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4 janv. 2008

DANTE 01

On avait perdu la trace de Marc Caro depuis 1995 et La cité des enfants perdus, deuxième long-métrage coréalisé avec un certain Jean-Pierre Jeunet. Depuis, les deux hommes ont connu des fortunes diverses, Jeunet enchaînant les succès (un alien, deux Tautou) avec une maîtrise (un peu trop) totale et une popularité sans borne, tandis que Caro tâtonnait et patientait en attendant de pouvoir concrétiser ses rêves de SF. Il a fallu douze ans pour que Dante 01 voie le jour ; douze longues années de labeur, d’obstination et de refus des compromis. C’est louable. Louable mais incroyablement vain : Dante 01 est un film généreusement raté, une œuvre ennuyeuse et erratique, un échec plus que cuisant.
Après le cauchemar Eden log et ce ratage-là, il est impossible de ne pas pointer du doigt l'un de ceux qui ont participé aux deux films : ils constituent en effet les deux premiers scénarios écrits par Pierre Bordage, auteur de romans de science-fiction aussi pompeux qu’emmerdants, hélas rendu célèbre par le vide intersidéral autour de lui (la littérature SF made in France n’a que très peu de représentants). En deux films, Bordage montre l’étendue de son talent : transformer ce genre en un douloureux chemin de croix, une souffrance permanente, les sensations provoquées par ces deux films étant diamétralement opposées à la notion de plaisir. Dante 01 consiste à regarder des zinzins de l’espace (crâne rasé, œil torve, mâchoire carrée) déambuler dans un vaisseau en carton-pâte en proférant des insanités sur le destin de l’univers et la condition de l’homme. Au milieu de tout ça, une vague intrigue difficile à raconter, puisqu’aussi inintéressante que mal traitée.
Dante 01 tendrait à faire de films comme le sympathique Fortress ou le nullot Supernova des chefs d’œuvre, ces films n’étant que des divertissements sans autre ambition que de captiver le public. Au-delà de la vacuité intersidérale de l'ensemble, c'est surtout la prétention du réalisateur et de l'auteur qui a de quoi agacer. On atteint des sommets en fin de course lorsque, réinventant l'expression "du coq à l'âne", Caro nous balance l'air de rien une conclusion qui voudrait ressembler aux plus belles scènes de 2001 ou The fountain. Philosophie de bazar à la clé, il achève d'achever un spectateur furax d'être tombé dans cette arnaque totale, ce non-film qui pourrait bien être le pire de l'année 2008. un 2 janvier, c'est un exploit.
0/10

17 déc. 2007

LA GRAINE ET LE MULET

Il fallait avoir la tête sur les épaules pour survivre au raz-de-marée L'esquive. La graine et le mulet prouve qu'Abdellatif Kechiche est un type équilibré, préférant poursuivre ses projets les plus personnels plutôt que de céder à l'appel du star-system. Interprété en majeure partie par des comédiens non professionnels, son film impressionne par sa grande maîtrise. La direction d'acteurs est en tous points remarquables, et la mise en scène démontre l'amour porté aux êtres humains autant qu'aux personnages. Et c'est parti pour 2h30, ni plus ni moins, d'une chronique familiale à la fois tendre et cruelle.
Kechiche joue la carte de l'authenticité, quitte à tomber dans l'excès. Il y a évidemment une certaine beauté dans le fait de voir cette grande famille partager le couscous maternel en discutant de choses et d'autres, simplement portée par un amour palpable. Mais lorsque ce genre de scène monopolise un quart d'heure de film, ça frôle la complaisance et la facilité. Heureusement, le film finit par se trouver un propos lorsque Slimane, le père solitaire et mutique, se met en tête d'ouvrir un restaurant sur un bateau. Le récit des galères, des premières joies et des tourments qui vont avec est une véritable réussite. Sans manichéisme, le metteur en scène pointe du doigt ce qui est important, le désir d'entreprendre et de ne pas céder aux sirènes de la passivité.
Le film aurait sans doute gagné a être plus resserré, la longueur de certaines scènes n'ayant pas de réelle justification. Ce spectacle-là n'a rien d'ennuyeux, mais on l'aurait voulu plus dense. C'est vrai en particulier dans la dernière partie du film, qui étire jusqu'à la rupture quelques scènes potentiellement très fortes. Le propos est édifiant, presque trop, et le constat d'un pessimisme qui fait froid dans le dos. Le problème, c'est qu'il faut vingt bonnes minutes à Kechiche pour nous emmener vers sa conclusion, là où un peu plus de suggestion aurait été souhaitable. À l'arrivée, on se retrouve le cul entre deux chaises face à un film sincère et plein d'enseignements mais dont le traitement finit par sembler presque scolaire tant il est appuyé. La graine et le mulet ressemble à un petit film de Ken Loach. C'est déjà énorme, certes ; mais au vu de ses deux premiers films (et surtout le formidable mais méconnu La faute à Voltaire), nul doute qu'on pouvait attendre bien mieux d'Abdellatif Kechiche.
6/10

21 nov. 2006

MON COLONEL

On s'est tellement plaint du fait que la France refusait les films parlant de son passé récent et tourmenté qu'on aurait plutôt envie de dire du bien de ceux qui s'y risquent enfin. Seulement voilà : Mon colonel est un gros machin bien mastoc, un film bien français dépourvu de nuances et d'âme. C'est un peu gênant.
Construit sous la forme d'une enquête policière, le film effectue de nombreux allers-retours entre les années 90 et un passé plus lointain, à l'époque de la guerre d'Algérie. D'où un parti pris assez lourd et plutôt moche : le présent en couleur, le passé en noir et blanc. Plof. Côté scénario, la finesse n'est pas non plus au rendez-vous : cela fait bien longtemps que Costa-Gavras et Jean-Claude Grumberg ne sont plus des fines lames du cinéma politique. Le manichéisme prédomine, la construction sent le renfermé, le didactisme des situations fait peine à voir. Et malgré un casting foisonnant (Robinson Stévenin, Cécile de France, Bruno Solo, Guillaume Gallienne, Charles Aznavour et bien d'autres), Laurent Herbiet ne parvient jamais à faire décoller un film vraiment trop vieillot et téléphoné.
Heureusement il y a Olivier Gourmet, acteur de grand talent, qui interprète le seul personnage un peu ambigu du film (le colonel du titre). Un militaire inflexible prêt à tout pour son pays, y compris à commanditer des exactions et des tortures. L'homme est sec comme un coup de trique et impresionnant comme pas deux, et pourtant on sent poindre dans ses yeux le doute et la honte. Châtier pour la France ou avoir la conscience tranquille, il faut choisir, et lui a choisi. C'est tout le sel d'un film sans grande aspérité qui donne envie de revoir un vrai grand film sur la guerre d'Algérie, l'inconestable La trahison de Philippe Faucon.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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