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5 nov. 2007

LE ROYAUME

Réalisateur encore jeune, Peter Berg est le genre de mec capable de tout. Traverser des genres et des univers diamétralement opposés. Réaliser un très bon film puis un gros navet. C'est dire si du Royaume avait un délicieux parfum de doute : alors, du lard ou du cochon? Du bourrin idéologiquement limite ou du politique à neurones? On se situe assurément entre les deux, mais les points positifs l'emportent assez largement sur les quelques défauts assez pardonnables du film.
Le fan d'action pure ou l'admirateur des fabuleux Fils de l'homme pourront être un brin déçus par le léger manque d'adrénaline du film de Berg. Ce n'est pas que les scènes d'action soient ratées, mais on sent bien que la tension n'est pas à son paroxysme, que l'on aurait pu aller plus loin dans la paranoia et la terreur. Car c'est l'un des questionnements principaux du film : comment combattre des adversaires qui se moquent bien de mourir? Que faire pour contraindre les kamikazes à ne pas se faire exploser? S'il y avait des solutions toutes faites, cela se saurait ; mais il y avait au moins moyen de faire vivre pleinement les craintes permanentes des protagonistes du film.
Plus tactique que politique, Le royaume ne s'encombre pas d'un propos sociologique important, se souciant davantage des méthodes employées par les agents du FBI pour pousser plus loin leurs enquêtes, mieux comprendre qui sont leurs adversaires et pourquoi, cerner les motivations et les craintes de chacun. C'est dans cette approche très humaine que le film trouve sa voie, notamment à travers deux personnages de militaires saoudiens présents pour aider les forces américaines. Leur destin et leur traitement fait un peu penser aux thématiques favorites d'Edward Zwick, roi du divertissement vaguement politique, mais surtout peintre des relations entre les peuples à travers une histoire d'amitié forte et inarrêtable.
Et puis il y a cette fin, et ces quelques répliques en l'air qui pourraient bien tout remettre en question. Le royaume n'a rien d'un film shyamalanesque mais gagne sans doute à être revu, la seconde vision apportant certainement un point de vue légèrement décalé et absolument indispensable. Peter Berg a en tout cas réussi son pari dans les grandes lignes, faisant du Royaume un divertissement pas idiot, pas de ceux que l'on balance aux oubliettes après les avoir vus.
7/10

4 mars 2007

DREAMGIRLS

Une tisane sans sucre. Une glace sans gavotte. Une soirée disco sans YMCA. Voilà à peu près à quoi ressemble Dreamgirls, monument de fadeur, enchaînement de chansons molles auquel manque (entre autres choses) un peu de passion.
Au début, on serait presque content : c'est l'un des rares biopics qui ne débute pas par une longue complainte autour d'une enfance malheureuse. On déchante bien rapidement : personnages sans épaisseur, chansons nullottes, interprètes qui gueulent plus qu'autre chose... Cent trente minutes, ça dure.
Entre deux chansons, Bill Condon tente d'ébaucher un propos foutrement original : le monde de la musique est impitoyable, la chanson, c'est dur, les gens, c'est méchant. Heureusement, après chaque crpage de chignon, on se réconcilie en chansons. "Nous sommes une famille, liés comme les branches d'un arbre, tralala", dit l'une d'entre elles, aussi consensuele que les autres. Un problème parmi d'autres : Dreamgirls étant simplement "inspiré" de personnages ayant existé (Diana Ross et les Supremes, James Brown, Little Richard et compagnie), les chansons du film sont des créations "originales" qui souffrent de la comparaison avec les standards qui ont fait le succès des "vraies" stars.
Quand elles ont fini de hurler en musique, Jennifer Hudson (scandaleusement oscarisée à la place d'Abigail Breslin) et ses amies hurlent en vrai. Si ça n'apporte strictement rien au film, ça a au moins le mérite d'empêcher le spectateur de sombrer dans le coma (j'ai quand même piqué du nez). Beyoncé a beau être mignonette, elle n'est ici pas plus expressive qu'une poupée de porcelaine. Seul Eddie Murphy apporte un brin de folie au film, tant lorsqu'il chante (son rap est le meilleur moment du film) que lorsqu'il fait son show en privé. Pour le reste, l'ennuyeux Bill Condon se contente de filmer platement des personnages sans saveur, comme dans une compilation des meilleurs clips des Poetic Lover.
3/10

19 août 2006

MIAMI VICE - DEUX FLICS À MIAMI

Est-ce parce qu'on en attendait trop? Ou parce que Michael Mann vieillit mal? Toujours est-il que Miami Vice est une peite déception. Malgré sa maîtrise technique de la vidéo, Mann peine à construire un univers solide et crédible capable d'impliquer totalement le spectateur. On devrait trembler sur son siège de peur que les agents infiltrés soient démasqués et butés aussitôt, mais bizarrement, on s'en moque un peu. On a l'impression de voir une bande de gosses jouer aux gendarmes et aux voleurs dans une cour de récré à 200 millions de dollars. Rien de plus.
L'objectif du scénario de Mann semble être de se focaliser sur les rapports entre les personnages et la difficulté de mener un double jeu (surtout quand on tombe amoureux d'une trafiquante). Mais tout cela manque de tripes et de corps. Pour faire dans le Manoukian, ça sent trop la savonnette et pas assez la foufoune. Il n'y a qu'à voir les scènes de sexe, timorées et mal mises en valeur par des musiques de supermarché (d'une manière générale, la bande originale est affreuse).
Paradoxalement, c'est quand ça pète que Miami Vice devient intéressant. Un concentré de violence froide qui arrive malheureusement trop tard. Mais cette dernière demi-heure est quasi jouissive : les balles sifflent et ça défouraille sec. Là, on retrouve le Mann que l'on aime, celui qui avait su captiver son monde dans Collateral.
Au petit jeu de la comparaison entre les deux films, Miami Vice sort perdant. Dans Collateral, Mann avait su capter une ambiance, celle de la nuit de Los Angeles, moite et haletante. En comparaison, les vapeurs de Miami et La Havane semblent bien fadasses, avec une foultitude de plans-clichés indignes de leur metteur en scène.
On serait bien en peine d'évaluer le jeu des comédiens, tant leur temps d'apparition à l'écran semble bizarrement minuscule. Cinéaste architecte, Mann s'est une nouvelle fois pris d'intérêt pour les bâtiments en tous genres, mais en a oublié de coller à ses personnages. Ni bon ni mauvais, Miami Vice est un coup d'épée dans l'eau qui mine le moral en montrant que la technique peut parfois annihiler toute émotion.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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