Affichage des articles dont le libellé est Ronit Elkabetz. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ronit Elkabetz. Afficher tous les articles

15 sept. 2009

CENDRES ET SANG

S'il avait fallu prévoir à quoi ressemblerait le premier long-métrage réalisé par Fanny Ardant, beaucoup seraient sans doute tombés à mille lieues de ce Cendres et sang violent et tourmenté, s'éloignant bien vite de la France pour aller poser ses valises du côté d'un pays sans nom. A posteriori, on réalise cependant à quel point le film ressemble à ce qu'a pu montrer sa réalisatrice lors de ces dernières années : ampoulé, un rien factice, usant et abusant de son étrangeté pour un résultat finalement assez plat. Ces histoires de famille et d'honneur sont aussi difficiles à suivre que peu intéressantes, d'autant que le sang promis dans le titre tarde un peu à être versé.
Cendres et sang ressemble de temps à autres à un condensé des meilleures sagas téléfilmesques proposées par la télévision publique française en période estivale : des familles qui ne peuvent pas se blairer et se disputent un morceau de terre, des garçons proprets qui en viennent aux mains en serrant leurs jolies dents et leurs petits poings, des mères éplorées qui hurlent à la mort devant la dissolution progressive de leur tribu. Ça n'est jamais vraiment ennuyeux, mais c'est tout de même très loin d'être passionnant, en dépit de l'investissement indéniable de Fanny Ardant, qui semble avoir bossé son scénar et réfléchi sa mise en scène. Malheureusement, de très bonnes idées ne mènent pas toujours à de grands résultats, et le film ne fait que zigzaguer entre des scènes relativement correctes et des moments salement ratés, parce que mal mis en images ou juste invraisemblables.
Mais voilà : Cendres et sang a aussi, et il faut s'y raccrocher coûte que coûte, ce joli charme qui caractérise parfois les films ratés. Si aucun élément n'est pleinement convaincant, il y a tout de même une ambiance, quelques beaux personnages, une poignée d'interprètes intéressants, et une certaine classe dans le tragique - ce qui n'étonne guère de la part de Fanny Ardant. Le film peut se voir sans déplaisir pour peu qu'on le considère comme une succession de tableaux, parfois expérimentaux, parfois en cours d'élaboration. Et puis il y a Ronit Elkabetz, pas vraiment belle mais franchement magnifique, dont le style unique et captivant est une formidable machine à gommer les défauts des films. Sa présence en ces lieux peut suffire à donner envie de tenter le voyage.




Cendres et sang de Fanny Ardant. 1h45. Sortie : 09/09/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

3 juil. 2009

JAFFA

En 2004, Keren Yedaya nous offrait Mon trésor, petite merveille avec déjà Ronit Elkabetz et Dana Ivgy dans le rôle d'une mère et sa fille. Autant dire que les nombreux spectateurs bouleversés par ce petit miracle attendaient comme une bénédiction le nouveau film de la réalisatrice, qui ne retrouve malheureusement jamais la grâce de son premier long. Jaffa est pétri d'imperfections et de ficelles un peu voyantes qui l'empêchent de prendre son envol. Premier écueil : la construction. Sous couvert de description de la mésentente entre israéliens et palestiniens, Yedaya met une cinquantaine de minutes à installer son sujet, à situer les personnages les uns par rapport aux autres. Et tout ça pour quoi ? Pour aboutir au trauma de milieu de film, celui qui mènera à la partie la plus intéressante du film. Sans trop en raconter, cette seconde moitié parle de transmission, de non-dits, de culpabilité, avec la possibilité pour la cinéaste de filmer des face-à-faces moralement éprouvants.
Mais voilà : d'un bout à l'autre, le film se contente de rester à la surface des choses, racontant les évènements sans jamais s'y impliquer, comme on relaterait des faits divers. Et les rares moments d'émotion semblent bien maladroits, jamais dans le tempo, avec trop de pleurnicheries ou pas assez. On se désintéresse progressivement de cette histoire dépourvue de chair et de passion qui pâtit en outre de la faiblesse de l'interprétation des jeunes comédiens. Les deux amants maudits de l'affiche sont en effet d'une rare transparence, et c'est bien gênant lorsqu'il s'agit d'insuffler un élan tragique à un film.
Tout n'est pas mauvais pour autant dans ce petit drame certes assez prévisible : Ronit Elkabetz est une nouvelle fois magnifique en mère courage qui voit malheureusement sa famille lui échapper. Et Keren Yedaya excelle à donner du corps à cette ville de Jaffa, théâtre fermé de ce drame façon Roméo et Juliette décentralisé en Israël. Enfin, même si les choix effectués par l'héroïne sont assez discutables, c'est parce que le scénario n'hésite pas à prendre parti, à faire des choix bien marqués au lieu de jouer la tiédeur et le consensus. Insuffisant cependant pour rendre l'ensemble réellement convaincant, ce qui ne doit pas empêcher de continuer à suivre cette jeune réalisatrice capable de faire des merveilles.




Jaffa de Keren Yedaya. 1h45. Sortie : 10/06/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Tadah ! blog.

19 mars 2009

LA FILLE DU RER

Un Téchiné est toujours un évènement, tant le cinéaste a su, film après film, trouver l'équilibre souvent parfait entre réalisme, intime et romanesque. Comme ses oeuvres précédentes, La fille du RER se situe à la croisée de ces genres, rappelant plus particulièrement le style des magnifiques Témoins. La comparaison s'arrête là : si Les témoins était un drame puissant, foudroyant, abouti sur la prise de conscience accompagnant la montée du SIDA, La fille du RER échoue en partie dans sa tentative d'exploiter un fait divers assez sordide. L'histoire de cette fausse agression antisémite avait inspiré une pièce de théâtre à Jean-Marie Besset, et c'est sur ce matériau que se sont basés Téchiné et Odile Barski (fidèle de Chabrol) pour écrire le scénario.
Justement, dans sa thématique comme dans son ambiance, le film sent parfois plus le Chabrol que le Téchiné. D'abord dans l'utilisation de la musique et de quelques effets vraisemblablement destinés à montrer le RER comme un lieu de danger, un décor de film noir. Or on n'est pas dans un polar, et ces partis pris sonnent comme une manipulation de la réalité, un chantage à l'émotion fort inhabituel chez le metteur en scène. Ensuite dans le déséquilibre de la construction, qui fait qu'un chapitre (nommé "Les circonstances") soit deux fois plus long que l'autre ("Les conséquences"), alors que ce dernier aurait dû être être au centre du film. Même si ce n'est sans doute pas là son but, Téchiné donne l'impression de perdre plus d'une heure à introduire ses personnages (dont quelques-uns semblent bien inutiles) et à trouver des circonstances atténuantes à son héroïne, avant d'expédier les conclusions de l'affaire, c'est-à-dire le battage médiatique, l'indignation des proches et des autres, et la façon dont la jeune femme tente de ne pas perdre la face. On ne saisit pas les intentions, pas plus qu'on ne comprend au final ce qui a pu intéresser les auteurs du script.
Semblant passer à côté de son sujet comme de ses personnages (qu'on quitte comme on les avait rencontrés, sans passion), Téchiné évite pourtant le naufrage par la grâce d'une mise en scène souvent juste (sauf dans les moments cités plus haut, qui se font de plus en plus rares à mesure que le temps passe) et d'une direction d'acteurs évidemment éblouissante. Emilie Dequenne est extrêmement troublante, préférant à la noirceur une normalité laissant bien plus perplexe. Face à elle, Nicolas Duvauchelle évolue dans un registre plus attendu, mais il joue les petits durs avec une force de persuasion intacte. Les autres ne sont pas mal non plus, et parviennent épisodiquement à faire exister des personnages pourtant bien fantomatiques. Si un mauvais Téchiné reste un film fréquentable, on espère voir le grand Dédé nous revenir dès son prochain long-métrage, dont on attend plus d'épaisseur, de rigueur et d'élan.
5/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz