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16 mars 2009

UNBORN

David S. Goyer a toujours été un gros frimeur, prétendant donner à tout le monde des leçons de culture comics et de cinéma qui charcle. Certes, il a aidé à écrire The dark knight ; mais Goyer, c'est avant tout un réalisateur médiocre, qui multiplie les projets excitants (pour qui ne le connaît pas) mais ne livre au final qu'une morne série B (ou Z) par an. Bien qu'assez alléchant, Unborn n'échappe pas à la règle : ce cocktail exorcisme / gémelleité / fantômes du nazisme est d'une extrême fadeur, rappelant par sa mollesse l'ennuyeux Invisible.
Côté mise en scène, Goyer aurait tendance à progresser : Unborn ressemble davantage à un film que les précédents, qui auraient parfaitement trouvé leur place un samedi sur M6. Il y a des plans intéressants, un début d'ambiance dans les dix premières minutes, et presque un style. Celui-ci n'est malheureusement au service de rien du tout, cette bête (oui, c'est le mot) histoire de possession se terminant aussi vite qu'elle avait commencé, après soixante-quinze minutes parfois ridicules mais toujours ennuyeuses. Que vient faire Gary Oldman en spécialiste du surnaturel ? On l'ignore. Que vient-on faire dans cette salle ? On ne le sait pas plus. Sursauter une fois ou deux à cause d'effets horrifiques efficaces mais faciles. Rien de plus.
Le seul point fort de tout cela, c'est l'actrice principale, malheureusement affublée du patronyme d'Odette Yustman. On dirait une Megan Fox débarrassée de toute forme de vulgarité mais avec pas mal de talent. Elle est une scream queen assez convaincante et plutôt jolie, ce que Goyer ne manque pas de nous rappeler régulièrement à coups de plans bien placés (rien que l'affiche...). Rien que pour elle, on a envie de s'accrocher pendant cette grosse heure un peu grossière, confirmant que son réalisateur n'est qu'un gros tacheron qui se la pète.
3/10

10 nov. 2008

SAW V

On n'attend évidemment plus rien de la saga Saw, si ce n'est un sixième épisode au titre en forme de calembours déjà éculé. L'intérêt relatif de ce cinquième volet était de savoir comment les scénaristes allaient bien pouvoir rebondir étant donné que le fameux Jigsaw a passé l'arme à gauche dans le numéro 3 (le 4 n'étant en fait qu'un gigantesque flashback). La réponse proposée est plutôt futée, même s'il y a bien longtemps qu'on ne s'intéresse plus à l'intrigue de la série. Brodant une série de retours en arrière, qui reprennent malicieusement quelques scènes-clés des quatre films précédents, Saw V tente de faire naître une nouvelle légende, celle de l'homme qui tente de succéder à l'illustre redresseur de torts. Celui-ci étant interprété par une endive sur pattes (c'est un peu une constante depuis le premier épisode), le revival de la saga n'est pas assuré ; néanmoins, on peut s'amuser de l'inventivité des auteurs, qui essaient tant bien que mal de créer une nouvelle mythologie.
Ce qui attire dans Saw V comme dans les précédents films, c'est évidemment la case torture. De ce côté, les fans de gore risquent d'être déçus : les petites épreuves qui s'offrent aux candidats involontaires ressemblent désormais à du Fort Boyard mâtiné de Cube, avec une morale "l'union fait la force" des plus idiotes. Le sang coule, les pièges se multiplient, mais le procédé semble avoir atteint ses limites, livrant des traquenards au fonctionnement de plus en plus complexe mais à l'intérêt bien moindre. On peut aussi se réjouir (une fois de plus, tout est relatif) en voyant que Saw V joue la carte du profil bas au lieu de faire dans la surenchère crasse. Une impression qui ressort également de la conclusion du film, celle qui ressemble le moins à un twist final, mais davantage à une passation de témoin assurant un bel (?) avenir à une franchise ô combien lucrative. "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît" : la citation d'Audiard s'applique aisément à une saga dont l'intérêt premier est son côté inexorablement foireux et bêtement imprévisible. Pour un peu, on aurait presque hâte de voir la suite.
3/10

23 sept. 2008

LOVE GOUROU

L'humour con, ça passe ou ça casse. Dans Love gourou, clairement, ça casse, et c'est presque étonnant. Parce qu'on a pu constater par le passé que Mike Myers savait y faire, notamment au gré de la série des Austin Powers, répétitive en diable mais diablement groovy, avec sa délicieuse ambiance vintage et ses vannes très en-dessous de la ceinture. Sur le papier, le film de Marco Schnabel avait donc tout pour connaître le même succès et la même réussite ; à l'écran n'apparaît pourtant qu'une vague comédie hypra lourde et ultra éculée. Visiblement encombré par son appendice nasal, Myers est très pataud en gourou de l'amour, et se révèle bien moins percutant qu'un Will Ferrell ou un Ben Stiller. Quant au scénario qu'il a coécrit, c'est un enchaînement de scènes déjà vues ailleurs et en mieux.
Love gourou, c'est d'abord des personnages sans épaisseur. Celui qu'interprète Justin Timberlake en est le plus bel exemple : un hockeyeur canadien et pourvu d'un sexe de cheval (à tel point qu'il frappe le sol lorsqu'il se déroule). Et c'est tout : pendant une heure et demie, son seul ressort comique sera de déballer et remballer cet organe qu'on ne verra évidemment jamais à l'écran. Idem pour le gourou, dont la ceinture de chasteté sonne le tocsin lorsqu'il croise une Jessica Alba encore plus transparente que d'habitude, même lorsqu'elle participe avec ardeur à une parodie de musical bollywoodien. Verne Troyer joue un nain, sorte de Mini-moi en pas drôle ; Ben Kingsley est un pathétique grand gourou dont le seul "attrait" est son strabisme. Et caetera. Peu de personnages, un gag chacun : on trouvera vite le temps très long devant ce spectacle mou du genou et pas inspiré, qui a récolté un bide mérité partout où il est sorti. Espérons que Myers retrouve l'inspiration avec un Austin Powers 4 qu'on espère dopé au mojo.
2/10

29 août 2006

BRICK

Drôle de film. Le jeune Rian Johnson défenèstre les codes du tenn-movie pour livrer au final un film noir au formalisme appuyé. Brick conte la quête (et l'enquête) d'un ado nommé Brendan, qui recherche activement l'assassin de son ex petite amie. Tour à tour flegmatique et rageur, Brendan est le personnage le plus réussi du film, entre Philip Marlow et le héros de Memento. Car oui, Joseph Gordon-Levitt fait diablement penser à Guy Pearce, et on aurait bien vu Christopher Nolan aux commandes de ce film. Après Mysterious skin, Gordon-Levitt met à nouveau une grande claque à tout le monde et s'impose comme une valeur montante du jeune cinéma américain.
Tous les ingrédients du film noir sont présents, et pourtant on a l'impresion de ne jamais avoir vu ça ailleurs. Peut-être parce qu'à l'image de son personnage principal, le film est en constant décalage avec le reste de l'humanité, préférant se contruire sa propre logique et ses propres méthodes pour avancer. C'est d'autant plus efficace que ça fonctionne sans que les ficelles soient apparentes.
Concentré de bon cinéma, Brick est un film profondément triste, où la solitude confine à la routine. C'est beau, intelligent, et ça promet sacrément.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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