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5 févr. 2009

TRAHISON

On a vu tellement de films américains dépeignant les musulmans comme une bande de terroristes cinglés qu'un regard un peu différent est forcément bon à prendre. Trahison montre qu'on peut pratiquer l'islam et ne pas tomber dans de tels travers. Une évidence ? Oui. Et c'est justement l'un des problèmes du film, tellement plein de bonnes intentions qu'il finit par ressembler à une dissertation un peu scolaire sur ce sujet. Moins facile à traiter, la problématique "les terroristes sont-ils tous des monstres" mène elle aussi à une réflexion simpliste sur la part d'humanité de chacun. Trahison ne brille donc pas par la finesse de sa psychologie.
Pour apprécier un tant soit peu le film de Jeffrey Nachmanoff, il faut donc le prendre comme un simple thriller à base de terrorisme : la description de la préparation d'un attentat d'envergure est plutôt intéressante, tout comme le portrait du "héros", partagé entre ses convictions et ses devoirs, et véritablement pris entre deux feux. On a malheureusement du mal à adhérer à la prestation d'un Don Cheadle un peu trop lisse, qui peine à incarner cette ambiguïté permanente. Tout comme il est difficile de croire au duo d'agents incarné par Neal McDonough et Guy Pearce, qui serrent les dents pour montrer qu'ils en ont vu d'autres mais manquent cruellement de finesse dans leur interprétation.
Si elle n'est pas franchement haletante, cette course-poursuite ne manque pas de sel, même si le spectateur a constamment l'impression d'avoir tout compris avant les personnages, pourtant supposés appartenir à l'élite de leurs nations respectives. Un peu gênant... Par bonheur, les personnages de Jeff Daniels et Saïd Taghmaoui (tous deux excellents) viennent injecter un rien de complexité à ce qui n'est finalement rien de plus qu'un gros divertissement sans grande profondeur.
5/10

10 juin 2007

88 MINUTES

Al Pacino a fait des implants. Quand Al Pacino apprend qu'il n'a plus qu'une heure vingt-huit à vivre, il reste cool. Al Pacino se tape des minettes de vingt ans et trouve ça normal. Al Pacino a fait condamner un vilain serial killer qui pend ses victimes par un pied. Al Pacino aime les cookies et le lait. Al Pacino est traumatisé par la mort de sa petite soeur. Al Pacino n'a pas de chance avec les femmes. Al Pacino discute avec un condamné à mort, en direct à la télé, une dizaine d'heures avant l'exécution. Al Pacino a des détecteurs pour savoir si les colis sont piégés. Quand l'appartement d'Al Pacino prend feu, Al Pacino ne panique pas. Al Pacino a un coffre-fort dont tout le monde connaît la combinaison. Al Pacino lit des listes avec les doigts. Al Pacino a arrêté de boire mais il boit quand même. Al Pacino comprend tout plus vite que tout le monde. Al Pacino est très fort en lancer de portable.
Bienvenue dans 88 minutes, très long métrage qui en fait 111, accumulation écoeurante de sketches de, sur, par et pour Al Pacino, grand acteur excessif de jadis devenu cabotin ringard. À condition de prendre cette traque nullissime au millième degré, on pourrait presque se mettre à apprécier ce one Al show permanent. Et rire éventuellement de cette apologie sans nuance de la peine de mort, exécutée avec un sérieux franchement flippant par un Jon Avnet assez constant dans l'indigence. Plus vraisemblablement, 88 minutes vous donnera la nausée. Vous êtes prévenus...
1/10

1 mai 2007

HITCHER

En 1986, un vilain psychopathe à visage découvert venait terroriser de pauvres automobilistes (surtout un). Derrière le minois rassurant de Rutger Hauer se cachait à peine le plus pervers des tueurs, aimant par dessus tout prendre son temps et donner de faux espoirs à ses proies. Vingt ans plus tard, le hitcher revient dans un remake totalement inutile mais pas détestable pour autant.
Les rares changements sont pourtant assez notables : Sean Bean et sa gueule de pourri ont remplacé Hauer de façon assez honorable (je n'ai pas dit "avantageuse") ; le jeune mec traqué jusqu'à la mort par le psycho est remplacé (avantageusement, cette fois) par une jeune femme forcément agréable à regarder (Sophia Bush, jusqu'ici cantonnée à de mauvais teen movies) ; le Hitcher 2007 est plus court, plus concis, et ça n'est pas franchement un avantage, puisque la tension et l'atmosphère pesante ont à peine le temps de prendre leurs aises. À part ça, cette nouvelle mouture est très semblable à la première. Juste moins flippante et moins jouissive, tout en restant un spectacle plutôt sympathique (pas sûr que ce soit le mot qui convient).
Reste une fois de plus cette indémodable question : pourquoi refaire à l'identique des films qui n'ont pas trop mal vieilli, sans même tenter de leur apporter un petit plus? C'est évidemment une affaire de dollars, et le pire, c'est qu'on marche. Un spectateur glouton est un spectateur glouton.
5/10
(sortie le 9 mai)

26 oct. 2006

MÉMOIRES DE NOS PÈRES

Projet ambitieux que celui de Clint Eastwood : deux films à propos d'un même évènement, la bataille d'Iwo Jima, petit atoll japonais au centre de toutes les convoitises. Avant le point de vue japonais, Letters from Iwo Jima, voici Mémoires de nos pères, vision américaine du conflit.
Sachant que les Américains ont vaincu les Japonais, et au vu du titre, on pouvait craindre un film de guerre lambda à la gloire de la bannière étoilée. Il n'en est rien. Si les séquences de guerre sont bien présentes (et plutôt bien exécutées, même si sans génie), elles occupent à peine la moitié du film. Car le vrai objectif d'Eastwood et de son désormais fidèle second Paul Haggis, c'est de démonter consciencieusement les notions d'héroïsme et de patriotisme. Raconté sur trois époques (la bataille, les lendemains qui chantent ou pas, et les souvenirs d'anciens combattants meurtris), Mémoires de nos pères raconte l'histoire de trois soldats sortis vivants de la guerre, et que l'Amérique érige en héros pour la seule raison qu'ils figurent sur la photo qui a fait la une de tous les journaux du pays et redonné du moral aux troupes. Trois jeunes types qui n'ont rien demandé, blessés moralement par une guerre trop grande pour eux, dans laquelle ils n'ont cherché qu'à sauver leur cul, sans jamais accomplir quoi que ce soit d'héroïque. Seulement, parce que le gouvernement a besoin d'eux pour lever des fonds, et parce que les USA ont besoin de héros, ils deviennent malgré eux des stars ultimes. Plusieurs façons de vivre cela : assumer et fermer sa gueule, jouer la carte de l'agressivité, ou sombrer dans la picole. À l'aide d'une narration (trop) alambiquée, multipliant les retours en arrière à plusieurs niveaux, Eastwood entend montrer que l'héroïsme n'est qu'une vue de l'esprit et qu'on n'est vraiment un héros que dans les yeux de ceux qu'on aime. C'est à la fois louable et un peu trop sirupeux : en particulier, on se serait bien passé de ces images de vieillards agonisants qui déclament leur amour et leurs regrets entre deux filets de bave.
D'un classicisme irréprochable mais manquant un brin de relief, la mise en scène de Clint Eastwood sert parfaitement le propos mais empêche le film de devenir autre chose qu'un futur classique un peu suranné, dont on laissera le DVD prendre la poussière entre un John Ford et un Malick.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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