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14 févr. 2008

NOTRE UNIVERS IMPITOYABLE

Demandez donc ce qu'ils en pensent à Ségolène et François, ou encore à Laurence et Thomas : travailler en semble tout en formant un couple ne mène pas toujours à une issue heureuse. Surtout lorsque les deux membres du couple aspirent au même poste suprême, ou en tout cas à la même promotion. Dès lors, la comédie romantique devient une terrible comédie de l'arrivisme, où plus aucun secteur n'échappe à l'hypocrisie, à la rancoeur et à la compétition. C'est le thème de Notre univers impitoyable, deuxième long-métrage de Léa Fazer après un amusant Bienvenue en Suisse. Et quoi de mieux pour camper un couple que d'en engager un ? Dans les rôles principaux, Alice Taglioni et Jocelyn Quivrin prennent un malin plaisir à transformer leur amour de la vraie vie en un jeu de massacre des plus réjouissants.
Ce très bon choix de casting est l'une des réussites principales du film de Léa Fazer : aussi beaux, riches et futés que leurs personnages, les deux acteurs s'en donnent à coeur joie et dynamitent l'idée reçue selon laquelle avoir un bon job, une belle gueule et une conjoint craquant suffit obligatoirement à rendre heureux. Le moteur principal du scénario est la parité, thème ô combien à la mode depuis quelques années. Plutôt que de jouer sur un seul tableau et de choisir entre les deux alternatives qui s'offraient à elle, la réalisatrice a décidé de mêler ces possibilités en une seule. Notre univers impitoyable propose ainsi d'observer ce qui se passe suivant que le mâle ou la femelle a obtenu le poste d'associé tant convoité. Par un habile jeu de miroir, le film passe d'une hypothèse à l'autre, et montre sans trop de démagogie qu'aucune des solutions n'est plus souhaitable que l'autre. Tous pourris nous sommes, tous pourris nous resterons, quoi qu'il y ait sous le pantalon.
Reste que ce procédé est un poil surexploité, et que Notre univers impitoyable finit par tourner en rond. Une fois son message délivré, Fazer s'enferme dans son concept et l'étire jusqu'à la rupture. Il était courageux de livrer une comédie uniquement basée sur les situations (ni gros gags ni répliques qui tuent), mais un tel choix nécessite d'avoir de l'endurance et de la suite dans les idées. Heureusement, l'abattage du couple-star rend l'ensemble toujours agréable, d'autant que la fin, à la fois attendue et très agréable, vient donner un ultime coup de peps à un film sympathique mais manquant singulièrement de souffle.
6/10

19 déc. 2007

LA CLEF

Guillaume Nicloux est vraiment un garçon énervant. Plein de talent, et pas un seul film convaincant à ce jour (enfin si, le délicieux Poulpe, qui commence déjà à dater sérieusement). La clef souffre des mêmes maux qu'Une affaire privée et Cette femme-là, premières pièces d'une trilogie qui n'en est pas une. Au départ, pourtant, Nicloux semble avoir trouvé sa voie. Cette fois, il laisse de côté sa volonté de styliser à tout prix, proposant un filmage plus baroque mais pas moins âpre. L'intrigue est mystérieuse et vraisemblablement alambiquée, mais quelque chose nous pousse à nous accrocher à ce fil d'Ariane. On y retrouve avec amusement les obsessions de l'auteur, du pouvoir symbolique de la cigarette jusqu'au pouvoir dévastateur des liens du sang.
La crudité est de mise, Nicloux ne nous épargnant aucune cicatrice ni aucun cadavre, et si les images sont impressionnantes, cela sent tout de même la gratuité. Agaçant, tout comme l'utilisation systématique des acteurs dans des contre-emplois, comme si leur donner la tronche la plus dégradée du monde allait les rendre plus crédible. Assez vite, La clef finit par ressembler à une galerie de tronches plus qu'à un film. Et puis les noeuds de l'intrigue se relâchent, et l'on comprend une fois de plus que l'on s'est légèrement fait berner. Nicloux possède un talent incontestable pour créer des ambiances, pour appâter le chaland en lui promettant des aventures intrigantes et angoissantes. Seulement voilà : derrière cette atmosphère prenante, on réalise une nouvelle fois qu'il n'y a rien. On sort de La clef comme d'un dîner gargantuesque à l'issue duquel on aurait encore faim : immensément frustré, sans vraiment comprendre pourquoi tout cela n'a pas tenu au corps.
Avant de vouloir à tout prix révolutionner le polar français (et il en est capable), Guillaume Nicloux devrait d'abord revenir à des projets plus intimes et moins tordus, histoire d'engager une vraie relation avec le public, et peut-être de prendre conscience que la simplicité a parfois du bon. Sans être désespérante, cette Clef, avec son lot d'acteurs bien hétérogène (Paradis et Rochefort pas mal, Balasko à fuir) a tout de même des allures de gâchis. Si cela pouvait servir de leçon...
5/10

18 sept. 2007

L'INVITÉ

Réalisateur austère et roi des projets avortés, Laurent Bouhnik n'avait plus donné de nouvelles depuis 24 heures de la vie d'une femme en 2002. On le retrouve avec étonnement aux commandes de cet Invité, comédie de boulevard moins déshonorante que prévu. Comme un double bienveillant de son personnage du Dîner de cons, Thierry Lhermitte a fort à faire avec un couple pour le moins balourd auquel il offre un coaching express en vue d'un dîner crucial et imminent. L'acteur est la première bonne surprise du film, livrant une prestation solide, aux antipodes de ses récents (et multiples) errements.
Par plus d'une facette, L'invité fait penser aux derniers films de Francis Veber, une tendresse palpable remplaçant avantageusement la beauferie populiste d'un film comme La doublure. Les dialogues de David Pharao (qui adapte ici sa propre pièce) font mouche plus souvent qu'à leur tour, notamment dans la bouche d'une Valérie Lemercier égale à elle-même, c'est-à-dire totalement à l'aise dans un rôle de cruchasse carrément à l'ouest. On sera plus policé quant à la prestation de Daniel Auteuil, qui montre une nouvelle fois ses limites dans le registre comique (sa prestation du Placard n'avait déjà rien de mémorable).
Il faut bien sûr passer outre l'absence totale de mise en scène (étonnant de la part de Bouhnik) et un manque de souffle dès que l'intrigue sort de l'appartement conjugal ; il n'empêche que le rire est souvent présent, au détour d'une mimique ou d'une réplique bien sentie. La morale du film vaut ce qu'elle vaut, mais apporte un message plutôt positif sans pour autant tomber dans la niaiserie d'un happy end. L'invité vaut en tout cas bien mieux que ce que sa sortie maintes fois repoussée et le refus des distributeurs de le montrer à la presse : il y avait là de quoi faire un joli succès populaire.
6/10
(également publié sur Écran Large)

24 juin 2007

13 m²

13 mètres carrés, c'est la superficie du réduit où trois petits mecs vont devoir se tapir après un braquage qui a mal tourné. Et c'est sans doute celle de la cellule où ils croupiront probablement pour de nombreuses années. Avec zéro budget et beaucoup d'envie, Barthélémy Grossmann tricote un petit polar simple et futé, qui compense son manque de moyens par une malice à toute épreuve. Ellipses bien troussées, nombre de décors réduit, poignée d'acteurs : Grossmann mène bien sa barque, et c'est d'autant plus remarquable qu'il n'est rien de moins que réalisateur-scénariste-acteur principal-producteur.
13 m² ne révolutionnera évidemment pas le genre, mais constitue une jolie carte de visite pour celui que l'on peut considérer comme un possible futur Kassovitz. La filiation est évidente : même soin du cadre, même parler-vrai, même rage de sortir la banlieue de son marasme et de ses clichés. Le scénario de Grossmann tient debout et montre bien comment une vie minable peut donner envie de commettre l'irréparable. Si l'histoire se délite un peu vers la fin, 13 m² reste un petit film très fréquentable dont on reparlera sûrement dans quelques années, quand Barthélémy Grossmann aura concrétisé ce début de carrière prometteur.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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