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30 juin 2008

MES AMIS, MES AMOURS

Qu'attendre d'un film tiré d'un roman de Marc Lévy ? Forcément, pas grand chose. Pourtant, il restait un minimum d'espoir à l'idée de voir Lorraine Lévy (soeur de l'écrivaillon et réalisatrice du mignonnet La première fois que j'ai eu 20 ans) se charger de l'adaptation d'un bouquin dont l'atout principal est qu'il ne verse pas, comme les autres oeuvres de son auteur, dans le fantastico-guimauve. On pouvait donc espérer un sympathique film de potes, pas révolutionnaire mais au moins rafraîchissant, le divertissement parfait pour mes grands-parents un dimanche de pluie. Même pas : Mes amis Mes amours est un mauvais film, qui zigzague entre romance toute pourrie et comédie pas drôle, embarquant avec lui des acteurs qu'on aime bien mais qui font ici peine à voir.
Marc Lévy, c'est un peu l'anti roi Midas. On ne parle pas de l'aspect financier, puisque ses romans de plage lui ont sans doute permis d'amasser une fortune colossale. Non, c'est sur le versant "artistique" de la chose que la comparaison s'impose. Prenez une cinéaste en forme d'espoir, deux acteurs souvent convaincants et un genre inratable : au contact de l'univers de Lévy, ces petites choses bien réglées implosent. Effroyablement mis en scène, Mes amis Mes amours est une succession de plans clichés et totalement mal foutus, à base de gros plans bien moches et d'une image granuleuse pour faire authentique. Le montage à la hache (pas de transitions, rien, juste une juxtaposition d'images) fait le reste : ce film, c'est 0% rythme, 100% léthargie. Pour un divertissement, c'est plutôt ballot. La direction d'acteurs est à peine meilleure : Lindon est encore pire que quand il est mauvais, retrouvant ses tics d'autrefois et balutiant son jeu de bout en bout, sans doute contaminé par une Virginie Ledoyen qui n'en finit plus d'être archi-nulle. Quand elle aura fini d'avoir de beaux genoux, nul doute qu'on n'entendra plus jamais parler d'elle (vivement). Seul Pascal Elbé résiste au choc malgré un personnage taillé à la serpe, tout comme Florence Foresti dans ce qui est quasiment son meilleur rôle (mais, aussi bonne humoriste soit-elle, elle n'a jusqu'ici pas eu beaucoup de flair côté cinéma).
Difficile de blâmer des acteurs qui n'ont de toute façon rien à défendre. Les gags sont usés jusqu'à la corde, l'argument romantique part en pièces au bout de deux minutes, et les métaphores sont d'une telle mièvrerie que même Barbara Cartland doit se marrer. Tout le monde semble persuadé que filmer le vertige du personnage de Lindon (en haut d'une échelle, puis en haut d'un arbre, puis d'un autre) est une bonne façon de parler de la peur du vide, de celle obsession d'une existence bien remplie qui ronge pas mal d'entre nous. Avec un peu de finesse, ça passerait sans doute. Là, définitivement pas. La finesse n'est de toute façon pas le maître-mot d'un film qui croque Londres de façon encore plus schématique qu'une carte postale (avec, en plus, une B.O. archi-prévisible qui nous achève à intervalles réguliers) et va jusqu'à faire brusquement mourir un personnage juste pour créer un peu d'émotion (avec, à la clé, une scène d'enterrement particulièrement risible). Pour un peu, on regretterait presque Le coeur des hommes 2 qui, à défaut de faire dans la dentelle, proposait au moins quelques tranches de vies sensées sur l'amour et l'amitié virile. Ici, nada. Il faut se contenter de scènes aussi mémorables que celle où Lindon tombe amoureux de Ledoyen en apercevant sa nuque tandis qu'elle choisit scrupuleusement son Figaro du jour. Si c'est ça l'amour, mieux vaut sans doute rester tout seul. Et si c'est ça le cinéma, mieux vaut rester chez soi.
2/10

12 déc. 2007

UN BAISER S'IL VOUS PLAÎT

Avec Changement d'adresse, Emmanuel Mouret était subitement passé du statut d'auteur franchouillo-agaçant à celui d'auteur en devenir. Son sens du dialogue et du timing fait le sel d'un cinéma théâtral et singulier, qui nécessite un peu de bonne volonté de la part du spectateur mais qui ensuite dévoile ses charmes et ses délices. Un baiser s'il vous plaît, c'est du Mouret pour sucre : les dialogues sont finement taillés et les situations schématiques mais construites de façon on ne peut plus rigoureuse.
Plus ambitieux que par le passé, Mouret construit son film sur l'histoire de deux couples, le premier (Julie Gayet et Michaël Cohen) dissertant à propos de la destinée du deuxième (Virginie Ledoyen et Emmanuel Mouret). Ça donne un film parfois un peu haché, aux transitions et aboutissements légèrement tirés par les cheveux. Mais l'essentiel n'est pas là : l'important, c'est que Mouret s'est surpassé pour nous servir quelques situations pour le moins cocasses. Il y a en particulier une scène dans Un baiser s'il vous plait qui justifie à elle seule tout le film, et dont le visuel est d'ailleurs utilisé sur l'affiche. Là, Mouret exploite à merveille une situation burlesque et inconfortable, qui crée inévitablement le rire et l'envie d'en avoir toujours plus.
On sent malheureusement que l'auteur a peiné à boucler ses intrigues, comme s'il n'avait pas su de dépêtrer de cette construction à deux niveaux. D'où une dernière demi-heure pataude et pénible, qui se contente de recycler des recettes éculées. Heureusement, le casting est presque parfait, et permet d'arriver jusqu'à la fin sans trop d'ennui. Seule Virginie Ledoyen semble totalement à côté de ses pompes, ne trouvant jamais le tempo adéquat dans un rôle certes pas évident. Manquer de timing chez Mouret, c'est comme manquer de poitrine chez Russ Meyer : c'est légèrement fâcheux. Une prestation ratée qui nuit légèrement à un film sympathique mais pas aussi convaincant que prévu.
6/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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