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2 juin 2007

AFTER THE WEDDING

On a beau n'avoir découvert en France que les pièces les plus récentes de sa filmographie (trois sorties françaises sur une dizaine de longs métrages), Susanne Bier est installée depuis quelques temps déjà parmi les auteurs qui comptent, ceux dont on attend le film suivant avec impatience. Auréolé d'une réputation flatteuse (comme d'habitude, la nomination à l'Oscar en plus), After the wedding vaut le coup d'oeil. Comme souvent, Bier met en scène un triangle amoureux, selon le principe qui veut que les absents aient toujours tort.
Après un handicap fulgurant ou une douloureuse escapade en Irak dans les précédents films, c'est cette fois un dévouement total envers une oeuvre humanitaire qui va pousser le personnage principal (Mads Mikkelsen, grande classe) à passer à côté de l'amour de sa vie. Les premières images donnent le ton : on nage dans le mélodrame, mais un mélodrame une fois encore pudique et digne. La mise en scène de Susanne Bier est le révélateur parfait de sentiments humains mitigés. La caméra à l'épaule se fait discrète et évite les soubresauts, favorisant la proximité sans jamais effrayer le spectateur. C'est juste très beau.
Il faut évidemment sortir le film du reste de l'oeuvre de Bier. Au petit jeu des comparaisons, After the wedding ne sort pourtant pas si gagnant : trop longs par moments, le films souffre surtout d'une dramatisation un peu chargée en fin de course, là où Open hearts ou Brothers avaient élégamment flirté avec la ligne blanche sans jamais la franchir. Peu de chose face à l'intensité et à la puissance visuelle d'un cinéma élégant qui donne un sérieux coup de jeune à des histoires qu'on croyait trop simples.
7/10

24 nov. 2006

CASINO ROYALE

Les derniers James Bond sentant un peu le sapin, la célèbre famille Broccoli (faut dire qu'avec un nom pareil) avait annoncé sa volonté d'injecter du sang neuf à une saga qui s'est toujours moquée de faire dans l'originalité. Embaucher le réalisateur de GoldenEye pour faire dans la nouveauté pouvait sembler un peu absurde. Tout comme revenir à la source en adaptant directement le roman de Ian Fleming dans lequel James Bond effectue ses premiers pas d'agent double zéro. Pourtant, si Casino royale n'a rien d'un film parfait, on peut dire que le lifting souhaité est plutôt réussi.
Première étape : une nouvelle tête pour l'agent 007. La surprise, c'est que Daniel Craig fait non seulement oublier la campagne dévastatrice des médias et des fans à son econtre, mais qu'il éclipse également les interprètes précédents. Jamais un Bond n'a autant ressemblé à un vrai mec, un dur de dur, plutôt qu'à un minet qui boit du martini en replaçant sa permanente. Et si le James Bond de Casino Royale sort tout droit de l'imagination de Ian Fleming, son actualisation version 2006 fait penser à deux agents secrets majeurs de ces dernières années. D'une part, Jason Bourne, le héros de La mémoire dans la peau et ses suites, auquel Craig emprunte la blondeur et les muscles (finies les scènes d'action d'une demi-heure en smoking / noeud pap, bonjour les bastons rugueuses d'homme à homme). De l'autre, Ethan Hunt, roi de la mission impossible au coeur d'artichaut qui devient le plus fragile des hommes dès lors que l'on s'attaque à ceux (et surtout à celle) qu'il aime. Un James plus sentimental, dont les failles naissantes sont autant d'atouts pour le film.
Mais James Bond n'est pas le seul à avoir subi une vaste opération de dépoussiérage. Les multiples grigris traditionnels de la saga en ont pris un coup. Si le sacro-saint (et trop long) générique n'a pas été sacrifié, le reste a été repensé avec toujours cette volonté farouche de faire un peu différemment après une vingtaine de photocopies plus ou moins habitées. Modernité des scènes d'action, rareté des gadgets, pas de long et ennuyeux combat final avec le méchant... Voilà des concessions qui font du bien. Casino royale revient à la base du genre espionnage pour livrer un suspense psychologique encore un peu trop hollywoodien mais aux intentions louables. La partie de poker qui constitue l'un des sommets du film est une vraie réussite. Et la James Bond Girl n'est pas une simple bonnasse bonne à jeter après usage : jouée avec conviction par Eva Green, Vesper Lynd, est l'une des héroïnes bondiennes les plus intéressantes de l'histoire. Et l'on comprend bien des choses sur les comportements futurs de Bond avec les nanas.
Comme un James Bond reste un James Bond, il demeure quelques reproches assez habituels à faire au film : trop long (2h25), avec un méchant pas vraiment réussi (malgré l'application de Mads Mikkelsen) et des personnages secondaires un peu faibles. Il n'empêche, Casino royale constitue une avancée encourageante dans la saga, et le résultat honorable devrait donner envie aux producteurs de poursuivre dans cette voie.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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