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10 août 2009

UNE ARNAQUE PRESQUE PARFAITE

Catalogué comme super petit malin en chef depuis le teeno-bogartien Brick, Rian Johnson est de retour avec ce film au titre français imbouffable, qui vise plus gros côté casting et moyens mais reste empreint d'une modestie qui fait chaud au coeur. Il livre moins un film d'arnaque qu'un film sur des arnaqueurs, et c'est tant mieux car les spectateurs aux dents longues commencent à être trop rodés pour qu'on leur fasse avaler certaines couleuvres. On commence à observer côté coulisses comment tout cela se trame, quelle est la quantité de travail et de chance pour réussir une bonne arnaque. Tout cela avec une bonne grosse dose d'humour souvent loufoque, toujours barré. Johnson semble s'être lancé un défi : parvenir à régulièrement drôle en un seul plan. D'où une vraie profondeur visuelle et rythmique qui ajoute l'admiration à l'hilarité.
Une arnaque presque parfaite est d'abord la confirmation du gigantesque talent de mise en scène de Rian Johnson. Impossible de compter ou d'énumérer le nombre de plans absolument magnifiques et d'idées renversantes qui le composent, lui donnant sa singularité. Sur ce plan, c'est un plaisir de tous les instants, qui se trouve sans cesse renouvelé. Les acteurs sont passionnants, l'histoire pas désagréable... alors pourquoi le film crée-t-il au final un sentiment de frustration, de manque, l'impression d'avoir manqué de peu un chef d'oeuvre et de se retrouver au final avec un gentil divertissement rocambolesque et pittoresque mais pas aussi brillant que prévu ? Peut-être parce que, malgré la grande beauté formelle de chaque plan, il semble manquer une véritable unité. Ou parce que le scénario finit par devenir lassant, aussi original soit-il.
Commençant comme une description de la vocation d'arnaqueur et des préparatifs d'une bonne arnaque, le film se mue progressivement en une histoire plus classique de jeu de dupes, bien ficelée - d'autant que la pigeonne est loin d'être conne - mais un peu plus attendue. Comme dans certains films de David Mamet ou autres, on finit même par de désintéresser de l'intrigue, puisqu'il est clair que jusqu'au bout personne ne pourra deviner ce qui est arnaque, ce qui ne l'est pas, où est la part de vérité et où est le bluff. La conclusion a beau rattraper le tout d'une manière assez bouleversante, le film semble s'être tiré une balle dans le pied en se montrant finalement trop futé et pas assez ludique. Rian Johnson est décidément un sacré petit malin, mais il gagnerait sans doute à descendre de son piédestal et à se mettre pour un temps au niveau du spectateur afin de le regarder droit dans les yeux au lieu de se cacher derrière des dispositifs certes brillants. On l'attend de pied ferme.



Une arnaque presque parfaite (The brothers Bloom) de Rian Johnson. 1h49. Sortie : 05/08/2009.

29 août 2006

BRICK

Drôle de film. Le jeune Rian Johnson défenèstre les codes du tenn-movie pour livrer au final un film noir au formalisme appuyé. Brick conte la quête (et l'enquête) d'un ado nommé Brendan, qui recherche activement l'assassin de son ex petite amie. Tour à tour flegmatique et rageur, Brendan est le personnage le plus réussi du film, entre Philip Marlow et le héros de Memento. Car oui, Joseph Gordon-Levitt fait diablement penser à Guy Pearce, et on aurait bien vu Christopher Nolan aux commandes de ce film. Après Mysterious skin, Gordon-Levitt met à nouveau une grande claque à tout le monde et s'impose comme une valeur montante du jeune cinéma américain.
Tous les ingrédients du film noir sont présents, et pourtant on a l'impresion de ne jamais avoir vu ça ailleurs. Peut-être parce qu'à l'image de son personnage principal, le film est en constant décalage avec le reste de l'humanité, préférant se contruire sa propre logique et ses propres méthodes pour avancer. C'est d'autant plus efficace que ça fonctionne sans que les ficelles soient apparentes.
Concentré de bon cinéma, Brick est un film profondément triste, où la solitude confine à la routine. C'est beau, intelligent, et ça promet sacrément.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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