Une arnaque presque parfaite est d'abord la confirmation du gigantesque talent de mise en scène de Rian Johnson. Impossible de compter ou d'énumérer le nombre de plans absolument magnifiques et d'idées renversantes qui le composent, lui donnant sa singularité. Sur ce plan, c'est un plaisir de tous les instants, qui se trouve sans cesse renouvelé. Les acteurs sont passionnants, l'histoire pas désagréable... alors pourquoi le film crée-t-il au final un sentiment de frustration, de manque, l'impression d'avoir manqué de peu un chef d'oeuvre et de se retrouver au final avec un gentil divertissement rocambolesque et pittoresque mais pas aussi brillant que prévu ? Peut-être parce que, malgré la grande beauté formelle de chaque plan, il semble manquer une véritable unité. Ou parce que le scénario finit par devenir lassant, aussi original soit-il.
Commençant comme une description de la vocation d'arnaqueur et des préparatifs d'une bonne arnaque, le film se mue progressivement en une histoire plus classique de jeu de dupes, bien ficelée - d'autant que la pigeonne est loin d'être conne - mais un peu plus attendue. Comme dans certains films de David Mamet ou autres, on finit même par de désintéresser de l'intrigue, puisqu'il est clair que jusqu'au bout personne ne pourra deviner ce qui est arnaque, ce qui ne l'est pas, où est la part de vérité et où est le bluff. La conclusion a beau rattraper le tout d'une manière assez bouleversante, le film semble s'être tiré une balle dans le pied en se montrant finalement trop futé et pas assez ludique. Rian Johnson est décidément un sacré petit malin, mais il gagnerait sans doute à descendre de son piédestal et à se mettre pour un temps au niveau du spectateur afin de le regarder droit dans les yeux au lieu de se cacher derrière des dispositifs certes brillants. On l'attend de pied ferme.
Une arnaque presque parfaite (The brothers Bloom) de Rian Johnson. 1h49. Sortie : 05/08/2009.