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15 mai 2009

UN MARIAGE DE RÊVE

Depuis Priscilla, folle du désert (putain, 15 ans), on a bien compris que Stephan Elliott n'était pas un réalisateur comme les autres, possédant ce don de voir dans des thèmes classiques autre chose que ce qu'ils sont. Problème : si cette singularité ne fait que se confirmer de film en film, chacune de ses oeuvres semble aussi inaboutie que la précédente, manquant d'un petit quelque chose qui fait les très bons films, et faisant de l'australien un éternel espoir qui tarde à confirmer les croyances placées en lui. Un mariage de rêve n'échappe pas à la règle, ayant tout pour être une éclatante réussite mais péchant finalement par manque d'énergie.
Il y avait pourtant de quoi se pourlécher les babines. Sur la papier, Un mariage de rêve ressemble à un cocktail explosif mêlant Ivory, Labiche et quelques tablettes de Temesta. Et son étonnant casting mêlant monstres sacrés (Kristin Scott-Thomaset Colin Firth) et vraies surprises (Jessica Biel en icône des années 30 !) est, il est vrai, totalement réjouissant. Seulement voilà : la mayonnaise ne prend réellement qu'à de trop rares occasions, le reste du film étant bien trop propret en regard du marivaudage cynique qui nous était promis. Quelques scènes d'exposition drolatiques et quelques mésaventures cocasses (ah, le french cancan sans sous-vêtements) ne suffisent pas à rehausser le rythme plutôt ronflant d'un scénario flegmatique dans le mauvais sens du terme - c'est-à-dire souvent très chiant. Pire : l'intéressant personnage de Jessica Biel finit par être sacrifié sur l'autel d'un comique convenu et étrangement pas dans le ton (la mort du chien, le chasse à courre en moto).
Mais voilà : Un mariage de rêve est également un film très classe, fourmillant de personnages attrayants et ponctué de dialogues savoureux à la limite de la joute verbale. La mise en scène d'Elliott est assez inventive, même si son obsession pour les reflets en tous genres finit par tourner au systématisme. Quand au scénario, il fait preuve d'une amoralité revigorante, et même si elle est finalement assez attendue, la conclusion est sacrément savoureuse. Là, on sent Elliott prêt à aller au bout de ses idées, même les moins convenables, ce qui fait regretter que ce vent de subversion n'ait pas soufflé plus fort et plus régulièrement sur ce qui n'est finalement rien de plus qu'un joli petit divertissement consciencieux.




Un mariage de rêve (Easy virtue) de Stephan Elliott. 1h36. Sortie : 06/05/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

28 août 2007

QUAND CHUCK RENCONTRE LARRY

Le monde est divisé en trois catégories : ceux qui ne connaissent pas Adam Sandler (et il y en a un paquet, surtout dans notre bonne vieille France), ceux qui l'adorent, et ceux qui le détestent. Une fois n'est pas coutume, mais Quand Chuck rencontre Larry (titre idiot : rien à voir avec le film de Rob Reiner, et aucune rencontre là-dedans) risque de mettre tout le monde d'accord. Après une phase d'accroche pas désagréable (surtout pour le spectateur mâle, ébahi devant le parterre de bimbos qu'on lui propose), le film de Dennis Dugan sombre vite dans l'ennui le plus total. Rien ne ressort vraiment de ce Green card version faussement gay : ni les quiproquos prévisibles, ni l'appel tout niais à la tolérance. Quand Chuck rencontre Larry a une bonne vingtaine d'années de retard : ce genre de message primaire n'a plus vraiment lieu d'être. Les homophobes sont toujours là, mais il existe sans doute des discours plus fins pour les convaincre qu'ils font fausse route.
Voilà donc une comédie pas vraiment drôle, qui dénonce l'homophobie tout en la pratiquant à son tour, à coups de vannes très lourdes sur les pratiques sexuelles et le côté féminin des gays. Le plus agaçant survient en fin de film, lorsque les deux héros peuvent enfin crier leur hétérosexualité, enfin débarrassés de ce qu'ils considèrent visiblement comme le pire des fardeaux. Les homos, d'accord ; mais chez les autres. Joli message de tolérance.
Le duo Sandler - Kevin James fonctionne gentiment, sans envolées géniales ni grands éclats de rire ; il faut dire que les deux compères sont régulièrement éclipsés par Jessica Biel, actrice plutôt moyenne, qui livre ici une prestation plutôt savoureuse et pleine d'autodérision. En Catwoman, en culotte ou ailleurs, elle apporte un peu de fraîcheur à un film plus vieillot que La cage aux folles. C'est dire.
4/10

25 avr. 2007

NEXT

Pour supporter Next, il faut entrer dans le film en ayant conscience qu'il s'agit d'un gros navet à 70 millions de dollars. C'est le seul moyen de traverser ces 90 minutes de solitude sans avoir envie d'agresser ses voisins de fauteuil (s'il y en a) ou de s'arracher les yeux. Alors, à condition d'être armé d'un féroce second degré, on peut réussir l'épreuve consistant à rester dans la salle jusqu'au bout.
Premier élément attractif : les cheveux de Nicolas Cage. Après une coupe à la Thomas Hugues dans le mémorable Ghost rider, ce cher Nick revient avec un complément capillaire digne de Patrick Juvet. À croire sa calvitie est subitement devenue un vrai complexe pour lui. Qu'il s'adonne à la magie, Nicolas bouge les cheveux qu'on lui a prêtés avec un vrai sens du rythme, comme dans une publicité L'Oréal. Dantesque.
Second pôle d'attraction : le scénario. Alors vous voyez, c'est un mec, il peut lire dans l'avenir, mais seulement les 2 (DEUX!) minutes qui suivent. Ça ne sert donc pas à grand chose, sauf à gagner au black jack. Et éventuellement à sauver le monde d'une giga explosion atomique perpétrée par de vilains russes. Après avoir fui la police pendant la moitié du film (il se refuse à les aider), ce qui permet au scénariste de torcher trois quarts d'heure inutiles, il se décide à combattre les méchants buveurs de vodka, et là, waow. Avec son super don, il peut savoir de quel côté la voiture va tourner, qui va lui tirer dessus, des tas de trucs cools. Reste juste à sauver sa petite amie (ceinturée par des tas d'explosifs vachement dangereux). Pas de panique, il a un plan d'enfer. Et que ça pète dans tous les sens, et que ça anticipe les gestes de l'ennemi, et que ça bouge ses cheveux. Du grand n'importe quoi.
Dernier gros point positif : la fin. Le twist final n'ayant jamais été aussi à la mode, les auteurs de Next (qui se sont vaguement inspirés de Philip K. Dick, le pauvre) ont décidé que le dénouement du film serait surprenant. Et en effet, il l'est. Ouais ouais. Sauf qu'il n'a aucun intérêt, aucune justification, rien de rien. C'est juste un rebondissement inattendu, aussi crédible que si je vous disais que dans Dangereuse séduction, en fait, c'est Halle Berry la meurtrière (pis quoi encore). Mais en encore moins crédible. À ce moment-là, la caméra s'élève dans le ciel, et on sent que ce dernier plan signifie "si vous êtes sages, il y aura un Next 2". On en tremble d'envie.
2/10

17 janv. 2007

L'ILLUSIONISTE

J'entends dire partout que si L'illusioniste risque de ne pas trouver son public, c'est uniquement parce qu'il arrive quelques mois après un autre film de magiciens, l'éblouissant Prestige. Il semblerait tout de même qu'il y ait une autre raison : The illusionist est un film creux, mou, sans cervelle. Ça calme.
Dès, le début, cet Illusioniste part mal : les tours de magie proposés sont tellement irréels et truffés d'effets numériques qu'on n'est absolument pas fasciné par l'illusion qu'ils suscitent. Par la suite, on ne croira pas non plus à l'histoire d'amour surannée, ni à la rivalité de pacotille entre le gentil magicien et le vilain prince (Rufus Sewell, très mauvais), ni à ce twist final auquel on ne pouvait que s'attendre...
Il est vrai que The illusionist souffre quelque peu de la comparaison avec Le prestige. Même construction, mêmes thèmes (rivalité, drame, frontière trouble entre réalité et illusion), mais le traitement artistique et scénaristique ainsi que la prestation des acteurs joue nettement en la faveur du film de Christopher Nolan. Forcément : mettre les deux films en balance revient à comparer Harry Houdini à un magicien de goûter d'anniversaire.
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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