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7 oct. 2009

FUNNY PEOPLE

Judd Apatow est un type génial : producteur émérite, découvreur de talents, heureux père de famille... et auteur frustrant. Funny people est son troisième long-métrage, et c'est par conséquent la troisième fois qu'on se dit que ce mec est un génie, mais qu'il nous le montrera mieux dans son film suivant. L'âge adulte, la paternité, et maintenant l'humour et la mort : dans les films qu'il réalise, Apatow empoigne des thèmes "de société", terriblement généraux dans leur énoncé, mais dans lesquels il injecte tout un lot de névroses qu'il fait passer à grands coups d'humour salvateur. Le sujet de Funny people - une star du stand-up apprend qu'elle est mourante - fleurait particulièrement bon la grande comédie existentialiste et donc dépressive, une sorte de film à la John Hughes mais avec des plus de 30 ans dedans.
Il n'y a d'ailleurs guère de tromperie sur la marchandise : il y a tout ça dans Funny people. Mais il y a malheureusement autre chose. D'une durée de 2 heures 20, le film n'est jamais vraiment ennuyeux, mais il est surtout outrageusement long. Apatow semble avoir invité le long-métrage à monter soi-même : on s'emparerait volontiers d'une paire de ciseaux et d'un tube de colle afin de trancher dans le vif et d'enlever une bonne demi-heure à un film qui n'avait pas besoin de traîner en longueur vu ce qu'il raconte. Car il y a une légère arnaque dans tout cela : si l'humoriste incarné par Adam Sandler - très bien, très sobre, comme quand il est bien dirigé - apprend bel et bien que ses jours sont comptés, le film emprunte bien vite d'autres voies et finit presque par se désintéresser de ce problème pourtant essentiel, au gré d'un scénario un rien manipulateur et surtout assez paresseux.
De fait, Funny people est juste un Apatow de plus, mais un pas mauvais, qui atteint ponctuellement des sommets d'humour, qui nous enchante à coups de dialogues ciselés et de vannes vraiment drôles ou volontairement foireuses, et nous fait baigner dans les coulisses des comedy clubs où chacun vendrait sa mère pour un bon mot ou quelques minutes de médiatisation supplémentaire. Le duo Sandler - Seth Rogen fonctionne mieux que bien, les seconds rôles sont assez en retrait mais toujours efficaces, et Eric Bana s'intègre à merveille à l'univers Apatow bien qu'étant le fer de lance de la partie la moins intéressante du film. On en sort à la fois charmé et déçu, grisé par la photo de Janusz Kaminski et frustré de ne pas avoir saisi cette fois le petit manège de Judd Apatow, en se jurant néanmoins d'être au rendez-vous qu'un quatrième long qui, auto-persuasion oblige, ne pourra qu'être son chef d'oeuvre.




Funny people de Judd Apatow. 2h20. Sortie : 07/10/2009.

2 déc. 2008

DÉLIRE EXPRESS

Jeune cinéaste très sérieux, David Gordon Green s'est laissé convaincre de réaliser ce Pineapple express, stoner movie à la sauce Apatow. Pourquoi pas, après tout : il parvient à insuffler au film son sens du rythme ainsi qu'une certaine inventivité visuelle. Voilà l'atout majeur du film, un peu plus percutant que la moyenne des oeuvres fleurant l'herbe de part en part. Reste qu'une fois de plus, Délire express (titre français idiot) n'a pas de quoi figurer au rang de comédies de l'année, comme aiment à le hurler régulièrement tous ceux qui prennent Will Ferrell ou Judd Apatow pour les rois Midas du cinéma comique.
Il y a évidemment un paquet de scènes amusantes, notamment au début, les personnages principaux étant en permanence sous l'emprise de produits légèrement stupéfiants. Il y a également un certain nombre d'acteurs convaincants, notamment un surprenant James Franco et l'inconnu Danny R. Mc Bride en boulet de service. Une pléiade de dialogues réussis viennent nous rappeler que Seth Rogen, Evan Goldberg et leur bande sont tout sauf des manchots. Mais voilà : manque le "délire" du titre, qui aurait fait de ce film autre chose qu'un trop long moment à passer (1 heure 50 !), tellement ancré dans la loser attitude qu'il en devient parfois déprimant. C'est souvent l'effet que produisent les productions Apatow lorsqu'elles ne sont pas assez hilarantes : elles rendent un peu stone, déconfit par toutes ces promesses une nouvelles fois pas tenues. Un conseil : relouez-vous Eh mec ! elle est où ma caisse, voire même un Harold & Kumar, enfermez-vous chez vous et savourez. Ce sera plus rapide, et également plus efficace, que ces presque deux heures d'un trip franchement moyen.
6/10

13 juil. 2008

KUNG FU PANDA

L'an dernier, Jerry Seinfeld était arrivé à Cannes en abeille pour promouvoir un Bee movie extrêmement sympathique. En 2008, c'est Jack Black et une armée de pandas qui ont débarqué sur la Croisette, créant un gigantesque élan d'enthousiasme à propos du dernier dessin animé Dreamworks. Pardon, pas dessin animé, film d'animation, on va encore me taper sur les doigts. Toujours est-il que la légendaire coolitude de Black et une savoureuse bande-annonce (les bandes-annonces, rappelons que c'est nul, mais qu'à toute règle correspond une exception) donnaient sacrément envie de voir ce gros panda bien balourd en découdre avec les dieux du kung-fu. C'est en effet très réussi : Po est l'anti-héros parfait, le gros paresseux tapi en chacun de nous, celui qui remet toujours au lendemain les séances de footing et d'entraînements divers et variés, et qui sert des bols de nouilles alors que son destin est tout autre. Kung fu panda exprime cette médiocrité latente avec une efficacité assez terrible. On ne s'identifie pas tous les jours à un héros de dess... film d'animation, après tout.
Personnages bien caractérisés, situations vraiment drôles, animation chiadée juste comme il faut : Kung fu panda est un spectacle des plus équilibrés, qui fait dans le divertissement le plus total mais a tout de même oublié d'être con. Ce panda-là est un personnage en or, qui parle à chacun de nous et est à l'origine d'un demi-million de catastrophes. D'ailleurs, la qualité des scènes où il n'apparaît pas s'en ressente ; elles constituent le gros point faible de ce film qui aurait peut-être dû se focaliser encore plus sur lui. Des temps morts qui permettent simplement de reprendre son souffle en attendant la prochaine gaffe du panda, souvent propice à de sincères éclats de rire. Il est tout de même bien aidé par quelques serveurs de soupe assez tordants, et notamment un maître Shifu doublé avec conviction par un Dustin Hoffman qui n'en finit plus de s'amuser.
Kung fu panda confirme en tout cas qu'il faut cesser de comparer à tout prix les productions Dreamworks et Pixar. Clairement, les objectifs visés ne sont pas les mêmes, puisqu'un tel film, comme d'ailleurs Bee movie l'an dernier, est basé sur une recette faite de 90% d'entertainment et 10% d'esprit plus adulte, tandis que des films comme Ratatouille ou l'excellent Wall-E tentent une fois par an de toucher au divin et de faire encore mieux que les films live qui nous sont proposés toutes les semaines. Deux missions fort nobles, plus complémentaires que concurrentes. Il serait tout de même dommage de se priver d'une rigolade toute simple comme celle-ci.
7/10

12 nov. 2007

SUPERGRAVE

Après la vie sexuelle des quadras (40 ans, toujours puceau), puis à la pré-paternité (En cloque), la bande à Judd Apatow (soit Seth Rogen et Evan Goldberg) poursuit sa délicieuse régression au pays des hormones. Réalisé par le trop rare Greg Mottola, SuperGrave s'intéresse de près à trois ados un peu obsédés, mais surtout troublés et inquiets à l'idée de passer, disons, à la vitesse supérieure. Ils cachent cette peur panique derrière une coolitude forcée, une grossièreté de tous les instants ou un romantisme forcené ; en tout cas, leurs comportements radicalement différents les embarquent tous les trois dans des aventures plus ou moins improbables, mais d'une considérable drôlerie.
C'est d'abord par ses dialogues que SuperGrave fait mouche, le film utilisant un langage bien graveleux mais également très imaginatif, c'est-à-dire légèrement plus futé que dans un sketch de Jean-Marie Bigard (que je cite un peu trop en ce moment, alors qu'il y a quand même bien pire que son humour de fin de banquet). Le début du film est tout bonnement ) à pisser de rire. Quant aux situations proposées, elles sont souvent cocasses, mais on sent aussi qu'elles ont été bâties de façon à garder ce côté légèrement déprimant, à la façon des Ferris Bueller et autres teen movies d'antan (et de qualité). C'est notamment le cas de la conclusion du film, plus touchante qu'hilarante, qui baigne dans une pudeur délicate et un climat de spleen encore plus réussi que dans les deux films d'Apatow. Parfaitement en phase avec les mentalités de nos jeunes (et de nous, pas tout à fait vieux mais plus vraiment ados quand même), le film est à la fois un divertissement imparable et un document sociologique que l'on devrait conseiller à tous les parents du monde. Dans la peau de nos trois ados, le trio d'acteurs vaut le détour, et nul doute que s'ils ne s'obstinent pas à jouer dans de pâles copies de ce SuperGrave, on risque de parler d'eux fort longtemps.
7/10

8 oct. 2007

EN CLOQUE (MODE D'EMPLOI)

En France, on a Patrick Braoudé ; aux States, ils ont Judd Apatow et toute sa bande. Non pas qu'il soit correct de dénigrer l'auteur du sympathique Neuf mois, mais force est de constater que nos voisins les ricains ont quand même beaucoup plus de style quand il s'agit d'humour. Flanqué d'une bande de bras cassés volontaires, Apatow décrit ce qui se produit quand un jeune branleur s'installe avec la fille qu'il a engrossée un soir de beuverie. Dans la directe continuité de 40 ans, toujours puceau, il livre une chronique sentimentale (et sentimentaliste), plus tendre que féroce, sur le brutal éveil à la maturité d'un éternel ado. Épousant également le point de vue de la jeune femme enceinte (Katherine Heigl, la Izzie de Grey's anatomy, jolie et douée), il évite à son film de tomber dans la misogynie la plus totale, décrivant les hommes comme ce qu'ils sont (des porcs avec un petit bout de cervelle, mais un coeur gros comme ça sous leur enveloppe corporelle malpropre et rustaude) et les femmes idem (des harpies geignardes avec tellement d'amour à donner et à recevoir). C'est tellement bien comme ça.
Mais En cloque est avant tout une comédie, et une qui fait marrer, en plus. Même s'il lui manque probablement ici un acteur de la trempe de Steve Carell, Apatow compense avec une ribambelle de seconds couteaux tous plus sympas les uns que les autres. En tête, Seth Rogen, charmant nounours, et Paul Rudd, le beau mec le plus drôle qu'on ait vu depuis longtemps. Même si certaines scènes sont copieusement ratées (une virée sinistre au Cirque du Soleil), même si les running gags ne fonctionnent pas trs bien (l'idée pourtant épatante du pari avec le barbu), le drôlerie d'En cloque reste intacte. Parce qu'Apatow a le sens des répliques foireuses, marmonnées du coin des lèvres pendant qu'un autre personnage est déjà en train de parler. Parce qu'il sait s'entourer. Et parce qu'il filme bien. Si si : le bougre possède un vrai sens du rythme, et dynamise tellement bien ses scènes qu'elles finissent par ressembler à la vraie vie. En plus drôle. Mais en aussi pathétique. Et s'il en fait un tout petit peu trop dans la guimauve, En cloque constitue deux heures de plaisir brut, une comédie à aller voir avec l'être aimé (ou avec un coup d'un soir), histoire de rire ensemble mais pas des mêmes choses.
7/10

9 nov. 2006

TOI ET MOI... ET DUPREE

Juste après son voyage de noces, un couple recueille le meilleur ami du marié, provisoirement sans domicile. Pour trois jours. Une semaine. Ou plus. L'histoire du pique-assiettes qui sème la zizanie nous a été servie des milliers de fois dans des comédies américaines plus ou moins imaginatives. Après l'amusant Bienvenue à Collinwood, c'est au tour des frères Russo de remettre le couvert sur ce thème éculé. Et au début, en effet, Toi et moi... et Dupree se révèle être une énième comédie à l'américaine, poussive et même pas drôle. S'appuyant sur des gags vraiment tout petits, Russo & Russo peinent à donner un quelconque intérêt à leur film. Et si Owen Wilson est une fois de plus irrésistible, les autres acteurs, semblent clairement se demander ce qu'ils font là. Nous aussi, d'ailleurs.
On s'apprête donc à passer un moment plat et ennuyeux, jusqu'à ce que l'intrigue se débride enfin. Non pas que les gags deviennent subitement hilarants, mais le scénario trouve enfin sa raison d'être lorsque le squatteur mollasson du titre tente de recoller les morceaux dans un couple qui part en eau de boudin (et pas pour les raisons que l'on croit). Plus délirante, empreinte d'une vraie tendresse, la deuxième heure de Toi, moi... et Dupree est enfin le divertissement de bonne facture que l'on venait voir. Wilson en fait des caisses et use de son regard de chien battu avec un talent qui n'appartient qu'à lui, et si Dillon & Douglas n'arrivent définitivement pas à injecter de la fantaisie à leurs personnages, Kate Hudson se met à faire des étincelles. Et ce n'est pas simplement parce qu'elle multiplie les petites tenues...
Scène après scène, la qualité du film ne cesse de croître, jusqu'à un final tonitruant et pas loin d'être enthousiasmant. Tout le contraire de ce genre de comédie, qui d'habitude commence sur les chapeaux de roue pour finir sur les rotules. Résultat : la dernière impression laissée par ce Toi, moi... et Dupree est plutôt positive. Difficile cependant d'oublier une laborieuse première partie, qu'il faut voir comme une épreuve à passer avant de commencer enfin à se régaler.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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