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26 avr. 2008

CA$H

À l'époque où il était encore lisible, le magazine Première nous régalait notamment avec une excellente rubrique, Anthologie du film con, dans laquelle Jean-Jacques Bernard rendait hommage à sa manière à quelques-une des oeuvres les plus stupides du cinéma mondial. À coup sûr, Ca$h aurait donné du grain à moudre à cet excellent journaliste. Car non content d'être dépourvu de neurones, le machin d'Éric Besnard voudrait passer pour un film roublard, malicieux et extrêmement pointu. Il n'y a pas plus horripilant que les cons qui ne savent pas qu'ils en sont. La formule s'applique également au film.
Sur le papier, Ca$h, c'est donc un Ocean's eleven à la française, avec ses diamants, son casse, son équipe de pieds nickelés, ses beaux costards. Oui mais non. La liste des tares du film ressemble à un catalogue. Pas rythmé, très (mais alors très) mal filmé, mochissime. Joué n'importe comment (même si Dujardin s'en sort à peu près grâce à une sympathie à toute épreuve), effroyablement écrit. Et donc, formidablement con. S'il n'y a rien de plus beau qu'une belle arnaque, que dire de celles qui mettent des plombes à se mettre en place mais dont on a déjà tout compris avant même la fin de la phase d'exposition ? D'un film qui semble hurler à chaque seconde "regardez comme on est malins, vous allez être cueillis", et qui se conclut par le twist final le plus prévisible du début de siècle ? D'un étalage de bling-bling à faire baver d'envie notre cher omniprésident ? Consternation totale. Besnard se prend pour Soderbergh, et c'est exaspérant. Même le compositeur a pompé la BO d'Ocean's eleven (sauf qu'ici, la musique est mal orchestrée, et imposée à nos pauvres oreilles du début à la fin, à fort volume).
Rarement une heure quarante aura semblé si longue. On aurait presque préféré se trouver face à un des derniers films de Gérard Krawczyk, aussi idiots que celui-ci, mais conscients de leur condition. On rentre chez soi avec l'envie de revoir L'arnaque, les Ocean's, et une bonne partie de la filmo de David Mamet. Seul point positif d'un film qui ravira à coup sûr les programmateurs de TF1.
1/10

24 avr. 2008

SANS ARME NI HAINE NI VIOLENCE

Troisième Robin des Bois à passer derrière la caméra, Jean-Paul Rouve se livre avec la même sincérité que ses anciens camarades (messieurs Barthélémy et Martin-Laval) : il offre un film à son image, c'est-à-dire parfois un peu gauche, ouvertement démodé, mais foncièrement sympathique. Si Sans arme ni haine ni violence entend parler d'Albert Spaggiari et du casse qui a forgé sa légende, on est ici bien loin du simple biopic ou du film de cambriole. Le film de Rouve est une fantasie pure, à la fois très écrite et très libre, le portrait d'un homme qui conçoit sa vie comme une oeuvre d'art à tel point qu'il finit par passer à côté. Mais toujours avec le sourire.
Sans arme ni haine ni violence se distingue par un humour très "rouvesque", avec ses dialogues juste assez à côté de la plaque pour étonner ou attendrir, mais pas trop quand même histoire de ne pas sombrer dans le loufoque le plus total. On s'attache à ce personnage si singulier, ainsi qu'à celui de Gilles Lellouche, enquêteur venu pister Spaggiari jusqu'aux tréfonds (comprendre "hôtels quatre étoiles") de l'Amérique du Sud. Leur relation est au centre du film, et si la fin ne fait guère de doute (de la configuration traqueur/traqué naîtra bientôt une amitié possiblement sincère), on est presque ravi du confort assuré par un déroulement prévisible.
S'il ne semble pas tout à fait à l'aise avec la mise en scène, Rouve crée un style maladroit mais assumé, dont l'esprit fait penser aux comédies des années 70, l'obsession du gag en moins. Visiblement fasciné par cette époque (grosso modo fin Giscard début Mitterrand), il prend un plaisir visible à en reconstituer le moindre détail et à utiliser son côté suranné et rococo. Décors, costumes, postiches : de cette frénésie de couleurs et d'influences un peu moches (mais très appréciées en leurs temps) naissent une vraie poésie et un charme désuet. Transcendé par une BO très old school mais idéalement choisie (de Daniel Guichard à Julien Clerc), Sans arme ni haine ni violence atteint sans trop d'encombres son objectif séduction. Une comédie fine et délicieusement désenchantée. Cela semble être la spécialité des ex-Robins, et c'est tant mieux.
7/10

14 févr. 2008

NOTRE UNIVERS IMPITOYABLE

Demandez donc ce qu'ils en pensent à Ségolène et François, ou encore à Laurence et Thomas : travailler en semble tout en formant un couple ne mène pas toujours à une issue heureuse. Surtout lorsque les deux membres du couple aspirent au même poste suprême, ou en tout cas à la même promotion. Dès lors, la comédie romantique devient une terrible comédie de l'arrivisme, où plus aucun secteur n'échappe à l'hypocrisie, à la rancoeur et à la compétition. C'est le thème de Notre univers impitoyable, deuxième long-métrage de Léa Fazer après un amusant Bienvenue en Suisse. Et quoi de mieux pour camper un couple que d'en engager un ? Dans les rôles principaux, Alice Taglioni et Jocelyn Quivrin prennent un malin plaisir à transformer leur amour de la vraie vie en un jeu de massacre des plus réjouissants.
Ce très bon choix de casting est l'une des réussites principales du film de Léa Fazer : aussi beaux, riches et futés que leurs personnages, les deux acteurs s'en donnent à coeur joie et dynamitent l'idée reçue selon laquelle avoir un bon job, une belle gueule et une conjoint craquant suffit obligatoirement à rendre heureux. Le moteur principal du scénario est la parité, thème ô combien à la mode depuis quelques années. Plutôt que de jouer sur un seul tableau et de choisir entre les deux alternatives qui s'offraient à elle, la réalisatrice a décidé de mêler ces possibilités en une seule. Notre univers impitoyable propose ainsi d'observer ce qui se passe suivant que le mâle ou la femelle a obtenu le poste d'associé tant convoité. Par un habile jeu de miroir, le film passe d'une hypothèse à l'autre, et montre sans trop de démagogie qu'aucune des solutions n'est plus souhaitable que l'autre. Tous pourris nous sommes, tous pourris nous resterons, quoi qu'il y ait sous le pantalon.
Reste que ce procédé est un poil surexploité, et que Notre univers impitoyable finit par tourner en rond. Une fois son message délivré, Fazer s'enferme dans son concept et l'étire jusqu'à la rupture. Il était courageux de livrer une comédie uniquement basée sur les situations (ni gros gags ni répliques qui tuent), mais un tel choix nécessite d'avoir de l'endurance et de la suite dans les idées. Heureusement, l'abattage du couple-star rend l'ensemble toujours agréable, d'autant que la fin, à la fois attendue et très agréable, vient donner un ultime coup de peps à un film sympathique mais manquant singulièrement de souffle.
6/10

5 févr. 2007

L'ÎLE AUX TRÉSORS

Robert Louis Stevenson doit se retourner dans sa tombe. Sa fameuse Île au trésor vient de subir une sacrée révision, et pas vraiment pour le meilleur. "Librement piraté" du roman de l'Américain, L'île aux trésors est en effet un petit massacre, moche, ennuyeux et même pas drôle. Il y avait pourtant quelques bonnes intentions dans ce fatras : injecter dans un film familial ce qu'il faut de violence (avec cadavres à la pelle) et de mauvais esprit (des personnages affreux, sales et méchants, et même du cannibalisme). Le problème, c'est que L'île aux trésors est tellement bâclé qu'on se moque bien vite de ces intentions louables.
Mise en scène inexistante, direction d'acteurs approximative, absence totale de rythme et d'unité, manque criant de gags : on frôle le vide absolu tant l'ensemble du film est mauvais. Et c'est tout juste si l'on peut se raccrocher aux quelques sympathiques comédiens qui composent le casting. Dans le rôle du pirate le plus pourri de l'univers, Jugnot semble s'éclater mais nous oublie en route ; Jean-Paul Rouve, en roue libre, n'a pas grand chose à défendre ; quant à Alice Taglioni, elle distraiera allègrement le spectateur mâle en exhibant deux heures durant ses fiers attributs, très (mais alors très) compressés dans son corset.
C'est dire le désintérêt total provoqué par le film : on en est réduit à lorgner du début à la fin les plans suffisamment larges pour qu'Alice dévoile ses charmes. En toute fin de course, l'apparition d'un personnage bien déjanté (sorte de Robinson Crusoë en moins cool) et une vraie méchanceté dans le trait laissent entrevoir ce qu'aurait éventuellement pu être L'île aux trésors, monumental gâchis qui ferait presque passer les Pirates des Caraïbes pour d'inestimables chefs d'oeuvre.
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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