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22 déc. 2008

LES PLAGES D'AGNÈS

Le cinéma d'Agnès Varda dernière époque a quand même quelque chose de très spécial. Parfois, ça ressemble autant à de l'art qu'à du n'importe quoi, tant la vieille dame filme et monte tout ce qu'elle trouve en tentant de persuader tout le monde que c'est magnifique. Les glaneurs et la glaneuse était une sorte de petit calvaire sonnant, pensait-on, le glas d'une réalisatrice un peu dépassée. On se souvient avec douleur des longues minutes passées à s'extasier sur une pomme de terre en forme de coeur, ou à faire semblant d'attraper des camions avec la main. Heureusement, Les plages d'Agnès offre plus de fond et de forme, agréable bilan de la vie d'une cinéaste qui voua sa vie à son art et aux autres.
Il demeure chez Varda quelques excès nombrilistes et tentatives de manipulation qui rendent parfois le film agaçant. On la voit ainsi pleurer face caméra en déposant des fleurs devant des photos d'acteurs disparus. On l'entend évoquer, l'air de rien, le fait que Jim Morrison est venu chez elle, dans une sorte de fausse modestie dégoulinante. Elle tresse ses propres lauriers avec un certain orgueil, mais après tout, on n'est jamais si bien servi que par soi-même. Et Agnès retrace son parcours dans un gigantesque montage d'images et objets de diverses provenances, comme une grand-mère remonterait le cours de ses souvenirs en vidant son grenier. On y apprend finalement peu de choses, sauf peut-être sur Jacques Demy, mais la quantité d'idées et d'expérimentations contenues là-dedans a de quoi étonner... et souvent captiver.
Qu'elle attendrisse ou qu'elle agace, Varda a au moins le mérite de ne jamais susciter l'indifférence, et de ne tomber à aucun moment dans l'autobiographie linéaire. Plutôt rythmé, Les plages d'Agnès est un voyage assez charmant, qui ménage des moments aussi hilarants qu'émouvants. D'autant qu'il est difficile d'appréhender le film autrement que comme le testament d'une octogénaire certes énergique mais tout de même assez fatiguée. So long, Agnès. So long.
7/10

23 mai 2008

INDIANA JONES ET LE ROYAUME DU CRÂNE DE CRISTAL

Étonnant retour que celui d'Allan Quatermain : après les films de J. Lee Thompson et Gary Nelson, l'aventurier revient dans un troisième épisode scénarisé par Luc Besson et réalisé par Roland Emmerich. On y retrouve l'humour savoureux du frenchie, la mise en scène futée de l'Allemand, et un amour commun pour les belles histoires extraordinaires mais crédibles, où le surnaturel le plus hors limites vient tout à coup se mêler aux vieilles pierres. Surprise que de voir Harrison Ford reprendre le rôle tenu jadis par Richard Chamberlain qui aurait parfaitement pu interpréter à nouveau Quatermain (après tout il n'a que 74 ans)...
On me dit qu'il y a erreur sur la marchandise, et que le machin que je viens de voir, en fait, n'est autre que le film que tout le monde attendait depuis 18 ans. Le rereretour d'un héros qui a enthousiasmé des générations, suscité des vocations et fait aimer le vrai cinéma à plus d'un môme. Qui dit grandes espérances dit forcément (ou presque) un peu de déception ; mais à ce point, c'est absolument terrible. Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal est une pure purge et nous conduirait presque à prier pour que le Brendan Fraser de La Momie ou l'insupportable Benjamin Gates viennent à pousser Indy à prendre sa retraite. Une désillusion qui laisse un goût amer.
Dresser la liste de tous les défauts du film ressemblerait à une attaque en règle, tant il n'y a que peu de choses à sauver de ce naufrage complet. LE point positif, c'est le come-back très en forme d'un Harrison Ford affûté, et qui ne joue pas tant que ça la carte du "aïe mon pauv' dos j'suis trop vieux" façon Arme fatale 4. Qu'il fulmine ou qu'il tatanne, Harrison rend un bel hommage à ce personnage si emblématique qui, en son temps, nous a fait rêver. D'autres ont moins bien vieilli que lui, à commencer par Steven Spielberg. Qu'on soit fan ou pas du monsieur (je ne le suis qu'à moitié), il faut bien reconnaître que le grand Steve est un prodige de la mise en images. La trilogie Indiana Jones, autant qu'une épopée emballante, était également un cours de cinéma, une leçon modeste mais ô combien efficace. C'est bien simple : on ne reconnaît jamais la patte Spielberg, qui filme à la va comme j'te pousse, multiplie les effets numériques inutiles et se révèle incapable à transcender les scènes de comédie comme les morceaux de bravoure. Seule le début d'une poursuite en voiture rappelant la longue séquence du tank d'Indiana Jones et la dernière croisade ravivera temporairement l'espoir, avant que le film ne retombe aussi sec dans ses travers illisibles et rachitiques.
Plus de dix scénaristes se sont attelés tour à tour à l'arlésienne qu'a longtemps constitué cet Indy 4, suant sang et eau pour satisfaire le spectateur ET Spielberg ET George Lucas. Le pas mauvais David Koepp a finalement décroché la timbale. Consternation. Le film ne démarre jamais, s'enferme dans sa propre vacuité, avant de s'amuser à recycler consciencieusement quelques-uns des meilleurs morceaux de bravoure des volets précédents. L'humour est au ras des pâquerettes (ah, les marmottes numériques), les nouveaux personnages proprement insignifiants (ah, le fils caché, mal attribué à un Shia LaBeouf sans saveur)... mais c'est définitivement l'intrigue qui achève peu à peu un film-ambulance.
Dans un élan désespéré d'attirer les nerds qui tendent à proliférer bien qu'ils se reproduisent fort peu, le film mêle à une vague histoire de malédiction maya une bonne grosse couche de surnaturel façon Jacques Pradel de la grande époque, avec dissection d'extra-terrestres, soucoupes volantes et mon cul sur la commode. Rappelons que Spielberg est le réalisateur du film ultime sur les être venus d'ailleurs, Rencontres du troisième type, et qu'il n'avait nullement besoin de revenir sur le sujet. D'autant qu'il le fait avec une lourdeur rare, pas aidé par des effets numériques des plus piteux (les E.T. ressemblent à ceux des pubs Toyota). Cela plaira peut-être aux fans de séries Z à fort potentiel nanar. Quant à ceux qui vous diront du bien de cet Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, il leur faut désormais arrêter de vivre dans le souvenir et la nostalgie, se rendre compte que ce film est tout sauf bon, et que le meilleur moyen pour se remémorrer les grands moments passés en compagnie d'Indiana, c'est de se refaire encore et encore ce qui restera à jamais comme une trilogie.
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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