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1 nov. 2008

QUANTUM OF SOLACE

Si ça n'était pas déjà pris, Casino royale aurait pu s'appeler Les promesses de l'ombre : on y voyait un 007 neuf, à la fois plus impitoyable et plus vulnérable, loin du faux dandy qui sirotait des cocktails en balançant des vannes misogynes. Anéanti par une trahison doublée d'une perte conséquente, Bond se retrouvait complètement dévasté, prêt à gâcher sa carrière et sa vie pour assouvir sa soif de vengeance et de réponses. Quantum of solace est la suite directe du film de Martin Campbell, là où les précédentes aventures bondiennes s'enchaînaient sans véritable articulation. Mieux vaut donc avoir revu Casino royale pour tenter de piger quelque chose à ce nouvel opus.
Clairement, Quantum of solace est une déception, ne reprenant que très superficiellement les caractéristiques qui faisaient le sel du film précédent. Oui, Bond est toujours un homme blessé ; non, il n'agit plus comme une simple machine à sauver le monde. Mais tout cela est orchestré avec un tel manque de finesse que l'on en vient presque à regretter l'époque où un James Bond était aussi éphémère et explosif qu'une aventure sans lendemain. La psychologie de l'ensemble reste relativement limitée. Marc Forster montre un Bond qui agit avant de réfléchir, envoyant à trépas ceux qui auraient pourtant pu l'aider dans sa quête. Un trait de caractère nouveau, qui s'inscrit dans la continuité de Casino royale. Sauf qu'on n'entrevoit jamais vraiment la multitude de dilemmes intérieurs qui devrait régir l'agent. On se contente alors de l'observer, lui qui enchaînement mollement les péripéties aux quatre coins du globe.
Assez indigeste, le scénario de Paul Haggis se contente de reprendre les recettes du volet précédent, d'où l'impression d'assister à une photocopie dépressive de Casino royale. Les rares moments de vraie action ne viennent même pas relancer la machine, Forster les filmant avec une réelle tiédeur. On sent l'envie de faire ce qu'avaient réussi Doug Liman puis Paul Greengrass dans la trilogie Bourne : un filmage agité pour mieux faire ressortir la violence froide transcendée par la fureur du personnage. Au jeu des comparaisons, Forster sort largement perdant, d'autant qu'à cette louable intention se mêle une obsession visible de rester dans un carcan hollywoodien (un James Bond doit rester un film familial). Si bien qu'on s'y perd.
Cela n'enlève rien à la puissance de Daniel Craig, qui relègue tranquillement les Brosnan, Moore et autres Dalton au rang de vieux agents défraîchis. Ici, il paraît malheureusement bien seul, les James Bond girls choisies manquant de dimension. Trop apprêtée pour être crédible, Olga Kurylenko perd un peu de son charme (on est loin de sa prestation moite dans L'annulaire) et se révèle inapte à nous faire croire à son personnage de vengeresse. Ne parlons même pas de Gemma Arterton, rapidement expédiée dans un simulacre d'hommage à Goldfinger. On regrette sérieusement Eva Green. Quant à Mathieu Amalric, bloqué par un personnage presque trop sobre, il doit se contenter du minimum syndical, c'est-à-dire de jouer de ses inquiétants yeux ronds.
On peine à voir comment la franchise James Bond pourra se relever de ce faux pas qui réduit en fumée tout ce que Casino royale avait patiemment mis en place. Paradoxalement, la résurrection de Bond entamée en 2006 est peut-être un premier pas vers sa mort prochaine. Artistiquement en tout cas, puisque tout se passe extrêmement bien côté tiroir-caisse. Tant mieux pour la famille Broccoli, et tant pis pour nous.
4/10

24 nov. 2006

CASINO ROYALE

Les derniers James Bond sentant un peu le sapin, la célèbre famille Broccoli (faut dire qu'avec un nom pareil) avait annoncé sa volonté d'injecter du sang neuf à une saga qui s'est toujours moquée de faire dans l'originalité. Embaucher le réalisateur de GoldenEye pour faire dans la nouveauté pouvait sembler un peu absurde. Tout comme revenir à la source en adaptant directement le roman de Ian Fleming dans lequel James Bond effectue ses premiers pas d'agent double zéro. Pourtant, si Casino royale n'a rien d'un film parfait, on peut dire que le lifting souhaité est plutôt réussi.
Première étape : une nouvelle tête pour l'agent 007. La surprise, c'est que Daniel Craig fait non seulement oublier la campagne dévastatrice des médias et des fans à son econtre, mais qu'il éclipse également les interprètes précédents. Jamais un Bond n'a autant ressemblé à un vrai mec, un dur de dur, plutôt qu'à un minet qui boit du martini en replaçant sa permanente. Et si le James Bond de Casino Royale sort tout droit de l'imagination de Ian Fleming, son actualisation version 2006 fait penser à deux agents secrets majeurs de ces dernières années. D'une part, Jason Bourne, le héros de La mémoire dans la peau et ses suites, auquel Craig emprunte la blondeur et les muscles (finies les scènes d'action d'une demi-heure en smoking / noeud pap, bonjour les bastons rugueuses d'homme à homme). De l'autre, Ethan Hunt, roi de la mission impossible au coeur d'artichaut qui devient le plus fragile des hommes dès lors que l'on s'attaque à ceux (et surtout à celle) qu'il aime. Un James plus sentimental, dont les failles naissantes sont autant d'atouts pour le film.
Mais James Bond n'est pas le seul à avoir subi une vaste opération de dépoussiérage. Les multiples grigris traditionnels de la saga en ont pris un coup. Si le sacro-saint (et trop long) générique n'a pas été sacrifié, le reste a été repensé avec toujours cette volonté farouche de faire un peu différemment après une vingtaine de photocopies plus ou moins habitées. Modernité des scènes d'action, rareté des gadgets, pas de long et ennuyeux combat final avec le méchant... Voilà des concessions qui font du bien. Casino royale revient à la base du genre espionnage pour livrer un suspense psychologique encore un peu trop hollywoodien mais aux intentions louables. La partie de poker qui constitue l'un des sommets du film est une vraie réussite. Et la James Bond Girl n'est pas une simple bonnasse bonne à jeter après usage : jouée avec conviction par Eva Green, Vesper Lynd, est l'une des héroïnes bondiennes les plus intéressantes de l'histoire. Et l'on comprend bien des choses sur les comportements futurs de Bond avec les nanas.
Comme un James Bond reste un James Bond, il demeure quelques reproches assez habituels à faire au film : trop long (2h25), avec un méchant pas vraiment réussi (malgré l'application de Mads Mikkelsen) et des personnages secondaires un peu faibles. Il n'empêche, Casino royale constitue une avancée encourageante dans la saga, et le résultat honorable devrait donner envie aux producteurs de poursuivre dans cette voie.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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