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8 nov. 2007

7H58 CE SAMEDI-LÀ

Malgré un Jugez-moi coupable assez sympathique, on ne pensait pas que Sidney Lumet serait capable de revenir à son niveau d'antan. C'était sans compter sur 7h58 ce samedi-là (ou plutôt Before the devil knows you're dead), polar brilant et bien ficelé qui ne peut que régaler les fans du genre. À la base, une énième histoire de braquage raté : sauf que le film commence par celui-ci pour ensuite s'intéresser aux raisons et aux conséquences de ce fiasco. Par le biais d'une construction complexe mais compréhensible (le film use de flash-backs, flash-forwards et points de vue subjectifs, mais n'oublie jamais de permettre au spectateur de se situer dans l'action), Lumet dissèque les quelques jours qui ont bouleversé la vie d'une famille américaine. 7h58 est une vraie tragédie familiale : les héros du film sont deux frangins qui décident de braquer... la bijouterie tenue par leurs parents. C'est cette particularité qui donne son sel au film. Longtemps, on croit que les seuls échanges de violence auront été ceux commis pendant le hold-up. Lumet se focalise sur la destinées de quelques hommes et femmes et se refuse à faire de son film une banale histoire de règlement de comptes.
La mise en scène est feutrée, les effets de style sont rares et mesurés, et le casting est tout bonnement prodigieux. Il convient de citer tout le monde, tant chacun des acteurs apporte énormément à son personnage. Philip Seymour Hoffman est encore meilleur que d'habitude en salaud de service, Ethan Hawke continue à se débarrasser de sa carapace d'ado un peu frêle, Albert Finney est un formidable père colère, et Marisa Tomei transcende idéalement son personnage de femme fatale. 7h58 ce samedi-là sang le sang, la sueur, la semence, et quand il vous chope, c'est pour ne plus vous lâcher. De la part d'un réalisateur de 83 ans, c'est tout de même un exploit prodigieux.
8/10

8 mai 2007

SPIDER-MAN 3

Plus vite. Plus haut. Plus con. Tel devait être le credo de ceux qui ont osé faire Spider-man 3, la bonbonne d'eau qui fait déborder un vase déjà bien plein. Plus de méchants, plus de passion, plus de tout, et donc plus de rien. Le respectable Sam Raimi et son frangin signent un scénario patchwork qui introduit un tas de nouveaux personnages et de nouveaux enjeux, avant de s'en débarrasser dans le premier caniveau venu. On attendait un Spider-man plus noir et torturé, on a finalement l'impression d'assister à un remake de The mask arbitré par les quatre fantastiques.
Après un premier volet centré sur la découverte de son corps et un deuxième qui se focalisait sur son impuissance, ce troisième film est une étape supplémentaire dans l'évolution de Peter Parker. Au programme : maladies vénériennes et drogue à gogo. Puni pour son infidélité, Parker voit son machin devenir tout noir et se met à devenir un gros con sûr de lui après avoir touché de trop près à une drôle de came. C'est à peu près la seule manière d'interpréter ce Spider-man 3 pour qu'il reste un brin ludique et amusant. Car la chair est bien triste ici : les deux tiers du film sont consacrés à des discussions harlequiniennes sur la force des sentiments et la puissance du destin (quand il ne s'agit pas de scènes désespérément sucrées, comme la déjà célèbre "séquence de l'omelette"). Des dialogues d'une mièvrerie totale viennent surligner au marqueur fluo le caractère certes cornélien de situations si simples qu'elles ne devrait nécessiter aucune explication. Et l'on s'ennuie ferme devant ce morne spectacle.
Heureusement, tous les quarts d'heure, Sam Raimi vient réveiller le spectateur en lui martelant le crâne à coups de grosses scènes d'action bien bourrines. Là, on en a pour son argent, même si certains effets numériques sont toujours aussi mauvais. Les confrontations successives de Spider-man avec Sandman et Venom valent leur pesant de cahouètes, mêmes si la profondeur psychologique de ces derniers est inexistante (à côté d'eux, le docteur Octopus faisait figure de monument freudien). Mais, trop occupé à ménager la chèvre et le chou, Sam Raimi ne livre ces scènes qu'avec une parcimonie fort regrettable : à cet interminable épisode des "Feux de l'Amour" version vengeur masqué, on aurait largement préféré deux heures de pains dans la gueule et d'explosions atomiques.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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