestie pour mieux se concentrer sur ce qui devrait faire tout le sel de nos vies trop compliquées. On sort avec un grand sourire, apaisé, séduit et marqué au fer rouge par ce film vachement chouette.
9/10

12 nov. 2007

SUPERGRAVE

Après la vie sexuelle des quadras (40 ans, toujours puceau), puis à la pré-paternité (En cloque), la bande à Judd Apatow (soit Seth Rogen et Evan Goldberg) poursuit sa délicieuse régression au pays des hormones. Réalisé par le trop rare Greg Mottola, SuperGrave s'intéresse de près à trois ados un peu obsédés, mais surtout troublés et inquiets à l'idée de passer, disons, à la vitesse supérieure. Ils cachent cette peur panique derrière une coolitude forcée, une grossièreté de tous les instants ou un romantisme forcené ; en tout cas, leurs comportements radicalement différents les embarquent tous les trois dans des aventures plus ou moins improbables, mais d'une considérable drôlerie.
C'est d'abord par ses dialogues que SuperGrave fait mouche, le film utilisant un langage bien graveleux mais également très imaginatif, c'est-à-dire légèrement plus futé que dans un sketch de Jean-Marie Bigard (que je cite un peu trop en ce moment, alors qu'il y a quand même bien pire que son humour de fin de banquet). Le début du film est tout bonnement ) à pisser de rire. Quant aux situations proposées, elles sont souvent cocasses, mais on sent aussi qu'elles ont été bâties de façon à garder ce côté légèrement déprimant, à la façon des Ferris Bueller et autres teen movies d'antan (et de qualité). C'est notamment le cas de la conclusion du film, plus touchante qu'hilarante, qui baigne dans une pudeur délicate et un climat de spleen encore plus réussi que dans les deux films d'Apatow. Parfaitement en phase avec les mentalités de nos jeunes (et de nous, pas tout à fait vieux mais plus vraiment ados quand même), le film est à la fois un divertissement imparable et un document sociologique que l'on devrait conseiller à tous les parents du monde. Dans la peau de nos trois ados, le trio d'acteurs vaut le détour, et nul doute que s'ils ne s'obstinent pas à jouer dans de pâles copies de ce SuperGrave, on risque de parler d'eux fort longtemps.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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