Affichage des articles dont le libellé est Serge Larivière. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Serge Larivière. Afficher tous les articles

23 nov. 2008

LA TRÈS TRÈS GRANDE ENTREPRISE

Difficile de contester l'aspect inexorablement sympathique des films de Pierre Jolivet, mêlant intrigues malicieuses, arrières-plans sociaux et castings aux petits oignons. La très très grande entreprise n'échappe pas à la règle : sous prétexte de s'attaquer aux grandes firmes qui polluent l'environnement (sur les plans écologique et social), Jolivet livre une comédie relativement légère qui voit quelques victimes d'une grande entreprise jouer les monte-en-l'air pour assurer leur revanche et leurs arrières. Il y a de quoi s'amuser, notamment grâce à la prestation homogène d'un excellent quatuor d'acteurs. Roschdy Zem montre une nouvelle fois qu'il a la carrure pour enchaîner les premiers rôles ; Marie Gillain joue assez agréablement d'un air mutin qui fut souvent bien plus agaçant ; Adrien Jolivet est un petit mec franchement charmant ; quant à Jean-Paul Rouve, plus en retrait, il fait cependant preuve d'une maturité insoupçonnée.
Le problème du film, outre une sévère baisse de rythme en fin de course, c'est qu'il peine à afficher ses véritables intentions. D'un côté, il tente de tirer sur la corde sensible en insistant sur les conséquences malheureuses de la gestion calamiteuse des grandes sociétés, qui affichent un mépris total envers ceux auxquels elles ont nui. De l'autre, il enchaîne les péripéties absolument pas crédibles en faisant des héros des rois de l'infiltration. Si bien qu'il devient difficile de savoir quoi penser. Il est évidemment permis (et nécessaire) de rire avec la misère sociale, mais Jolivet donne ici l'impression de n'utiliser la détresse de ses personnages que comme un prétexte pour orchestrer une grande foire à la rigolade. À côté de Ma petite entreprise ou même de Zim and co., La très très grande entreprise apparaît comme un Jolivet mineur, lui qu'on a connu tellement plus inspiré pour mêler la réalité du moment à ses comédies et polars. Nul doute qu'il nous reviendra bientôt en bien meilleure forme.
5/10

15 sept. 2008

LA POSSIBILITÉ D'UNE ÎLE

La possibilité d'une île, mais aussi l'impossibilité d'un film. Aucun cinéaste ne pouvait s'attaquer à l'épais roman de Michel Houellebecq. C'est pourquoi Houellebecq s'y est mis lui-même. C'est peut-être de l'audace, à moins que cela ne relève d'une envie d'auto-destruction. En tout cas, malgré l'enthousiasme certain du Droopy du roman français, La possibilité d'une île est un tout petit film, pas totalement raté mais en tout cas moins passionnant (moins houellebecquien) que la plupart des bouquins du monsieur.
On ne peut contester le caractère titanesque du travail d'adaptation, visant à transformer un pavé en un film d'une heure vingt-cinq. Le problème, c'est que Houellebecq a surtout taillé dans le vif, se séparant tout net de la première partie de son roman pour foncer la tête la première dans la seconde, métaphysique et erratique, comme du Arthur C. Clarke sauce au poivre. Ce qui pouvait sembler une bonne idée à la base (se séparer du traditionnel propos vitriol-sexe) aboutit à un film aride, qui n'aurait pu être brillant qu'avec un vrai cinéaste derrière la caméra. Tel quel, on a l'impression que le spectacle proposé ne raconte rien et n'a aucune épaisseur. Houellebecq pratique l'image plutôt que le verbe, d'où une oeuvre si mutique qu'on n'y entrave pas grand chose. On a l'impression de voir un film à moitié vide alors qu'on le sait à moitié plein. Et si certaines images sont belles et pures, d'autres flirtent avec le ridicule, comme un The fountain version supra-kitsch.
Les partenaires de Houellebecq sur le projet louaient son ambition, son perfectionnisme et ses envies de grand cinéma : à l'écran, on sent en effet poindre ces intentions, mais seule la maladresse prend réellement corps ici. Film désincarné, La possibilité d'une île déshumanise jusqu'à ses acteurs, et surtout un Benoît Magimel parfait dans le rôle d'un monolithe polymorphe. Aussi courageuse soit-elle, cette adaptation ne vaut pas celles de Philippe Harel et même Oskar Roehler, auteurs de films plus classiques mais finalement plus imbibés de l'ambiance et du génie de cet incroyable petit mec dégarni.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz