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28 oct. 2008

ROCKNROLLA

De film en film, Guy Ritchie a su imposer son style et se faire un nom. Bientôt, il pourrait même devenir un adjectif. Ritchien, adj. : caractérise un film se distinguant par une logorrhée abrutissante et des situations imbéciles ou déjà vues. Ce qui pouvait à la rigueur amuser dans Arnaques, crimes et botanique ou même Snatch est désormais complètement insupportable. D’un postulat trop classique (deux branques se mettent en quatre pour rembourser un gros bonnet), Ritchie tire un film éreintant à force de bavardages ininterrompus. Imaginez une heure cinquante-quatre d’un blabla même pas bien écrit par un auteur persuadé qu’il est le nouveau génie du dialogue, quelque part entre Tarantino et Audiard. L’horreur.
Si l’on a presque envie d’être indulgent avec Rocknrolla, c’est simplement parce qu’il est quand même moins affligeant que le surréaliste Revolver, hallucinant condensé de nullité philosophico-filmique. Le film est mauvais, mais complètement inoffensif, copie quasiment conforme des deux premiers Ritchie. Comme toujours, il multiplie les personnages jusqu’à saturation, donnant au final l’impression de les avoir à peine effleurés (si bien qu’on se fout totalement de leur mort éventuelle). Les tortures débiles et les McGuffin sans intérêt font également partie de ses obsessions. Et pas question d’être original : par exemple, le caïd (bien) joué par Tom Wilkinson rappelle trait pour trait celui qui donnait ses ennemis aux cochons dans Snatch.
Rocknrolla est typiquement le genre de film qu’un ado sur deux a envie d’écrire lorsqu’il commence à découvrir le cinéma : sur le papier, c’est fun, y a de la gonzesse, du bling-bling, de la violence froide (à sauver, une course-poursuite avec deux russes indestructibles) et de l’humour décalé. À 40 ans tout pile, Guy Ritchie devrait peut-être songer à devenir adulte, et à se lancer dans des projets un peu moins puérils. Sherlock Holmes, qu’il tourne actuellement avec Robert Downey Jr., donnera-t-il un sens plus noble à l’adjectif ritchien ? Pas sûr, d’autant que le générique de fin de Rocknrolla annonce une suite encore plus régressive. Espérons que ce soit de l’humour.
3/10
(également publié sur Écran Large)

5 nov. 2007

LE ROYAUME

Réalisateur encore jeune, Peter Berg est le genre de mec capable de tout. Traverser des genres et des univers diamétralement opposés. Réaliser un très bon film puis un gros navet. C'est dire si du Royaume avait un délicieux parfum de doute : alors, du lard ou du cochon? Du bourrin idéologiquement limite ou du politique à neurones? On se situe assurément entre les deux, mais les points positifs l'emportent assez largement sur les quelques défauts assez pardonnables du film.
Le fan d'action pure ou l'admirateur des fabuleux Fils de l'homme pourront être un brin déçus par le léger manque d'adrénaline du film de Berg. Ce n'est pas que les scènes d'action soient ratées, mais on sent bien que la tension n'est pas à son paroxysme, que l'on aurait pu aller plus loin dans la paranoia et la terreur. Car c'est l'un des questionnements principaux du film : comment combattre des adversaires qui se moquent bien de mourir? Que faire pour contraindre les kamikazes à ne pas se faire exploser? S'il y avait des solutions toutes faites, cela se saurait ; mais il y avait au moins moyen de faire vivre pleinement les craintes permanentes des protagonistes du film.
Plus tactique que politique, Le royaume ne s'encombre pas d'un propos sociologique important, se souciant davantage des méthodes employées par les agents du FBI pour pousser plus loin leurs enquêtes, mieux comprendre qui sont leurs adversaires et pourquoi, cerner les motivations et les craintes de chacun. C'est dans cette approche très humaine que le film trouve sa voie, notamment à travers deux personnages de militaires saoudiens présents pour aider les forces américaines. Leur destin et leur traitement fait un peu penser aux thématiques favorites d'Edward Zwick, roi du divertissement vaguement politique, mais surtout peintre des relations entre les peuples à travers une histoire d'amitié forte et inarrêtable.
Et puis il y a cette fin, et ces quelques répliques en l'air qui pourraient bien tout remettre en question. Le royaume n'a rien d'un film shyamalanesque mais gagne sans doute à être revu, la seconde vision apportant certainement un point de vue légèrement décalé et absolument indispensable. Peter Berg a en tout cas réussi son pari dans les grandes lignes, faisant du Royaume un divertissement pas idiot, pas de ceux que l'on balance aux oubliettes après les avoir vus.
7/10

30 juil. 2007

MI$E À PRIX

Voilà quatre ans qu'on attendait des nouvelles de Joe Carnahan, qui avait débarqué avec un Narc rugueux comme pas deux et magistralement tendu. Après avoir claqué la porte du troisième Mission : impossible, Carnahan, soucieux de ne pas faire n'importe quoi, a choisi son projet avec parcionie est s'est dirigé vers ce Mi$e à prix (Smokin' Aces en VO) pour le moins fumant.
Écrit en solo par Carnahan, le film raconte le combat sans merci entre un bon paquet de mercenaires prêts à tout pour buter Buddy 'Aces' Israel, magicien dont le témoignage pourrait signer la fin de Cosa Nostra. Récompense : un million de billets verts pour qui ramènera le coeur d'Israel au parrain Primo Sparazza. Ça va charcler. Et même s'il commence dans un calme relatif, Mi$e à prix sent la Guy Ritchie attitude, la flambe et la frénésie, les grandes phrases et les petits coups tordus. Du Ritchie, donc. En bien. Car Carnahan a su digérer ses influences multiples (de Scorsese à Tarantino en passant par Altman, pour faire simple) pour construire un cocktail détonnant, un maelström de couleurs et d'idées haut perchées, un déferlement d'hémoglobine et de pyrotechnie. La maîtrise est partout : si l'on commence par craindre que le grand nombre de personnages ne nous perde dès le départ (comme chez Ritchie, tiens), ils sont tous si marqués, si brillamment archétypaux que cette intrigue si échevelée reste toujours très lisible. Trio de nazis débiles, couple de tueuses passablement lesbiennes ou as du déguisement : Carnahan fait cohabiter toute cette smala avec une décontraction et une rigueur assez ébouriffantes.
Imprévisible dans sa mise en scène comme dans son intrigue (le "qui va buter qui" est assez difficile à deviner), Mi$e à prix parvient miraculeusement à mêler délire, gravité et enjeux de taille. À l'aide d'un casting parfaitement hétéroclite (d'Alicia Keys à Peter Berg, ils sont tous bons), avec mille idées par plans et un style hors du commun, Carnahan nous empote. Et qu'importe si tout cela sent parfois trop la flambe ou la branchouille : Mi$e à prix, c'est du bling-bling à neurones, du cinéma clinquant mais exigeant, un spectacle délicieux et sidérant. À condition d'avoir survécu jusque là, les dix dernières minutes du film achèveront de convaincre tout le monde : sur une tonalité différente de ce qui précède, avec un vrai sens du récit et un sérieux de cathédrale, le réalisateur-scénariste fait plonger son film dans un bouleversant abîme de génie et de tristesse. Sur que Joe Carnahan n'a pas fini de nous surprendre.
7/10

24 juil. 2006

TWO FOR THE MONEY

Retraite prématurée pour cause de genou en miettes, et Brandon Lang ne voit qu'une solution pour ne pas se détacher totalement du football américain. Il intègre une agence de conseil pour parieurs et, choyé par le big boss, devient vite la coqueluche du monde du pari. Argent, pouvoir, orgueil : combien de temps peut-on rester le meilleur?
Trois longs métrages, trois univers totalement différents pour DJ Caruso, réalisateur qu'on pourrait penser atypique. Mais si Two for the money ne ressemble pas à ses précédents films, c'est qu'il fait surtout penser à ceux de quelqu'un d'autre. Two for the money ressemble à s'y méprendre à un film d'Oliver Stone, le mix parfait entre Wall street et L'enfer du dimanche.
Caruso met en scène le face-à-face de deux individus arrogants et assoiffés de pouvoir plus encore que de pognon, et parle de football sans en montrer (sauf par l'intermédiaire de la télévision, égratignant au passage la toute-puissance des médias). La film pointe du doigt plus d'une hypocrisie, dont celle-ci : aux USA, le pari sportif n'est autorisé que dans quatre États alors que le conseil aux parieurs est un marché lucratif et légal dans tout le pays...
Un monde cruel et pervers donc, comme les aime Oliver Stone. Sauf que Caruso n'a ni son acidité ni sa délicieuse paranoia. Et Two for the money de n'être qu'un divertissement gentillet qui voudrait bien donner des leçons mais se prend salement les pieds dans le tapis. Et ce n'est ni Matthew McConaughey, oeil terne et cheveu fatigué, ni Al Pacino, plus cabot que jamais (ses scènes d'attaque cardiaque sont risibles), qui changeront la donne de ce Jerry Maguire de pacotille.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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