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28 avr. 2009

X-MEN ORIGINS : WOLVERINE

La campagne de promotion de Wolverine avait quelque chose de pas net. D'abord tout ce foin à propos du million de personnes ayant téléchargé illégalement le film après la mise à disposition d'une copie pirate (et même pas terminée) sur Internet. Puis cette fanfaronnade sur le thème « malgré la piraterie, nous ferons 80 millions de dollars en un week-end parce que tout le monde veut voir notre film ». Et enfin l'annonce, quelques jours avant la sortie internationale du film, de l'existence de 3 fins alternatives (d'une minute environ) réparties de façon aléatoire dans les salles. Bref, du flan, du flan et encore du flan, soit tout pour faire oublier qu'au centre de tout ça se cache un film, donc une oeuvre d'art, le fruit du travail passionné et réfléchi d'une armée de gens compétents et ravis d'être là.
Car X-men origins : Wolverine est sans doute l'un des pires spin-off jamais vus, rivalisant sans mal avec un Elektra déjà pas brillant. Si tous les blockbusters sont plus ou moins des planches à billets, Wolverine n'est que ça : une machine à fric, peu soucieuse des exigences des fanboys ou d'une quelconque dignité artistique. C'est se moquer du monde que d'offrir à la planète entière un film si pauvre en misant absolument tout sur l'immense capital sympathie emmagasiné par son héros en trois films et un énorme tas de comics. L'un des responsables se nomme Gavin Hood, qui risque de surfer encore longtemps sur la vague du scandaleux Oscar du film étranger reçu par Mon nom est Tsotsi. Sa courte filmographie - où figure également le douteux Détention secrète - est révélatrice du manque de cervelle du bonhomme, qui se cachait jusqu'ici derrière des sujets "sérieux" pour masquer sa condition de tacheron sans âme. En parfaite adéquation avec ses films précédents, Wolverine confirme qu'il est de ces réalisateurs n'ayant aucun esprit critique vis-à-vis des scénarii qu'on leur confie, bouffeurs de pellicule sans recul ni ambition. D'une platitude affligeante avec son côté mauvaise série B des années 70, la mise en scène ne fait que surligner chaque défaut d'écriture - et ils sont fort nombreux.
Le script de David Benioff (24 heures avant la nuit, puis plus rien) et Skip Woods (Hitman, ah oui quand même) est caractérisé par sa volonté d'injecter beaucoup de matière dans un long-métrage de moins de deux heures. Résultat : la grande majorité des personnages de cette belle galerie - Deadpool (Ryan Reynolds) ou le Blob - n'existe quasiment jamais à l'écran. C'est un film Panini : les héros et les situations ressemblent à des vignettes collées dans l'ordre dans le seul but d'obtenir un album plus complet que le voisin. Ce remplissage empressé laisse l'impression d'un travail bâclé, où les enjeux proposés sont multiples - l'intro sur la jeunesse de Serval / Wolverine est ce qu'il y a de plus intéressant dans le film - mais où rien n'est traité. Dans ces conditions, on aurait préféré un gros blockbuster bien bourrin, avec Jackman jouant des griffes de bout en bout pour faire la nique aux méchants. Sauf que Wolverine n'assume jamais son statut de pur actioner et préfère laisser ses personnages débiter des kilomètres de dialogues absolument sans intérêt. On a un peu de peine pour ce Wolverine qu'on a tant aimé, et pour les quelques acteurs qui tentent de surnager mais s'ennuient autant que nous, de Hugh Jackman - sur lequel tout semble glisser - à un Liev Schreiber intense et pas loin d'être inquiétant.
2/10

2 mars 2007

LE NOMBRE 23

Walter Sparrow est un peu embêté : vlà t'y pas que le livre offert par sa femme, qui raconte une malédiction autour du nombre 23, semble directement inspiré de sa propre vie. D'où un film en forme de quête d'identité, celle du héros comme celle de l'auteur du roman, le whodunit de mouvant en who wrote it. Quant à Joel Schumacher, sa quête à lui (trouver le chemin du bon cinéma) semble loin d'être accomplie.
Dans le marasme de la filmographie schumacherienne, Le nombre 23 s'impose pourtant comme l'un des films les plus intéressants. Aussi décevante que soit la résolution de l'intrigue, une certaine forme de mystère demeure jusqu'à la dernière bobine. Longtemps, le nombre 23 garde son côté intrigant. Rendez-vous compte : William Shakespeare est né un 23, George W. Bush a été baptisé un 23, et le prénom du héros, Walter, commence par un "W", vingt-troisième lettre de l'alphabet... waow!!!
Schumacher dépasse à peine le cap de son pitch, et malgré une construction (inutilement) alambiquée, Le nombre 23 finit par être aussi surprenant que la page numérologie de votre supplément du week-end. Laissant trop souvent place au hasard, le scénariste fait peu à peu perdre à son histoire le sel qu'elle avait au départ. Les ficelles sont trop voyantes : par exemple, le livre qui obsède Sparrow est l'oeuvre d'un certain Topsy Kretts. Après avoir cherché pendant une heure ce type introuvable, le héros finit enfin par piger qu'il s'agit d'un pseudo en forme de jeu de mots plus pourri que les miens. Voilà qui ferait passer les énigmes de Dan Brown pour des chefs d'oeuvre.
Reste éventuellement la photographie de Matthew Libatique, chef op d'Aronofsky, qui ne filme rien comme tout le monde. Mais bizarrement, la qualité de la photo oscille entre magnifique et platissime (sur la fin, on se croirait dans Saw). Même inconstance pour Jim Carrey : parfois inquiétant (comme dans The Truman show, il fait un parano idéal), le comédien pèche souvent par excès, grimaçant et sautillant comme un wallaby.
Tout cela ne fait que confirmer que Schumacher n'est pas un foudre de guerre ; tirant les gens vers le bas, il serait plutôt une sorte de locomotive à la puissance (en watts) insuffisante pour emmener avec elle tous ses wagons.
Dans le genre "flippons avec les nombres", mieux vaut (re)voir un certain 23 de Hans-Christian Schmid, western informatique aux doux relents d'apocalypse, où les cow-boys se battent avec des chiffres plutôt qu'à coups de Winchester.
4/10
(écrite le 2/3, cette critique comporte 23 fois la 23ème lettre de l'alphabet... tremblez)

21 févr. 2007

BUG

La paranoïa a enfin son film-référence. Avec Bug, William Friedkin explose tous les carcans du genre, s'il convient encore de parler de genre. Avec une simple chambre de motel, un microscope et beaucoup de papier alu, le réalisateur de French connection livre un film totalement barré, anxiogène à souhait, aux mille degrés de lecture.
Bug est un film ambigu et fier de l'être. Il n'y a qu'à voir le titre : parle-t-on d'un insecte, comme ceux qui pourrissent bientôt la vie d'Agnès et Peter? Ou n'y aurait-il pas tout simplement un bug dans la matrice? Évidemment, ne pas compter sur Friedkin pour apporter une réponse exhaustive et terre-à-terre. Tout le délice est là : on ne sait jamais sur quel pied danser. On peut voir dans Bug une description imagée de cette maladie qu'est la schizophrénie ; ou être ébahi par la portée politique du film, qui règle son compte à une certaine idée de l'Amérique ; ou encore se laisser porter par un trip angoissé et angoissant, un voyage dans l'Interzone chère à William S. Burroughs.
Toujours est-il que Bug est un film fascinant, oppressant et vraiment singulier. Pas un hasard si William Friedkin s'est intéressé à la pièce de théâtre de Tracy Letts : en creusant bien, on se rappelera que le sieur William a souvent été brocardé pour ses prises de position borderline sur différents sujets socio-politiques (dernière preuve en date, le douteux Enfer du devoir). Le personnage de Peter, tant physiquement qu'idéologiquement, est sans aucun doute le miroir du metteur en scène. Paranoïaque, violent, ravagé... mais toujours cohérent. Et donc encore plus flippant.
Bug montre entre autres comment la culture de la terreur s'est installée dans le quotidien de l'homme et quels sont ses ravages sont le bon fonctionnement de nos vies et de nos crânes. Brillante de bout en bout, la mise en scène de Friedkin mute de bout en bout, parfaitement adaptée à l'évolution psychique des personnages. Rien que le travail sur le son mérite le prix du ticket. Le dernier acte est ébouriffant : la métamorphose visuelle du film contraint le spectateur à franchir un point de non-retour, ultime étape vers un climax barré mais incontestable. Après avoir retrouvé ses esprits, on n'a qu'une envie : replonger dans ce Bug grandiloquent et dérangé, sans doute le plus grand film de William Friedkin.
9/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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