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9 sept. 2008

MAX LA MENACE

L'humour con, ça passe ou ça casse. Tout dépend du rythme insufflé, du degré de vulgarité, et de la qualité du ou des interprètes. Sachant que Max la menace est mené par Steve Carell, le pari est à moitié gagné d'avance. Qu'il se plante lui-même des flèches microscopiques dans le visage ou qu'il se fasse rouler sur les pieds par un chariot, ce type est hilarant et redonne de l'éclat aux gags les plus éculés. Le film de Peter Segal est un enchainement sans temps mort (ou presque) de situations stupides, un déferlement de grands moments de solitude et de terribles instants de ridicule, transcendés par un Carell qui se régale et nous ravit. Voilà une comédie familiale (mais avec de vraies fesses) qui ne recule devant aucun type d'humour pour parvenir à ses fins. Qu'il soit finement british, délicieusement non-sensique ou à base de vomi, Max la menace fait rire, et c'est évidemment le principal.
Les amateurs de la série d'origine peineront sans doute à retrouver cet univers qui leur plaisait tant, mais oublieront rapidement leurs attentes premières pour mieux se délecter de ce spectacle souvent jubilatoire, où même les gags ratés finissent par devenir attachants. Grâce soit rendue aux partenaires de Carell, qui arrivent à exister et à tirer brillamment la couverture à eux. Anne Hathaway dévoile une nouvelle facette de son talent (car elle en a), The Rock s'amuse avec les stéréotypes du grand baraqué (ne lui confiez jamais d'agrafeuse), Alan Arkin et Terence Stamp semblent être retombés en enfance. Ça procure un plaisir fou.
On pourra évidemment faire la grimace devant la mise en scène gloubiboulga de Peter Segal, qui choisit des angles improbables et peine à donner du liant à certaines scènes de simili-action. Mais avec un brin de mauvaise foi et/ou d'envie, on pourra finalement considérer que cette réalisation en forme de n'importe quoi sert le film, renforçant son aspect "parodie de James Bond" (certaines aventures de 007 sont aussi mal filmées que cela). Au final, Segal transcende le kitsch et le rétro d'un film qui remplit idéalement ses objectifs de détente des zygomatiques.
7/10

7 juil. 2008

BALLES DE FEU

Et revoici Thomas Lennon et Robert Ben Garant, les deux affreux jojos de Reno 911, qui débarquent dans quelques salles avec un délire façon Shaolin ping pong. Sachant que l'auteur de ces lignes fut en son temps quatrième des championnats de l'Aisne de tennis de table en catégorie minime (la classe, hein ?), il devrait forcément produire un avis éclairé sur un tel film. Sauf que Balles de feu provoque surtout une terrible indifférence, tant les gags y sont vains et la petite balle blanche mal exploitée.
De délirant, le film n'a qu'un pitch hautement improbable, qui aurait dû être propice à un déferlement de blagues racistes, de gags bien stupides et autres joyeusetés. Dans l'ensemble, c'est surtout l'ennui qui prédomine, faute d'une veritable inventivité scénaristique et d'un acteur principal charismatique. Et puis il est toujours navrant de voir Christopher Walken se ridiculiser de film en film, comme s'il voulait se débarrasser coûte que coûte de son étiquette d'acteur intense et inquiétant. Heureusement que le quota féminin de Balles de feu vaut son pesant d'or, avec une Aisha Tyler des plus wahou et surtout une Maggie Q. donnant tout son sens au titre français (désolé), surtout lorsqu'elle tatanne le héros comme elle l'avait fait l'été dernier avec Bruce "McClane" Willis. Les amateurs de la belle peuvent se ruer sur un film qui lui ménage ses meilleures scènes. Les autres peuvent passer leur tour : il y a quand même d'autres lieux climatisés que le salles de cinéma.
3/10

25 juin 2008

AU BOUT DE LA NUIT

Rarement bien adapté au cinéma, James Ellroy débarque avec un scénario original, cosigné avec Kurt Wimmer (Ultraviolet, aïe). Et c'est David Ayer, un autre spécialiste des flics pourris et des magouilles en tous genres, qui se charge de mettre en scène. Aucun risque d'être trompé sur la marchandise : Au bout de la nuit porte à la fois la patte du romancier et celle du réalisateur. Aucun espoir n'est permis, tout le monde est pourri, la dépression règne sur chaque foyer, l'alcool ravage tout le monde, et l'honnêteté est un mot démodé. C'est là que se situe la grande limite d'un film qui ce complait dans la noirceur et l'absence d'illusions. Car si le style d'Ellroy permet souvent à ses romans de nous embarquer dans des spirales infernales et sans possibilité de rédemption, le passage à l'image occulte souvent ce talent-là, ne mettant plus en avant que ce qui ressemble fort à des clichés sur le monde des flics. Pas un hasard si la plupart des films ellroyiens (mis à part le grand L.A. Confidential) sont copieusement ratés, limite too much.
Pour autant, Au bout de la nuit n'est pas un mauvais film. Bien construit, assez mystérieux dans sa première partie, c'est une plongée assez convaincante dans les nuits d'un L.A. débarrassé de ses oripeaux. Et c'est surtout un déferlement de violence et de brutalité, filmé avec un réalisme sans second degré, une boucherie comme on n'en avait pas vu depuis fort longtemps. Les balles fusent, les corps aussi, et cela touche évidemment bien plus que dans un James Bond ou autre pur divertissement de ce genre. La deuxième partie atteint des sommets dans ce domaine, compensant ainsi la faiblesse d'un scénario qui finit par nous apprendre que, ô surprise, tous les flics sont corrompus et/ou manipulateurs. Une pirouette trop facile et attendue qui nuit réellement à la crédibilité de l'ensemble.
Côté interprétation, Keanu Reeves convainc dès qu'il n'a pas ses lunettes noires vissées sur le nez : là, on a l'impression de retrouver le Neo de la trilogie Matrix, et ça n'est pas très sérieux. Forest Whitaker est une nouvelle fois impeccable en grand chef dépassé (et aussi pourri que les autres, ne cherchez pas). Quant à Hugh Laurie, pour son premier vrai grand film depuis qu'il s'est fait connaître en docteur Greg House, il fait preuve d'une réelle aisance et pourrait bien signer avec ce rôle le début d'une longue aventure sur grand écran. C'est tout ce qu'on lui souhaite. Quant à James Ellroy, on ne saurait que lui conseiller de retourner écrire des romans sur les bas-fonds de Los Angeles et de continuer à dire un peu partout que le cinéma c'est nul, comme il aimait à le faire jusqu'à ce qu'on lui propose de jolis chèques pour adapter ses films au cinéma. Non mais.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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