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3 nov. 2008

HELLBOY II - LES LÉGIONS D'OR MAUDITES

Personne ne sera dépaysé : Hellboy II s'inscrit dans la ligne directe du premier épisode, déroutant produit hybride entre comic à l'américaine (l'influence Mike Mignola) et heroic fantasy sauce onirique (la patte du cinéaste mexicain). Est-ce parce qu'on avance désormais en terrain (partiellement) connu ? Toujours est-il que cette suite surpasse Hellboy sur tous les plans, améliorant chacun des pans de son univers si étrange.
Hellboy II parvient à faire le grand écart entre les différents genres abordés, basculant en une fraction de seconde entre un humour toujours plus percutant - dialogues ciselés, situations cocasses - et une noirceur qui vous enveloppe comme un linceul. Une sorte d'incompréhensible magie s'opère. Del Toro prend son temps, les problématiques sont simples et pas foncièrement neuves, et pourtant quelque chose se produit qui fait du film le divertissement le plus haletant du moment. L'équilibre est si parfait qu'on finit par ne même plus s'agacer que le réalisateur nous ressorte encore et encore les mêmes monstres, cousins de ceux du Labyrinthe de Pan.
Et qu'importe si le bad guy de l'histoire est d'une fadeur sans nom, puisque le diablotin et son équipe sont aussi magnétiques qu'attachants. Une nouvelle fois, Ron Perlman fait des merveilles. Sous cette peau rouge et ces pectoraux saillants, il y a incontestablement un coeur qui bat et une tête qui pense. La simplicité de sa relation avec le personnage de Selma Blair a quelque chose de franchement touchant, preuve que la complexité nuit parfois à l'émotion. De ce déferlement ininterrompu de brillantes scènes d'action, de fous rires partagés, on ne retient finalement qu'une seule chose : il y aura un Hellboy III, qui s'annonce pour le mieux et devrait faire mentir la règle voulant que le deuxième épisode est toujours le meilleur d'une saga.
8/10

23 mai 2008

INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL

Étonnant retour que celui d'Allan Quatermain : après les films de J. Lee Thompson et Gary Nelson, l'aventurier revient dans un troisième épisode scénarisé par Luc Besson et réalisé par Roland Emmerich. On y retrouve l'humour savoureux du frenchie, la mise en scène futée de l'Allemand, et un amour commun pour les belles histoires extraordinaires mais crédibles, où le surnaturel le plus hors limites vient tout à coup se mêler aux vieilles pierres. Surprise que de voir Harrison Ford reprendre le rôle tenu jadis par Richard Chamberlain qui aurait parfaitement pu interpréter à nouveau Quatermain (après tout il n'a que 74 ans)...
On me dit qu'il y a erreur sur la marchandise, et que le machin que je viens de voir, en fait, n'est autre que le film que tout le monde attendait depuis 18 ans. Le rereretour d'un héros qui a enthousiasmé des générations, suscité des vocations et fait aimer le vrai cinéma à plus d'un môme. Qui dit grandes espérances dit forcément (ou presque) un peu de déception ; mais à ce point, c'est absolument terrible. Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal est une pure purge et nous conduirait presque à prier pour que le Brendan Fraser de La Momie ou l'insupportable Benjamin Gates viennent à pousser Indy à prendre sa retraite. Une désillusion qui laisse un goût amer.
Dresser la liste de tous les défauts du film ressemblerait à une attaque en règle, tant il n'y a que peu de choses à sauver de ce naufrage complet. LE point positif, c'est le come-back très en forme d'un Harrison Ford affûté, et qui ne joue pas tant que ça la carte du "aïe mon pauv' dos j'suis trop vieux" façon Arme fatale 4. Qu'il fulmine ou qu'il tatanne, Harrison rend un bel hommage à ce personnage si emblématique qui, en son temps, nous a fait rêver. D'autres ont moins bien vieilli que lui, à commencer par Steven Spielberg. Qu'on soit fan ou pas du monsieur (je ne le suis qu'à moitié), il faut bien reconnaître que le grand Steve est un prodige de la mise en images. La trilogie Indiana Jones, autant qu'une épopée emballante, était également un cours de cinéma, une leçon modeste mais ô combien efficace. C'est bien simple : on ne reconnaît jamais la patte Spielberg, qui filme à la va comme j'te pousse, multiplie les effets numériques inutiles et se révèle incapable à transcender les scènes de comédie comme les morceaux de bravoure. Seule le début d'une poursuite en voiture rappelant la longue séquence du tank d'Indiana Jones et la dernière croisade ravivera temporairement l'espoir, avant que le film ne retombe aussi sec dans ses travers illisibles et rachitiques.
Plus de dix scénaristes se sont attelés tour à tour à l'arlésienne qu'a longtemps constitué cet Indy 4, suant sang et eau pour satisfaire le spectateur ET Spielberg ET George Lucas. Le pas mauvais David Koepp a finalement décroché la timbale. Consternation. Le film ne démarre jamais, s'enferme dans sa propre vacuité, avant de s'amuser à recycler consciencieusement quelques-uns des meilleurs morceaux de bravoure des volets précédents. L'humour est au ras des pâquerettes (ah, les marmottes numériques), les nouveaux personnages proprement insignifiants (ah, le fils caché, mal attribué à un Shia LaBeouf sans saveur)... mais c'est définitivement l'intrigue qui achève peu à peu un film-ambulance.
Dans un élan désespéré d'attirer les nerds qui tendent à proliférer bien qu'ils se reproduisent fort peu, le film mêle à une vague histoire de malédiction maya une bonne grosse couche de surnaturel façon Jacques Pradel de la grande époque, avec dissection d'extra-terrestres, soucoupes volantes et mon cul sur la commode. Rappelons que Spielberg est le réalisateur du film ultime sur les être venus d'ailleurs, Rencontres du troisième type, et qu'il n'avait nullement besoin de revenir sur le sujet. D'autant qu'il le fait avec une lourdeur rare, pas aidé par des effets numériques des plus piteux (les E.T. ressemblent à ceux des pubs Toyota). Cela plaira peut-être aux fans de séries Z à fort potentiel nanar. Quant à ceux qui vous diront du bien de cet Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, il leur faut désormais arrêter de vivre dans le souvenir et la nostalgie, se rendre compte que ce film est tout sauf bon, et que le meilleur moyen pour se remémorrer les grands moments passés en compagnie d'Indiana, c'est de se refaire encore et encore ce qui restera à jamais comme une trilogie.
2/10

23 mars 2008

CRIMES À OXFORD

Surprise : en débarquant en Angleterre, Alex de la Iglesia s'est affranchi de la plupart des éléments qui charpentaient son cinéma. Les laiderons ont laissé place à quelques canons (aah, Leonor Watling nue sous son tablier...), la stupidité ambiante à une atmosphère d'érudition (les héros sont des matheux), la frénésie burlesco-gore à des crimes plus classieux... Le réalisateur espagnol livre avec Crimes à Oxford un whodunit flegmatique où l'identité du coupable importe bien moins que l'ambiance.
Confirmant son statut de petit malin, Iglesia exploite un cadre typiquement british pour y orchestrer une sorte de mini commedia dell'arte qui peut légitimement séduire ou rebuter. On pourrait trouver que les acteurs sont mauvais ; seulement, il y a une forte probabilité pour que ce jeu excessif en diable soit voulu par le réalisateur. Planqué derrière une mise en scène joliment passe-partout (hormis un plan-séquence depalmesque et parfaitement inutile), Iglesia s'emploie à faire exister ses propres obsessions et à les théâtraliser. Et s'offre quelques parenthèses savoureuses, avec ce qui ressemble de près à un court-métrage inséré au beau milieu du film, et dans lequel il se livre à la description jubilatoire et apocalyptique de l'existence d'un mathématicien devenu homme-tronc. Sans conteste le grand moment du film.
La dernière partie de Crimes à Oxford vient malheureusement gâcher la fête : subitement, Iglesia semble préoccupé par une intrigue dont il se moquait jusque là, et sa résolution est ampoulée, capillotractée et surtout trop sérieuse. La frustration est palpable ; comme souvent, ce cinéaste si attachant n'aura pas été capable de garder la même ligne de conduite pendant tout un film. Reste un divertissement plutôt fréquentable qui achèvera si besoin de démontrer que les mathématiciens sont des personnes infréquentables (à commencer par l'auteur de ces lignes).
6/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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