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28 août 2007

QUAND CHUCK RENCONTRE LARRY

Le monde est divisé en trois catégories : ceux qui ne connaissent pas Adam Sandler (et il y en a un paquet, surtout dans notre bonne vieille France), ceux qui l'adorent, et ceux qui le détestent. Une fois n'est pas coutume, mais Quand Chuck rencontre Larry (titre idiot : rien à voir avec le film de Rob Reiner, et aucune rencontre là-dedans) risque de mettre tout le monde d'accord. Après une phase d'accroche pas désagréable (surtout pour le spectateur mâle, ébahi devant le parterre de bimbos qu'on lui propose), le film de Dennis Dugan sombre vite dans l'ennui le plus total. Rien ne ressort vraiment de ce Green card version faussement gay : ni les quiproquos prévisibles, ni l'appel tout niais à la tolérance. Quand Chuck rencontre Larry a une bonne vingtaine d'années de retard : ce genre de message primaire n'a plus vraiment lieu d'être. Les homophobes sont toujours là, mais il existe sans doute des discours plus fins pour les convaincre qu'ils font fausse route.
Voilà donc une comédie pas vraiment drôle, qui dénonce l'homophobie tout en la pratiquant à son tour, à coups de vannes très lourdes sur les pratiques sexuelles et le côté féminin des gays. Le plus agaçant survient en fin de film, lorsque les deux héros peuvent enfin crier leur hétérosexualité, enfin débarrassés de ce qu'ils considèrent visiblement comme le pire des fardeaux. Les homos, d'accord ; mais chez les autres. Joli message de tolérance.
Le duo Sandler - Kevin James fonctionne gentiment, sans envolées géniales ni grands éclats de rire ; il faut dire que les deux compères sont régulièrement éclipsés par Jessica Biel, actrice plutôt moyenne, qui livre ici une prestation plutôt savoureuse et pleine d'autodérision. En Catwoman, en culotte ou ailleurs, elle apporte un peu de fraîcheur à un film plus vieillot que La cage aux folles. C'est dire.
4/10

2 août 2007

INTERVIEW

En dix ans et quatre films mineurs (au moins en apparence), Steve Buscemi a su faire son trou en tant que metteur en scène. S'il est fort différent des précédents, Interview a cependant tout à fait sa place dans l'univers d'un auteur tendre et pervers à la fois. Deux personnages, guère plus : un journaliste politique rigide et ennuyeux, et la starlette pour tabloids qu'il est contraint d'interviewer. Froide au départ, leur relation va peu évoluer vers d'autres horizons, plus vicelards qu'il n'y paraît. Interview aurait pu être une pièce de théâtre, et Buscemi en est conscient, faisant la pari de la DV pour installer plus aisément un vrai langage cinématographique.
Le duo/duel est vraiment intéressant : dans ses moins bons moments, le dialogue est amusant, et dans les meilleurs, il est délicieusement tordu. Le discours (sur les apparences, les leçons du passé, les préjugés...) n'est pas vraiment neuf, mais il est servi avec une vraie finesse et une énergie sans cesse renouvelée (la DV, une fois de plus). Buscemi est quasiment parfait (même s'il devrait se faire refaire les dents, il commence à postillonner sérieusement dès qu'il parle un peu vite) ; face à lui, Sienna Miller est surprenante, livrant une prestation à la fois pleine de classe et de théâtralité (un parti pris complètement justifié par le script).
Dommage que sur la fin, Interview ne cède pas à cette envie irrépressible d'échanger le chat et la souris dans un ultime rebondissement pour le moins dispensable. Non content d'être assez inutile, il tend en plus à remettre en question de façon assez malhonnête la teneur de ce que l'on a apprécié précédemment. Mais malgré cette fausse note, Interview est un film assez savoureux, un bel hommage rendu à Theo van Gogh (réalisateur du film dont est adapté celui-ci, et assassiné par un abruti en 2004).
7/10

4 juil. 2007

DELIRIOUS

Il y a une bonne dizaine d'années, le nom de Tom DiCillo faisait clignoter les yeux des amoureux du ciné US indépendant. Excellent directeur de la photo de Jim Jarmusch, DiCillo semblait être tombé dans le chaudron de la comédie quand il était petit, livrant coup sur coup un Ça tourne à Manhattan pour le moins délicieux et un Box of moonlight bucolique et revigorant (même si déjà un peu bancal). Depuis, à part critiquer Tarantino, DiCillo n'a plus montré grand chose, allant même racler le fond du trou avec l'imbuvable Bad luck!. On annonçait Delirious comme son grand retour, le réveil en fanfare d'un auteur ayant mis fin à son passage à vide ; malheureusement, il n'en est rien.
Si Delirious ne se vautre pas tout à fait, c'est uniquement par la puissance de ses comédiens. Steve Buscemi fait du Buscemi, et c'est toujours délicieux ; Alison Lohman est une formidable Britney bis ; mais l'attraction numéro 1 du film, c'est Michael Pitt, toujurs aussi aérien et charmant, comme un nouveau prolongement du Blake fantômatique de Last days. À part ça, pas grand chose : DiCillo livre une comédie gesticulante et un rien hystérique sur les ravages de la célébrité et de ceux qui la traquent (dans tous les sens du terme). Il reprend ses thèmes favoris (la création, le cinémaaaa, la solitude) et les étire jusqu'à la rupture, dans une comédie de moeurs où rien n'est vraiment drôle ni édifiant. Réalisé un peu n'importe comment (on se demande pourquoi le réalisateur ne cadre pas ses films lui-même, lui dont c'est le principal talent), visiblement écrit à la va-vite, Delirious n'est jamais à la hauteur d'un titre vendeur mais mensonger. Et confirme que DiCillo est un auteur en fin de course.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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