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10 nov. 2008

SAW V

On n'attend évidemment plus rien de la saga Saw, si ce n'est un sixième épisode au titre en forme de calembours déjà éculé. L'intérêt relatif de ce cinquième volet était de savoir comment les scénaristes allaient bien pouvoir rebondir étant donné que le fameux Jigsaw a passé l'arme à gauche dans le numéro 3 (le 4 n'étant en fait qu'un gigantesque flashback). La réponse proposée est plutôt futée, même s'il y a bien longtemps qu'on ne s'intéresse plus à l'intrigue de la série. Brodant une série de retours en arrière, qui reprennent malicieusement quelques scènes-clés des quatre films précédents, Saw V tente de faire naître une nouvelle légende, celle de l'homme qui tente de succéder à l'illustre redresseur de torts. Celui-ci étant interprété par une endive sur pattes (c'est un peu une constante depuis le premier épisode), le revival de la saga n'est pas assuré ; néanmoins, on peut s'amuser de l'inventivité des auteurs, qui essaient tant bien que mal de créer une nouvelle mythologie.
Ce qui attire dans Saw V comme dans les précédents films, c'est évidemment la case torture. De ce côté, les fans de gore risquent d'être déçus : les petites épreuves qui s'offrent aux candidats involontaires ressemblent désormais à du Fort Boyard mâtiné de Cube, avec une morale "l'union fait la force" des plus idiotes. Le sang coule, les pièges se multiplient, mais le procédé semble avoir atteint ses limites, livrant des traquenards au fonctionnement de plus en plus complexe mais à l'intérêt bien moindre. On peut aussi se réjouir (une fois de plus, tout est relatif) en voyant que Saw V joue la carte du profil bas au lieu de faire dans la surenchère crasse. Une impression qui ressort également de la conclusion du film, celle qui ressemble le moins à un twist final, mais davantage à une passation de témoin assurant un bel (?) avenir à une franchise ô combien lucrative. "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît" : la citation d'Audiard s'applique aisément à une saga dont l'intérêt premier est son côté inexorablement foireux et bêtement imprévisible. Pour un peu, on aurait presque hâte de voir la suite.
3/10

27 nov. 2006

SAW 3

En 2004, Saw mettait en pièces les nerfs des uns et faisait ricaner les autres. En 2005, Saw II divertissait gentiment certains fans du premier et provoquait l'indifférence totale du reste du monde. 2006 : si Saw III n'est cohérent ni dans son scénario ni dans sa mise en scène, il a au moins l'avantage de suivre la logique de la saga : se déliter à vitesse grand V et accroître le nombre de railleries potentielles. Une réalisation qui pique les yeux (un peu comme des vapeurs de vomi), un scénario sombrant dans le n'importe quoi le plus total, des acteurs qui jouent comme des patates, un mélange inédit pour un film interdit aux moins de 18 ans.
Il y a encore deux ans, on pouvait voir James Wan, Leigh Whannel et Darren Lynn Bousman comme de jeunes fans de séries Z voulant jouer au plus malin. Résultat : zéro crédibilité, beaucoup de progrès à faire côté caméra, mais un aspect vraiment jouissif dû à la surdramatisation et à l'ingéniosité de bas étage des scènes d'horreur. Des films qui donnaient au pop corn un léger goût de pus sans pour autant masquer le sucre. Cette fois, l'équipe de Saw III a décidé d'aller encore plus loin. Mais alors vraiment. Trépanation, os broyés, noyade dans une piscine de pus d'animaux (si si), têtes qui explosent : rien ne nous est épargné, mais on s'en tamponne. Ça ressemble trop à l'oeuvre de trois lycéens voulant choquer à tout prix. La réalisation est d'une laideur à couper le souffle : illisible, avec une image jaunâtre, comme un screener sur grand écran. Berk. Mais le vrai clou du spectacle, c'est bel et bien le scénario.
Qu'on ne nous fasse pas prendre les vessies pour des lanternes : la saga Saw n'est pas destinée aux intellectuels. Chaque film est un condensé de scènes possiblement choc et se conclut par un twist final un peu con mais assez amusant. Ici, cependant, c'est un tout petit peu différent. Car Saw III repousse très loin les frontières du ridicule. Auto-citations permanentes, retours en longueur sur des scènes des épisodes précédents, longues séquences à vocation psychologique voulant faire passer le "tueur au puzzle" pour un type plus profond qu'Hannibal Lecter... Le film réussit l'exploit d'être à la fois totalement vide et incroyablement abscons. Et de décrédibiliser certaines scènes des deux premiers volets auxquelles on avait pu croire. Une sorte de nouvelle auto-destruction (cette année, c'est décidément la mode, après le suicide plein écran de Shyamalan). Se mêlent l'ennui total et une incompréhension massive : pour avoir une chance minime de piger ce qui se passe à l'écran, il faudrait avoir vu, revu et appris par coeur les deux premiers épisodes. Mais non : mieux vaut abandonner ici cette franchise déjà ridicule, et dont les quatrième et cinquième épisodes sont d'ores et déjà prévus. Pourtant, on espère secrètement que le public va continuer à aller voir en masse ce ramassis de conneries parfum gerbe, rien que pour qu'il y ait un sixième épisode. Le jeu de mots est éculé, mais il vaut le coup. Et Saw 6 aurait peut-être une chance d'être moins ridicule que son titre.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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