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27 févr. 2008

THERE WILL BE BLOOD

Partout où l'on entend du bien de There will be blood, les louanges s'accompagnent d'une évocation ébahie de l'ouverture du film, magistrale et muette pendant une bonne dizaine de minutes. Aussi brillante que soit cette introduction, elle ne vaut pas grande chose à côté de la longue scène qui clôt ces deux heures trente de pur talent. Une conclusion qui résume sans schématiser l'ensemble des enjeux évoqués par Thomas Anderson dans un film bien plus profond que son apparent classicisme ne le laisse croire. There will be blood, est le récit de la lutte universelle et impitoyable de deux formes d'intégrismes : le fanatisme religieux et la cupidité galopante.
Contrairement à Boogie nights, le film qui révéla Anderson, on ne peut réellement affirmer que There will be blood soit une fresque. Ou pas dans le sens le plus commun du terme. Bien que l'on suive le personnage de Daniel Plainview sur une trentaine d'années et 150 minutes de pellicule, la superposition des différentes époques sert moins à raconter son existence de A à Z que pour compléter peu à peu son portrait et renforcer le propos. Ç'aurait été mal connaître Paul Thomas Anderson que d'imaginer voir une simple biographie imaginaire sous le signe du rêve américain. Se foutant bien d'une quelconque reconstitution historique de la situation politico-économique d'alors, PTA est en revanche fasciné par la misanthropie galopante de son héros, qui ne s'entoure d'une équipe que pour parvenir à ses fins et couler une fin de vie heureuse loin du reste de l'humanité. Il fallait pour réussir cette description un auteur racé et mature, capable de ne pas transformer son personnage en pure boule de méchanceté, en machine à Oscar un peu trop édifiante. À 37 ans, il y parvient avec assurance mais sans arrogance.
Car si Daniel Day-Lewis a finalement reçu l'Oscar, sa prestation n'a rien d'une performance. Il n'a jamais été aussi convaincant qu'ici, lui dont les prestations tant saluées sont souvent brillantes, mais toujours marquées du sceau de l'Actor's studio. Comme son personnage, l'acteur n'entend rien démontrer, mais simplement aller au bout de sa dévorante ambition de réussite. On apprécie le résultat sans que les intentions soient apparentes. Ce fait rare est non seulement le fait d'un comédien de grande classe, mais également d'un directeur d'acteurs sachant brider les envies de cabotinage et tirer le meilleur de chacun. Dans ce monument de cohérence, la mise en scène est évidemment à l'unisson : pleine, sans fausse note, à mille lieues des différentes tentatives toujours réussies mais toujours un peu lisibles des précédents films d'Anderson. There will be blood est un film ambitieux sur tous les plans, mais qui ne donne jamais l'impression de VOULOIR être un grand film. Et c'est beau.
Ménageant son lot de scènes fortes avec une constance assez incroyable, le visuel ne prenant jamais le pas sur le verbal, le film d'Anderson livre un message plus clair et complexe que bien des pensums. Il y a un argument facile que l'on trouve souvent dans les critiques de films américains, disant que "le réalisateur livre une description imagée de l'Amérique d'aujourd'hui". Osons le stéréotype, qui ici n'en est pas un : en opposant puis mêlant les fous de Dieu et les capitalistes les plus secs, le film propose une vraie radiographie de deux maux qui rongent le pays de l'Oncle Sam et, plus largement toute une planète. Dit comme ça, ça peut sembler trivial ; mais une fois encore, Anderson s'y prend à merveille. Et nous laisse, si besoin est, une prodigieuse dernière impression, avec ce duel final si intense, si puissant, où chaque mot résonne comme un coup dans la gueule, à l'image d'un film pas poseur mais sacrément frappant.
9/10

23 nov. 2006

FAST FOOD NATION

Le directeur du marketing d'une célèbre chaîne de fast-foods découvre qu'il y a de la matière fécale dans les steaks de ses hamburgers. Des réfugiés mexicains sont contraints de travailler dans les entrepôts qui traitent la fameuse viande. Une jeune employée éprouve une certaine honte à travailler dans ce genre d'usine à bouffe... Trois histoires entrecroisées qui tendent à faire de Fast food nation le Traffic du burger, le Thank you for smoking de la grande frite. Seulement voilà : le film de Richard Linklater n'est ni aussi documenté que le premier, ni aussi drôle que le second.
À vrai dire, si on peut être gentiment intéressé par l'histoire du businessman qui enquête pour comprendre comment de la merde atterrit dans les sandwiches des clients, le reste a encore moins d'intérêt que le jouet pourri et à moitié cassé qu'il y a dans ton Happy Meal. Pour compenser la platitude du propos, Linklater multiplie les guest-stars (Ethan Hawke, Patricia Arquette...) sans qu'aucune ait vraiment quelque scène de qualité à défendre (sauf peut-être Bruce Willis, délicieusement cynique). La construction laisse à désirer, la mise en scène repousse les frontières de la laideur (c'est peut-être volontaire, histoire de ressembler à un documentaire), et les acteurs sont mous (il faut dire que Greg Kinnear et Catalina Sandero Moreno n'ont jamais été des flèches).
Le comble, c'est que Fast food nation donnerait presque envie de quitter la salle pour aller se taper un Royal Bacon chez Ronald. Mieux vaut alors voir ou revoir le sympathique (même si pas objectif du tout) Super size me de Morgan Spurlock, vrai docu acide et barré sur les vices de l'industrie du burger.
3/10

6 oct. 2006

LITTLE MISS SUNSHINE

Une critique dithyrambique, un bouche-à-oreille conquérant : c'est avec une envie dévorante que l'on découvre ce Little miss sunshine, dernier succès en date de la comédie indépendante américaine. C'est sans doute parce que l'effet de surprise est un peu passé que le début du film déçoit : si les personnages-archétypes sont attirants, le duo de réalisateurs peine à donner du rythme et de la conviction au film. Plus tristoune qu'autre chose, Little miss sunshine n'offre pas vraiment de quoi se taper sur les cuisses.
Et puis le combi Volkswagen connaît des ratés, et puis le voyage se poursuit, et peu à peu, la sauce commence à monter. Parmi une ribambelle de comédiens délicieux, c'est Steve Carell qui tire largement son épingle du jeu, épatant en spécialiste de Proust suicidaire et désabusé. Une fois que les personnages ont enfin assumé le fait de n'être qu'une bande de gros nullards et cessent de se lamenter sur leur sort, on a enfin envie de les aimer, et c'est formidable. Les gags sont discrets mais délectables, bien mis en valeur par une mise en scène posée et un montage qui prend son temps. Et lorsque l'on arrive enfin au concours de Little Miss Sunshine (malgré l'embrayage pourri et ce klaxon à pisser de rire), il reste une demi-heure d'anthologie, où les zygomatiques se lâchent et où l'émotion est palpable sans être outrancière. On quitte les personnages avec tristesse, en regrettant surtout que la folie furieuse des trente dernières minutes ne se soit pas emparée du film bien plus tôt : Little miss sunshine aurait alors mérité à 100% son titre officieux de bijou indé de l'année.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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