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11 août 2009

LITTLE NEW YORK

Bienvenue à Staten island, quartier mal aimé et négligé par tous, où même les caïds sont des tocards. James DeMonaco y orchestre un petit polar en trois temps, qui reprend (en partie) les mêmes évènements en changeant à chaque fois de point de vue. L'objectif n'est pas d'explorer les méandres d'une intrigue complexe ou de faire du sous Rashômôn, mais au contraire de raconter les choses simplement, de n'utiliser un personnage que lorsqu'il est nécessaire au lieu de le traîner pendant une heure avant de lui donner de quoi s'occuper. Bien séparées et affublées de titres longs et alambiqués (si c'était pour avoir l'air génial et inspiré, c'est raté), les trois parties s'imbriquent de façon fort logique et sont l'occasion pour le réalisateur de brosser le portrait successif de trois hommes bien esseulés.
En fait, il n'y a pas grand chose à dire à propos de la première heure du film. Il est vite entendu que DeMonaco n'est pas Sidney Lumet et que Little New York n'a pas le potentiel pour être davantage qu'un film mineur, mais l'intrigue suit doucement son cours, comme un long fleuve tranquille mais plaisant. Le réalisateur peine cependant à faire exister la loufoquerie de l'étrange mafieux incarné par Vincent D'Onofrio, qui cherche à faire parler de lui à tout prix quitte à battre un record d'apnée ou faire n'importe quoi d'autre : malgré la qualité de l'acteur, ces instants-là sont ratés, trop incongrus et parfaitement inutiles pour ce qui suit.
Le film se termine par le tiers consacré au boucher sourd et muet interprété par le très bon Seymour Cassel. Mais autant le personnage est le plus réussi, autant cette partie est de loin la plus ratée, bouclant l'intrigue de façon calamiteuse. On sent le réalisateur prêt à faire n'importe quoi pour rendre son film mémorable ou au minimum un peu marquant ; il aligne les fusillades sans logique, pousse Vincent D'Onofrio au-delà des limites du ridicule, et massacre consciencieusement ses promesses de modestie. C'est tout bonnement n'importe quoi, et le mélange entre humour loufoque et bain de sang ne prend absolument pas, condamnant Little New York à se terminer dans un grand vent de consternation. C'est fort regrettable.





Little New York (Staten island) de James DeMonaco. 1h36. Sortie : 05/08/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

8 nov. 2007

7H58 CE SAMEDI-LÀ

Malgré un Jugez-moi coupable assez sympathique, on ne pensait pas que Sidney Lumet serait capable de revenir à son niveau d'antan. C'était sans compter sur 7h58 ce samedi-là (ou plutôt Before the devil knows you're dead), polar brilant et bien ficelé qui ne peut que régaler les fans du genre. À la base, une énième histoire de braquage raté : sauf que le film commence par celui-ci pour ensuite s'intéresser aux raisons et aux conséquences de ce fiasco. Par le biais d'une construction complexe mais compréhensible (le film use de flash-backs, flash-forwards et points de vue subjectifs, mais n'oublie jamais de permettre au spectateur de se situer dans l'action), Lumet dissèque les quelques jours qui ont bouleversé la vie d'une famille américaine. 7h58 est une vraie tragédie familiale : les héros du film sont deux frangins qui décident de braquer... la bijouterie tenue par leurs parents. C'est cette particularité qui donne son sel au film. Longtemps, on croit que les seuls échanges de violence auront été ceux commis pendant le hold-up. Lumet se focalise sur la destinées de quelques hommes et femmes et se refuse à faire de son film une banale histoire de règlement de comptes.
La mise en scène est feutrée, les effets de style sont rares et mesurés, et le casting est tout bonnement prodigieux. Il convient de citer tout le monde, tant chacun des acteurs apporte énormément à son personnage. Philip Seymour Hoffman est encore meilleur que d'habitude en salaud de service, Ethan Hawke continue à se débarrasser de sa carapace d'ado un peu frêle, Albert Finney est un formidable père colère, et Marisa Tomei transcende idéalement son personnage de femme fatale. 7h58 ce samedi-là sang le sang, la sueur, la semence, et quand il vous chope, c'est pour ne plus vous lâcher. De la part d'un réalisateur de 83 ans, c'est tout de même un exploit prodigieux.
8/10

23 nov. 2006

FAST FOOD NATION

Le directeur du marketing d'une célèbre chaîne de fast-foods découvre qu'il y a de la matière fécale dans les steaks de ses hamburgers. Des réfugiés mexicains sont contraints de travailler dans les entrepôts qui traitent la fameuse viande. Une jeune employée éprouve une certaine honte à travailler dans ce genre d'usine à bouffe... Trois histoires entrecroisées qui tendent à faire de Fast food nation le Traffic du burger, le Thank you for smoking de la grande frite. Seulement voilà : le film de Richard Linklater n'est ni aussi documenté que le premier, ni aussi drôle que le second.
À vrai dire, si on peut être gentiment intéressé par l'histoire du businessman qui enquête pour comprendre comment de la merde atterrit dans les sandwiches des clients, le reste a encore moins d'intérêt que le jouet pourri et à moitié cassé qu'il y a dans ton Happy Meal. Pour compenser la platitude du propos, Linklater multiplie les guest-stars (Ethan Hawke, Patricia Arquette...) sans qu'aucune ait vraiment quelque scène de qualité à défendre (sauf peut-être Bruce Willis, délicieusement cynique). La construction laisse à désirer, la mise en scène repousse les frontières de la laideur (c'est peut-être volontaire, histoire de ressembler à un documentaire), et les acteurs sont mous (il faut dire que Greg Kinnear et Catalina Sandero Moreno n'ont jamais été des flèches).
Le comble, c'est que Fast food nation donnerait presque envie de quitter la salle pour aller se taper un Royal Bacon chez Ronald. Mieux vaut alors voir ou revoir le sympathique (même si pas objectif du tout) Super size me de Morgan Spurlock, vrai docu acide et barré sur les vices de l'industrie du burger.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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